Pourquoi nous sommes parfois des malades imaginaires

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Il nous arrive de penser être atteint•e d'une maladie après avoir lu quelque chose à ce sujet. Justine vous explique pourquoi.

Pourquoi nous sommes parfois des malades imaginaires

En octobre 2016, madmoiZelle a publié un témoignage à propos des effets de la contraception hormonale.

En commentaires, Erinnern m’a soufflé une idée d’article (mille mercis !) : pourquoi avons-nous l’impression d’être atteint•e de telle ou telle maladie après avoir lu un article sur le sujet ?

Je me sens très concernée par le phénomène : en fonction de ce que je lis, des affiches que je croise, je suis régulièrement persuadée de faire un infarctus, un AVC, une rupture d’anévrisme, je pense au syndrome du choc toxique à chaque cycle menstruel…

Pourquoi ? Quels biais farfelus nous poussent à devenir ponctuellement des malades imaginaires ?

Le biais de confirmation, une tendance à la pensée sélective

Le phénomène pourrait être lié à un élément cognitif : le « biais de confirmation », où notre fâcheuse tendance à la pensée sélective.

Plusieurs recherches suggèrent en effet que nous sélectionnons, interprétons, retenons surtout les choses qui nous arrangent, qui confirment les hypothèses et théories que nous avions déjà en tête.

Par exemple, un chercheur (Kuhn, 1994) a mis au point une expérience auprès d’étudiant•es qui devaient écouter un enregistrement audio à propos d’une enquête sur un meurtre.

Nous voyons ce que nous cherchons.

Le chercheur s’aperçoit que les étudiant•es ne font pas une analyse objective de l’enregistrement : ils retiennent et interprètent les preuves qui vont le mieux avec leurs théories. Finalement, nous voyons ce que nous cherchons !

Quand je lis un article évoquant un AVC, j’ai la sensation d’avoir tous les symptômes. Dans ce cas-là, si un mal de tête apparaît, je peux l’interpréter comme une preuve de mon AVC… alors que, à un autre moment, une migraine peut me sembler anodine !

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Les chercheur•ses ne recommandent pas de négliger nos symptômes, mais de les observer de manière relativement rationnelle.

Sinon… C’est un cercle vicieux.

Si je pense qu’un symptôme est une preuve d’une maladie spécifique (j’ai une sensation de contraction dans la poitrine, je fais sûrement un infarctus), je vais ensuite faire plus attention aux informations qui confirment ma croyance (J’AI MAL AU BRAS !) qu’à celles qui indiquent un bon état de santé.

Nos cerveaux nous trollent ou la négligence des probabilités

Depuis que la presse a commencé à parler du syndrome du choc toxique, il est probable qu’à chaque période menstruelle, un bon nombre d’entre nous pensent à ce syndrome…

Nous savons qu’il y a une probabilité supérieure pour que nous ne soyons jamais atteintes de ce syndrome — pourtant, la peur prend de l’importance.

Dans la même veine, pourquoi avons-nous généralement plus peur de l’avion que de la voiture, alors qu’il est plus probable de vivre un accident de voiture qu’un crash d’avion ?

À lire aussi : La peur de se faire égorger au cinéma, et autres angoisses irrationnelles

Notre cerveau est un petit farceur : souvent, il se fiche des statistiques et de la logique.

Pour le chercheur Cass R. Sunstein, ce serait lié à un biais cognitif, « la négligence des probabilités » : en fait, nous aurions du mal à évaluer correctement les risques.

Nous surévaluons certains dangers, et sous-évaluons d’autres choses.

Un phénomène plus intense chez les hypocondriaques

Ces phénomènes pourraient être encore plus intenses chez les personnes hypocondriaques.

Le DSM-V (qui répertorie l’ensemble des troubles mentaux — avec des sacrées limites) définit l’hypocondrie comme une « préoccupation centrée sur la crainte ou l’idée d’être atteint d’une maladie grave, fondée sur l’interprétation erronée par le sujet de symptômes physiques ».

En d’autres termes, une personne hypocondriaque aurait un excès d’anxiété vis-à-vis de sa santé.

Des outils peuvent vous aider à gérer ces moments de stress.

Nous pouvons tou•tes être un jour inquiet•es pour notre santé — mais tout est dans la mesure.

Est-ce que cette peur envahit et entrave votre quotidien ? Si ce n’est pas le cas, si ces craintes sont passagères, que vous parvenez à garder une rationalité, c’est ok !

Une foule de petits outils peuvent vous aider à gérer ces moments de stress — accueillir l’émotion, faire quelques exercices de respiration, méditer…

À lire aussi : J’ai testé pour vous… la méditation

En revanche, si vous sentez que la peur prend un peu trop d’importance, que votre esprit est souvent préoccupé, un•e professionnel•le peut vous accompagner dans ce moment (rendez-vous ici pour quelques conseils pour choisir son/sa psy).

Pour aller plus loin :

À lire aussi : Je suis hypocondriaque, mais je me soigne

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Commentaires
Forum (2) Facebook ()
  • Zazouyeah
    Zazouyeah, Le 1 mars 2017 à 13h26

    @Kyubey : Bah oui mais même en comptant seulement les morts et pas les accidents l'argument est valide : tu as toujours bien plus de chances de mourir en voiture (selon les estimations, 1 chance sur 45000) qu'en avion (1 sur 5 million). Sans compter que tu prends sans doute beaucoup plus la voiture que l'avion.
    C'est juste que les très rares fois où un avion se crashe, beaucoup de gens meurent en une fois, donc c'est relayé par les médias et ça impressionne, tandis que les dizaines de milliers de morts (je n'exagère pas, c'est le chiffre pour les USA) par an sur les routes, on ne prend même plus la peine de les citer.

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