Zoom sur la parité — Carte postale de Suède (1/2)

On parle beaucoup de la Suède comme du pays rêvé où hommes et femmes vivent en harmonie dans le respect et l'amour. Mais qu'en est-il vraiment ?

Zoom sur la parité — Carte postale de Suède (1/2)

HAAAAAA. Le grand sujet que vous attendiez tou-te-s. La PA-RI-TÉ. Le modèle scandinave. L’égalité des sexes. Qu’en est-il ? La Suède est-elle un eldorado pour les femmes ? Les Suédois sont-ils tous castrés (oui, oui je l’ai entendu…) ? Comme le sujet est plutôt vaste je l’ai divisé en deux articles qui suivent le cycle de la viiiiiie du rapport hommes-femmes et permettent d’aborder pas mal de problèmes de société.

Aujourd’hui on va essentiellement parler de la vie étudiante et des rapports de séduction mais aussi de la question du viol (gros sujet d’actualité en Suède). Dans la prochaine carte postale je vous raconterai ce qui se passe du côté du mariage, des enfants et de ces fameux congés parentaux.

La drague

La légende urbaine voudrait que, comparativement au reste de la planète, les Suédoises soient des filles « faciles », « légères », voire « affamées » (sachant que dans tous les cas je ne cautionne l’utilisation d’aucun de ces termes).

Débroussaillons un peu cette rumeur taillée à l’emporte-pièce. Oui j’ai vu des Suédoises brancher cash en mode « je veux juste du sexe, juste pour cette nuit, soyons clair là-dessus dès le départ ». En même temps j’en ai déjà vu en France aussi… plus discrètement… tout simplement parce que c’est loin d’être toléré (demandez au Docteur Slutshaming).

On a déjà parlé d’une certaine culture du binge-drinking en Suède. De fait, la drague (notamment étudiante) se manifeste surtout lors des soirées très arrosées de fin de semaine et, à mon sens, la principale différence avec la France c’est que personne ne semble tenir des comptes.

PERSONNE ne va vous juger pour ce que vous avez fait de votre vendredi soir (qu’il s’agisse de sexe ou de vol de panneau de signalisation routière). Tout sera oublié comme par magie. Pas de vannes grasses du type « Alors ? tu t’es bien envoyé-e en l’air avec Machin-e ce week-end ? ».

Et ce pour les deux sexes : on n’insiste pas sur la performance des hommes ni sur la vertu des femmes. Ni l’inverse, ni quoi que ce soit. On n’en parle pas tout simplement. Le disque de mémoire externe des Suédois-es semble s’auto-nettoyer chaque lundi aux environs de 6h du mat’.

C’est ce qui selon moi facilite les relations sans lendemain au pays des saunas où tout le monde est tout nu. En revanche pas de technique de drague révolutionnaire. Généralement, dans une relation hétéro, l’homme paye un verre à l’élue de son cœur (chose qu’il ne fera plus par la suite puisqu’une fois en couple, on partage l’addition). Le code de la drague n’est pas bien sorcier :

  • Un jeune, beau et blond Suédois vous invite à fika : ça ne veut RIEN dire même si vous êtes en tête-à-tête et que la déco est romantique.
  • Un jeune, beau et blond Suédois vous invite à boire un verre (d’alcool ce coup-ci) en semaine : premier signal.
  • Un jeune, beau et blond Suédois vous paye ce même verre : c’est un comportement suffisamment inhabituel pour être significatif.

C’est à se demander comment font les Suédois pour séduire les filles qui ne boivent pas… (Je leur ai demandé. Réponse : « c’est compliqué parce que ça nous oblige à parler plus, ce qui n’est pas très lagom ». L’excuse pourrie.)

Bref mis à part les circonstances festives où chacun fait ce qui lui plaît, je n’ai pas noté de grand changement particulièrement égalitaire dans la séduction homme-femme. Le schéma reste plutôt classique (après tout en Suède aussi on lit des contes de fées et on regarde des Walt Disney).

Petite différence tout de même : une fois en couple, il est assez fréquent pour les jeunes Suédois-es de consacrer beaucoup moins de temps à leur vie sociale au profit de leur vie amoureuse et c’est complètement accepté. « On ne voit plus Truc aux soirées ? Oui c’est parce qu’elle/il est en couple maintenant ». Ah ? Être en couple = disparaître (jusqu’à la prochaine rupture) ? OK.

Ils vécurent heureux et perdirent tous leurs amis.

