Luz quitte « Charlie Hebdo », à lire sur Le Monde et Slate

Le dessinateur Luz, figure emblématique de Charlie Hebdo, quittera la rédaction du journal en septembre prochain. Mais avant cela, il raconte dans les médias ses difficultés à gérer l'après-attentats et comment le dessin l'a sauvé.

Ca y est, c’est sûr : Luz, le dessinateur au bout du crayon de la couverture de Tout est pardonné, le numéro de Charlie Hebdo publié après les attentats, quittera le journal en septembre prochain. Le dessinateur a confirmé la nouvelle a la presse, et a donné plusieurs entretiens dans lesquels il explique sa décision et son ressenti après le drame du 7 janvier dernier.

Il publie ces jours-ci Catharsis, un album de bande-dessinée dans lequel il a donné forme à ses peurs, à ses angoisses et à l’« après-Charlie ». Quelques planches sont visibles sur le site de l’éditeur Futuropolis, dont notamment quelques-unes qui mettent en scène Chérif et Saïd Kouachi, les responsables du massacre, sous les traits d’enfants innocents.

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Dans un long entretien au Monde, Luz explique (entre autre) ce choix artistique et ce qu’il représente pour lui :

« Les assassins du 7 janvier ont tué des dessinateurs de petits bonshommes. Or, nous avons tous été des dessinateurs de petits bonshommes durant notre enfance, nous avons tous griffonné sur des bouts de papier. Cette idée de l’innocence qui est en chacun de nous, y compris chez les gens qui nous ont tués (sic), m’obsède. […]

Quand on devient adulte, on perd une forme d’innocence, mais on sait que c’est comme ça : on ne peut pas rester des enfants ou des ados toute notre vie. Le dessin a ensuite cette capacité à nous ramener à l’émerveillement de nos jeunes années. […] »

Il raconte comment le dessin l’a aidé à s’en sortir après le 7 janvier, à faire sortir les émotions de lui :

« […] Ma meilleure aide fut celle apportée par ma femme, qui est restée à mes côtés pour me reconstruire, et celle fournie par ce compagnon qui m’a toujours construit : le dessin. Quand j’ai vu ce type qui se bidonnait en lisant Idées noires dans un café, je me suis dit : c’est ça ce que je veux faire le reste de mes jours. Puisque je vais vivre avec un truc bizarre dans la tronche, autant continuer à faire rire, sans trauma. Autant utiliser cette noirceur qui m’accompagnera toute la vie. »

Sur Slate aussi, il confie à Vincent Brunner ses doutes et ses difficultés à gérer le traumatisme :

« […] On en a parlé avec un de mes psys, à un moment donné le cerveau refuse d’intégrer ce que tu as pu subir ou voir. Il se coupe en deux : dans une moitié, les images tournent en boucle, dans l’autre, il ne s’est rien passé. Mon dessin a fait une dissociation entre le dessinateur d’avant et celui qui a changé. Et moi, j’étais au milieu, me demandant où était ma place.»

Mais aussi comment il a accouché sur le papier, dans la douleur, le fameux Tout est pardonné :

« Pour le premier numéro, je me suis vraiment forcé, peut-être par souci d’appartenance au groupe. Je disais à tout le monde que je ne pourrais pas dessiner et le lendemain, j’ai été le premier à m’y mettre. Je me marrais et je pleurais à la fois. […] »

Grand amateur de musique, Luz n’arrive plus vraiment à en écouter, de même qu’il n’arrive plus à lire des bandes-dessinées. Il explique aussi pourquoi il lui est devenu impossible de travailler pour Charlie Hebdo :

« […]  à un moment donné, le dessin m’a dit : « Amuse-toi ». Sauf que ça ne pouvait plus se passer plus dans la cour de récré de Charlie. Et ce qui est purement politique politicienne ne me fait plus marrer. C’est bizarre, j’ai fait toute ma carrière dans un journal et c’est à côté que j’ai l’impression d’être vraiment libre.

OK, c’est formidable, via Charlie, on peut parler à des centaines de milliers de lecteurs. Mais ce n’est pas facile quand ta liberté de parole est née d’une privation de cette même liberté. Et puis, avec cinq flics autour de moi, je ne peux plus faire de reportages, ça demande trop de négociations. […] »

Luz quitte le journal donc, mais il dessinera toujours, et a notamment dans ses cartons le projet d’adapter le livre Shining de Stephen King en bande-dessinée. Comme il le dit si bien à Libération :

« Je ne serai plus Charlie Hebdo, mais je serai toujours Charlie. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Locke
    Locke, Le 14 juin 2015 à 23h30

    Fenotte
    @Sabetah_Belacoros En fait ce qui m'emm... surtout dans cette histoire, c'est que les gens se donnent le droit de les juger, autant Luz que Jeannette Bougrab, alors que personne ne sait ce qu'ils ont vécu, personne ne peut se mettre à leur place et personne ne peut dire ce qu'ils auraient dû faire ou ne pas faire. Que Luz n'ait plus l'envie de dessiner Sarkozy et Hollande après ce qui s'est passé, que Bougrab ait eu le besoin de légitimer si maladroitement la relation avec l'homme qu'elle aimait et qu'elle venait de perdre, on a pas à donner notre avis là dessus, parce que face à un drame, chaque personne réagit de la manière qui lui est propre et personne ne peut dire qu'il aurait fait mieux à sa place. Et ceux qui critiquent Luz ne se rendent juste pas compte du poids qu'il doit supporter depuis les attentats, ce ne sont pas eux qui mettent leur tête à prix en publiant des caricatures...
    C'est vrai. On ne peut "que" essayer de comprendre et quelque part, c'est déjà trop. J'ai le sentiment que bien des gens ont vu tout ça comme un feuilleton, se donnant le droit de juger, de faire comme si la douleur devait être dissipée au bout de deux épisodes, alors que non, c'est du vrai, que leurs vies sont véritablement changées à jamais.

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