Je suis obsédée par les notes — Témoignage

Cette madmoiZelle souffre d'une obsession pour ses notes qui a pris de graves proportions. Elle vous raconte comment tout cela a commencé, et le travail qu'elle fait pour se libérer de cette pression insoutenable.

Je suis obsédée par les notes — Témoignage

J’ai 16 ans et je suis en terminale S. Depuis l’année dernière (le début de ma première), je souffre d’une obsession bien connue : celle des notes.

Une enfant excellente élève

Pour la petite histoire, dès toute petite, j’étais en avance sur les autres. J’ai appris à lire rapidement, j’étais très curieuse donc je savais pas mal de trucs, et puis avec la bonne mémoire que j’avais, je me souvenais de toutes les infos que j’entendais à la télé, à la radio — je me rappelle par exemple qu’en 2004, j’avais expliqué le tsunami du 26 décembre à mes camarades.

C’est donc en toute logique que j’ai sauté le CP. Au passage, j’ai perdu tous mes ami•es et je n’ai pas réussi à m’en faire d’autres. J’ai passé mon école primaire à entendre mes profs dire :

« Mais si les autres ne t’aiment pas, c’est parce qu’ils sont jalou•x•ses de tes notes ! »

Ce qui est faux. Si les autres gosses ne m’aimaient pas, c’était peut-être parce que je me la pétais un peu à cause, justement, de ce genre de phrase.

Donc en gros, je n’avais pas d’ami•es. Mais tant pis, parce que j’avais mes notes, tous mes petits points verts et les regards fiers de mes parents et de mes profs, et ça me suffisait.

Le collège s’est passé de la même façon. J’avais déjà un peu plus d’ami•es, mais je les comptais sur les doigts d’une main. Ma grande sœur me disait toujours qu’un jour, au lycée sûrement, je trouverais des gens comme moi et je serais épanouie.

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Ce terrible sentiment de banalité

Le problème c’est que quand j’ai trouvé des gens comme moi justement, je me suis sentie terriblement banale. Et puis aussi affreusement prétentieuse.

Je m’étais longtemps prise pour quelqu’un de super cool, de plus mature que les autres, de plus intelligente que les autres. Alors qu’en fait, j’étais juste une nana qui avait des bonnes notes et des préoccupations de jeune adulte, chose normale puisque mon modèle, à l’époque, c’était ma grande sœur et je m’intéressais aux mêmes choses qu’elle.

Rien d’exceptionnel en soi.

Je m’étais construit une sorte d’objectif impossible.

En début de seconde, j’ai rencontré mon copain actuel. Et ce gars-là est un vrai génie des maths. J’ai fait la connaissance d’une fille super, pas forcément très scolaire, mais très cultivée et très sûre d’elle. Un gars passionné et super fort en informatique. Une fille très engagée et militante, qui n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait.

Plein de gens accomplis et très bons dans leur domaine.

J’avais des points communs avec tous ces gens — mais en moins exacerbés. Et ces gens-là, ils n’y sont pour rien mais ils m’ont fait me demander : et moi, je suis quoi à côté d’eux ? J’ai quoi de plus qu’eux ? J’ai commencé à développer un complexe d’infériorité par rapport à eux.

Mais j’avais mes bonnes notes, et ça me suffisait.

C’était mon truc à moi : j’étais bonne en cours et ce dans toutes les matières. J’étais polyvalente, à la fois scientifique et littéraire. J’étais la meilleure en cours.

C’est ainsi qu’en début de première, après une année de seconde à 17 de moyenne sans travailler, je pensais pouvoir continuer sur cette lancée. Et mes deux premières notes de l’année : 13,5/20 et 12/20. En maths. La matière qui m’avait poussée à faire un bac S alors que je déteste la physique-chimie et la SVT.

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Ça m’a fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre. Là où d’autres avaient facilement 18, moi j’avais un peu plus de la moyenne. Je n’étais plus la meilleure. J’ai alors réalisé que pour avoir des bonnes notes, pour garder le petit truc qui me rendait particulière, pour ne pas devenir « banale », je devais travailler, et pas qu’un peu.

J’ai commencé à faire des fiches bristol, et j’ai réussi a atteindre les 15 de moyenne en maths, et à me maintenir à 17 de moyenne.

Mais même si j’avais totalement réussi mon trimestre au final, je m’étais construit une sorte d’objectif impossible : me maintenir toujours à ce stade, ne jamais aller en dessous des 16 de moyenne (ce ne serait plus la mention Très Bien, vous rendez-vous compte ?).

L’obsession pour les notes, une très grande souffrance

J’ai réussi à le faire, au prix de grandes souffrances. À chaque 17/20, c’était genre « ok c’est la norme, je ne vais pas me féliciter puisque ce n’est pas 20/20, c’est juste la norme pour toi », et à chaque 14/20 c’était « t’es qu’une merde, tu ne vaux rien, regarde machin là, lui il a eu 18 et il a même pas travaillé je suis sûre ».

J’angoissais d’aller en cours, de devoir faire face à ce genre de situation, très commune.

Un épisode marquant est celui du premier bac blanc de français, auquel j’ai eu 17. Mais une fille de ma classe a eu 19, et mon 17 m’apparaissait comme un échec. J’ai passé toute une soirée à pleurer et à me répéter que j’étais nulle, une merde ambulante, que mon 17 était sur-noté et que je valais beaucoup moins que ça.

