Mon père ne m’a jamais reconnue, aujourd’hui je dois me battre

Justine est née d'une relation extra-conjugale. Rejetée depuis sa naissance par son père elle raconte sa lutte pour obtenir la reconnaissance qu'elle estime lui revenir de droit.

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C’est l’émotion plus précisément l’indignation accompagnée de tristesse qui me fait prendre la parole. Je m’appelle Justine, j’ai 22 ans, je n’ai pas été reconnue par mon père.

Je me bats aujourd’hui pour obtenir cette reconnaissance.

Mon père et sa maîtresse, ma mère

Mon père est marié depuis de très nombreuses années à une femme avec laquelle il a eu 2 filles.

À côté de ça, il a eu pas mal de maîtresses, dont ma mère.

Un accident de pilule m’a fait prendre vie. Pour ne pas avoir de problème avec sa femme et à la demande de cette dernière, il n’a pas souhaité me reconnaître et ma mère m’a élevée seule avec l’aide de ses parents.

Elle n’a jamais rien demandé mais surtout ne m’a jamais parlé en mal de lui à partir du moment où j’ai su que j’avais bien un père quelque part.

Je ne l’ai rencontré que deux fois, de la manière la plus secrète possible, à mes 7 ans puis à mes 18 ans où il a fini par m’expliquer qu’il ne serait jamais mon père et qu’il ne pourrait jamais rien faire pour moi afin de préserver son équilibre familial autrement dit sa tranquillité.

Nous avons un peu échangé par mail durant toutes ces années mais à mon regret beaucoup de banalités jusqu’à son silence que j’ai malencontreusement provoqué.

Je savais qu’il n’avait pas parlé de moi à mes demi-sœurs et j’espérais sincèrement pouvoir avoir un lien avec elles. Je leur ai donc appris mon existence, déclenchant « un cataclysme » pour reprendre mon père.

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Je n’ai récolté que méchanceté et insultes avec une mention spéciale pour « fille de pute ».

C’est donc depuis cet épisode que je n’ai plus aucune nouvelle.

Je savais qu’à ma majorité je pouvais demander cette reconnaissance de paternité mais très honnêtement je ne me sentais pas le courage de mener cette bataille.

Je pensais que cette procédure devait être faite avant mes 20 ans et j’y avais renoncé.

En réalité, j’ai jusqu’à mes 28 ans. Je me suis donc lancée, il y a quelques mois.

Je suis maintenant prête émotionnellement pour affronter cet homme muré dans son silence et sa famille pleine de rancune contre moi.

Le manque de soutien des proches

Seulement voilà, je n’étais pas prête à ce que ce soit mon cercle proche qui m’attaque le plus durement.

Personne ne comprend que je fais ça avant tout pour être reconnue, pour ne pas être juste « la fille de pute » mais aussi sa fille à lui. Je ne veux pas être moins que mes sœurs.

Au début, ma mère n’était pas fan de l’idée mais ce qui a fini de la convaincre c’est la réaction de mon père qui lui a téléphoné paniqué à la suite de sa convocation au tribunal.

Il lui a demandé si j’étais dans le besoin pour demander une chose pareille ?

Car oui mon avocate, constatant qu’il n’avait jamais versé un centime pour mon éducation, a trouvé normal de lui demander une pension alimentaire en plus de me reconnaître.

Il n’a été que lamentations et reproches vis-à-vis de ma mère car cet homme courageux ne m’a surtout pas appelée pour connaître les motivations de mon geste.

Jusque-là rien d’étonnant finalement.

Heurtée à un mur de reproches

Là où ça commence à être révoltant, c’est lorsque j’ai demandé à ma marraine de me soutenir et de témoigner en ma faveur.

C’est une amie commune à mes parents et qui a contribué à la naissance de leur relation. Elle est donc la femme à qui ma mère confierait la vie de son unique enfant s’il devait lui arriver quelque chose,

Je me suis heurtée à un mur de reproches et de sermons : c’est honteux que je lui demande quoi que ce soit.

Selon elle, il n’a jamais nié être mon père, cette procédure ne va apporter que malheur aux gens concernés, je vais entacher mes relations avec mon père (quelle relation ?), qu’il fallait réfléchir avant de faire des choses aussi graves, que ça n’allait rien m’apporter.

Elle a continué à abreuver ma mère de sermons sur la gravité de mon geste et sur le caractère illégitime de ma demande finissant par cette remarque historique :

« Quand même, tu as bien pris ton pied avec Christian, tu es gonflée de lui demander quelque chose après toutes ces années. »

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Un bébé se fait à deux, même s’il n’est pas prévu

Dernièrement, c’est une autre femme qui m’est proche qui m’a porté le coup de grâce.

Cette femme est la meilleure amie de ma mère.

Elle est également l’ex-compagne du meilleur ami de mon père, la mère d’un de mes meilleurs amis (je l’appelais parfois Maman tellement nous étions proches) et tous la rejoignent pour me reprocher de demander de l’argent à mon père.

Parce que déjà s’il me reconnaît, j’aurai des droits sur son héritage et c’est amplement suffisant selon eux.

Et puis de toute façon, puisque mon père ne m’a jamais voulue et que ma mère m’a faite dans son dos, elle doit se débrouiller pour m’assumer.

À tous ces gens qui m’étaient proches, je voudrais commencer à vous dire de vous mêlez de vos histoires car votre avis ne m’est absolument pas vital, je dirais même qu’il est toxique.