La question du viol

Dans ce beau pays free du fri-fri une statistique vient pourtant assombrir le tableau et fait souvent la une des journaux : la Suède est le pays d’Europe qui a le taux de viol par habitants le plus élevé. Bien sûr, il s’agit du nombre de viols déclarés (plaintes déposées) et ça ne veut absolument pas dire que c’est en Suède qu’il y a le plus de viols commis. D’autres facteurs doivent être pris en compte :

  • D’abord il y a certainement davantage de viols déclarés en Suède car les victimes osent porter plainte par rapport à d’autres pays où la pression de la loi du silence est plus importante.
  • Ensuite la comptabilisation des viols est légèrement différente en Suède. En France on compte les « affaires » de viol tandis qu’en Suède on compte les « actes » de viol. Si une victime est violée à plusieurs reprises (par un même individu à des dates différentes ou par plusieurs individus lors d’un viol en réunion) cela ne compte que comme une seule affaire de viol en France mais plusieurs actes de viol en Suède.
  • Enfin, la définition du viol diffère d’un pays à un autre. Elle a changé plusieurs fois en Suède, notamment en ce qui concerne la définition de la contrainte (si on considère qu’un viol est « une relation sexuelle imposée sous la contrainte », qu’est-ce qui constitue une contrainte exactement ?) Auparavant il y avait contrainte quand une victime avait explicitement manifesté son refus (en disant « non », en se débattant, en étant entravée etc.) et qu’il y avait tout de même eu relation sexuelle. La loi a été modifiée en 2005 pour qu’un viol puisse être caractérisé chaque fois qu’il n’y a pas eu consentement explicite de la victime. Cette loi vise à protéger les viols sur personnes en état de faiblesse (comme les handicapés mentaux) mais surtout sur les personnes trop ivres pour dire non voire carrément inconscientes. En simplifiant, on passe donc d’une logique de « s’il y a eu refus, c’est un viol » à « s’il n’y a pas eu consentement c’est un viol ».  Ce changement encourage peut-être davantage de victimes à porter plainte même si ça ne résout pas tellement le problème puisqu’on reste confronté à des situations où c’est parole de l’agresseur contre parole de la victime.

La pénalisation récente de la prostitution en Suède vient jeter de l’huile sur le feu puisque certains pensent qu’elle sera inévitablement suivie d’une augmentation du nombre de viols (sauf qu’à l’heure actuelle personne n’a le recul suffisant pour pouvoir conclure à quoi que ce soit).

Finalement ce n’est pas tant le taux de viols par habitant en Suède qui est inquiétant. Pour les raisons énoncées ci-dessus on voit bien qu’on peut difficilement comparer les statistiques des différents pays.

En revanche on peut déplorer que les viols aient lieu sur des filles de plus en plus jeunes, de plus en plus ivres et qui ne connaissaient pas leur agresseur. Le nombre de ce type de viols a augmenté ces dernières années et c’est LE problème de société d’actualité.

Je vous conseille vivement de lire ce rapport d’Amnesty International sur le viol dans les pays nordiques dans lequel on apprend entre autre qu’« En Suède, près de 25 % des victimes ayant signalé un viol en 2008 avaient entre quinze et dix-sept ans ».

Si vous n’avez pas le temps, cet article donne selon moi un bon aperçu de ce qu’on entend ou lit régulièrement dans les journaux suédois.

Ne tombons pas dans la paranoïa, la Suède est un pays plus que sûr et indéniablement égalitaire. Vous voulez un scoop pour vous remonter le moral ? Le harcèlement de rue n’y existe pas. En même temps ça me semble difficilement imaginable vu qu’en Suède on n’aborde jamais un-e inconnu-e dans la rue (même pas pour demander l’heure, alors imaginez si c’est fait dans l’optique de séduire quelqu’un !).

Malgré tout certaines mentalités contribuent à cette montée des viols en état d’ivresse. J’identifie trois problèmes :

  • Les étudiant-e-s ne veillent pas vraiment les uns sur les autres en soirée. Des garçons comme des filles boivent souvent trop (ça, à la limite, c’est un autre débat) et se retrouvent rapidement entouré-e-s d’inconnu-e-s. Or c’est apparemment dans ces conditions que les viols se produisent le plus souvent en Suède. À partir de là, raccompagner une amie (ou un ami d’ailleurs) au bord de l’inconscience me semble plus relever du bon sens que de la galanterie. Mais les Suédois-e-s ont tendance à penser qu’il ne faut pas intervenir dans les histoires d’autrui. Chacun est responsable de lui-même.
  • En discutant avec des étudiant-e-s suédois-e-s, j’ai vu qu’il y en a encore pas mal qui considèrent qu’une fille complètement ivre « l’a un peu cherché ». Toujours cette histoire d’autonomie : les filles sont assez grandes pour s’occuper d’elles-même. Difficile de contester ça, mais en même temps je peux avoir besoin d’aide sans que ça fasse de moi une incapable.
  • Dernier point, côté condamnation des viols ça ne bouge pas vraiment. Comme en France une infime minorité des viols déclarés aboutissent à des condamnations.

Conclusion de ce premier volet sur l’égalité homme-femme : en Suède chacun s’occupe de ses fesses et c’est vraiment génial… dans 99% des cas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • December 4
    December 4, Le 1 juillet 2013 à 21h49

    Ces cartes postales sont vraiment bien écrites ! :)
    Je reconnais mes expériences dans chacune d'entre elles. Pour ce qui est du harcèlement de rue, je ne me remets toujours pas du fait de n'avoir jamais (ou presque) avoir été embêtée en rentrant chez moi seule et tard, j'en parle dans cet article d'ailleurs pour celles que ça intéressent :)
    Bises !

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