Je pensais que les bonnes notes étaient ma seule force.

Je comprends que je peux paraître très désagréable auprès de beaucoup de gens. Mais comprenez bien que je ne considérais que MES notes comme minables. Jamais je n’ai vu une personne comme « nulle » car elle n’avait pas les mêmes notes que moi.

Le problème, c’est que les notes, c’était mon truc. Moi, je ne pouvais pas me permettre d’en avoir des mauvaises, parce que c’était ce que je pensais être à l’époque ma seule force. Les autres, ils s’en foutaient de leurs notes, et ils avaient bien raison, puisque leur force était autre part : dans le sport, dans les relations sociales, dans la musique

C’est ainsi qu’en décembre, après un contrôle d’histoire que je pensais avoir raté, j’ai fait une grosse bêtise. Je me suis mutilée. Pour un contrôle d’histoire, j’ai mis ma santé en danger. Et je l’ai refait plus tard : après un match de badminton perdu, après un cours de maths que je n’avais pas compris, après une dispute avec mon copain…

Ça a commencé à devenir une habitude.

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Et puis un jour, j’ai eu l’électrochoc. J’ai surpris une conversation Facebook de mes ami•es, disant que je n’étais pas fun, que j’étais tout le temps avec mon copain et que je m’effaçais du groupe. Ils disaient ça en se moquant de moi. Comme si j’étais une idiote qui ne comprenait rien à la vie.

Ça m’a détruite. Ceux que je considérais comme un soutien, en réalité, je les délaissais. Et eux, ils s’en fichaient puisque ça les faisait rire.

J’ai failli faire la plus grosse bêtise de ma vie. Mais je ne suis pas allée au bout, et tant mieux.

Plus tard, ça a fini par aller mieux. Peut-être que c’était à cause du printemps, peut-être que j’ai fini par relativiser, peut-être que j’étais plus sûre de moi. J’étais plus sereine, j’ai passé mes épreuves de français dans le calme le plus total et j’ai eu des super notes.

Je ne suis pas qu’une élève

Est-ce que ça valait le coup d’angoisser tout le temps et de me lyncher à chaque note inférieure à 16 ? Non. J’aurais sûrement eu des notes aussi bonnes si je m’étais plutôt fait confiance. Parce que je peux avoir la mention Très Bien au bac.

Et ce n’est pas en me rabaissant à chaque mauvaise note que je vais l’atteindre. C’est en me faisant confiance, et en apprenant de chaque erreur. Et puis si je n’ai pas la mention Très Bien ? Tant pis. De toute façon, pour les études que je veux faire (je veux aller en fac de maths), les notes ne comptent pas du tout.

Et surtout, je le réalise un peu plus aujourd’hui, mes notes ne sont pas ma seule force. Je ne suis pas qu’une moyenne. Je ne suis pas qu’une élève. Mais avec des journées de huit heures de cours (sans compter les deux heures de devoirs minimum par soir, évidemment), on a du mal à se rendre compte qu’il y a une vie à côté du lycée, et qu’on peut devenir quelqu’un sans être excellent•e en cours.

Aujourd’hui, ma vie est difficile pour des raisons sensiblement différentes de celles que j’ai exposées ici, bien que les notes soient toujours aussi importantes dans ma vie, malheureusement.

J’essaye de relativiser. Je vais voir une psy qui m’aide beaucoup. J’essaye de ne pas penser à l’école en dehors des heures de cours et de révisions, même si c’est difficile. J’essaye d’accepter mes faiblesses et de valoriser mes forces.

Par exemple, au lieu de dire « j’ai raté mon dernier contrôle de physique », je me dis « j’ai réussi tous mes contrôles en maths ». Au lieu de dire « je suis nulle en sport », je me dis « je danse super bien, et la danse est un sport ». Je me concentre sur le futur et j’attends avec impatience la vie à la fac.

Tout va bien et le pire n’est pas certain.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Le Bunyip
    Le Bunyip, Le 1 décembre 2016 à 12h57

    Anableps
    @Le Bunyip C'est chouette de dire que c'est facile pour un enfant "à peu près bien constitué" d'avoir de bonnes notes au collège. Voilà qui est sympathique pour tous ceux qui avaient des difficultés en classe à cet âge-là et sont donc, si j'en crois ton raisonnement, mal constitués.
    Le tout de la part d'une ancienne professeure, je dois dire que j'en reste bouche bée.
    Mince, tu as raison,cette phrase était puissamment maladroite et je suis vraiment désolée. J'avais en tête certains élèves avec d'excellents résultats qui en deviennent soit infects, soit, comme dans l'article, angoissés à l'idée d'un échec, et/ou à fond dans la compétition. J'aurais aimé dire, au lieu de mon raccourci, que la majorité des élèves qui réussissent au début du collège me paraissent être des enfants dont le mérite est de s'adapter facilement au système, avec un contexte familial favorable (pas tous, on est d'accord, certains ont des capacités hors du commun), et par là je ne veux pas minimiser leurs talents, j'avais la plus grande admiration pour certains élèves très doués. A contrario et comme tu l'as supposé, je suis convaincue que l'immense majorité des élèves qui réussissent moins bien sont tout aussi bien constitués mais ont des capacités qui ne sont pas prises en compte, ou souffrent d'un contexte familial défavorable (et je reconnais là aussi la souffrance engendrée par de telles situations). Merci de m'avoir reprise et toutes mes excuses aux personnes que j'ai pu blesser.

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