Ensuite, je voudrais rétablir des choses qui me paraissent pourtant évidentes. Un bébé ça se fait à deux même s’il n’est pas prévu, il s’assume également à deux.

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Alors certainement que ma mère devait « s’éclater au lit » avec mon père, sinon il n’aurait pas eu une relation aussi passionnée. Mais je pense que ça ne devait pas être désagréable pour lui non plus de s’envoyer une jeune femme de 9 ans sa cadette.

De plus qu’il lui assurait, à chaque fois, qu’elle était l’amour de sa vie et qu’il allait quitter sa femme qui ne le rendait plus du tout heureux d’après lui.

Ensuite, je suis un putain d’accident. Ma mère n’était pas assez bête pour faire un enfant avec un homme encore marié et père de déjà deux enfants.

Seulement les sentiments ne se commandent pas, mon père reste le grand amour de sa vie et même maintenant elle continue de dire qu’elle n’aurait pas voulu un enfant d’un autre homme, donc elle m’a gardée.

Que celui ou celle qui n’a jamais été amoureux·se de la mauvaise personne lui jette la première pierre.

C’était peut-être un plaisir de me faire, mais être enceinte seule, accoucher seule, subvenir à mes besoins seule et surtout éduquer l’enfant difficile que j’ai pu être seule n’ont pas été une partie de plaisir.

Personne ne peut comprendre le quotidien d’un parent célibataire sans l’avoir vécu.

Ma mère et moi sommes « des salopes de profiteuses »

Je vais également passer le couplet de l’adolescence compliquée et des mauvais choix que j’ai faits, à cause de près ou de loin de ma relation avec mon père.

Son héritage je m’en fous complètement, ce que je souhaite par dessus tout, c’est sa reconnaissance à défaut de pouvoir avoir une vraie relation avec lui.

J’avoue que vu les nouvelles études que je commence, l’argent que j’attends de lui me permettrait de taper un peu moins dans l’épargne de ma mère, constituée tant bien que mal.

Je tiens à redire qu’il n’a absolument jamais versé un seul centime pour aider ma mère à m’élever.

Ce que je demande aujourd’hui est légitime, un père digne de ce nom m’aurait reconnue à ma naissance et aurait aidé à subvenir à mes besoins ces 22 dernières années.

Aujourd’hui, c’est ma mère et moi qu’on diabolise comme des salopes de profiteuses.

Ma mère n’a rien demandé, c’est moi qui ai fait la démarche et pourtant c’est elle que visent les nouveaux messages d’insultes que j’ai reçus de ma sœur : « avec tout ce que ta mère a dû coucher, elle doit bien pouvoir te payer des études ».

Laissez ma mère tranquille, elle a bien mérité un peu de calme, après tout ce qu’elle a vécu, et tout qu’elle vit malheureusement encore aujourd’hui, parce qu’elle a continué de faire les mauvais choix en termes d’homme…

Enfin, moi j’ai deux questions à poser : comment on peut se lever tous les matins depuis plus de 22 ans en sachant qu’on a une fille quelque part et en avoir rien à foutre à ce point ?

Comment peut-on priver un enfant qui n’a jamais rien demandé d’avoir une relation même distante avec son père et des mêmes chances dans la vie qu’un autre enfant ?

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Faire le tri autour de moi

Alors avant de venir m’en mettre plein la tête parce que j’ai l’audace de demander ce qui devrait être la normalité, j’aimerais que toutes les personnes qui nous jugent ma mère et moi, se demandent s’ils ont toujours fait les bons choix dans la vie.

Qu’il se demandent s’ils ont toujours été justes et si leur avis est vraiment indispensable.

Ces derniers temps auront au moins permis, comme tout évènement malheureux, de faire le tri entre les vrais amis et les faux même si je ne m’attendais pas à une telle purge.

La prochaine audience a lieu dans deux semaines, je ne sais pas quelles nouvelles elle m’apportera mais je me battrai jusqu’au bout pour être reconnue par mon père.

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JulietteGee


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Commentaires
  • MystRune
    MystRune, Le 15 novembre 2018 à 22h57

    @LittleCerys Je repasse rapidement sur ce topic pour te remercier d'avoir pris le temps de rédiger une réponse aussi calme, détaillée et construite.

    Après avoir beaucoup réfléchi suite à la lecture des nombreux commentaires, je commence à penser qu'il y a effectivement deux problèmes différents : un problème moral au niveau de la liberté de choix (qui me semble insoluble pour l'instant) et un problème plus pragmatique (que l'on peut réduire dans un premier temps à une question d'argent - qui va apporter le soutien financier - et de reconnaissance légale).
    Quand on connait la situation souvent précaire des mères célibataires et le fait qu'il y a beaucoup plus de mères célibataires que de pères célibataires, le besoin important des enfants de comprendre leur histoire et d'obtenir une forme de reconnaissance, mon côté pragmatique (qui est personnelle, hein), me fait dire que je préférerais des mesures en faveur des mères célibataires et des enfants. Lorsque être mère célibataire, ou enfant, dans une famille monoparentale dans laquelle l'un des parents "s'est fait la malle parce qu'il avait pas envie" ne sera plus un problème, alors il sera temps de débattre de la question morale.
    En d'autre terme, il y a du pain sur la planche !

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