Légendes urbaines, mode d’emploi

Comment se crée une légende urbaine ? D'où vient-elle et comment est-elle alimentée ? Retour sur les règles de base qui font qu'une légende devient crédible.

Légendes urbaines, mode d’emploi

Tu connais l’histoire de la meuf qui a failli se faire séquestrer par un dangereux psychopathe planqué à l’arrière de sa bagnole ? Ouais, ben c’est arrivé à la demi-sœur d’une copine de ma cousine Thérèse. Et t’as entendu parler de ce type qui roule de nuit, tous feux éteints, et qui, si jamais tu lui fais des appels de phare, se lance dans une course poursuite pour essayer de te foutre au fossé ? Ben figure-toi que mon pote Gilbert connait une meuf qui est en coloc avec une fille à qui c’est arrivé.

On appelle cela des légendes urbaines. Thérèse et Gilbert, eux, certifient qu’il s’agit bel et bien de faits réels, de la vérité toute nute. Pour toi lectrice, j’ai revêtu mon imperméable d’inspecteur Columbo (ou de vieil exhibitionniste, ça marche aussi) et tenté de percer un nouveau mystère, celui des légendes urbaines, phénomène contemporain aussi tenace qu’un morpion cramponné à un poil pubien.

1. Qu’est-ce qu’une légende urbaine ?

Une légende urbaine n’est ni plus ni moins qu’une rumeur qui, coup de bol, a parfaitement pris, au point de continuer à être relayée des années après son lancement, passant rapidement du statut de banale rumeur à celui de fait avéré. Il peut aussi s’agir d’une anecdote fictive tellement bien racontée (du genre de celles qu’on se raconte en chuchotant sous la toile de tente) qu’elle finit colportée par des dizaines voire des centaines d’interlocuteurs qui tous, affirment être en mesure de certifier sa véracité et la fiabilité de leur source (c’est vrai que Jean-Jean qui raconte l’histoire de la main retrouvée dans la soupe, avec une voix d’outre-tombe et une lampe de poche braquée sous le menton, ça c’est de la source fiable).

Tandis que certaines rumeurs se cassent donc tout bonnement la gueule en l’espace de quelques mois (cf la mort de Benny B) voire de quelques semaines, certaines rumeurs et anecdotes en tous genres parcourent tranquillement leur petit bonhomme de chemin, s’étoffant régulièrement de nouveaux éléments venant l’enjoliver et la confirmer. Quels sont les ingrédients d’une bonne légende urbaine ou comment une simple rumeur, anecdote, ou hoax peut devenir une légende urbaine que vont systématiquement gober des millions de personnes, sans songer une seule seconde à s’interroger sur leur véracité ?

2. Les trois règles d’or d’une bonne légende urbaine

>> Règle n°1 : citer ses sources

En règle générale, les sources d’une légende urbaine doivent toujours être vérifiées ou vérifiables. Elle ne commencera jamais par « on m’a dit », « il paraît que » ni « j’ai entendu dire que » mais, au choix :

  • s’appuiera sur des sources aussi fiables qu’une vidéo Youtube, un blog quelconque ou tout site d’information insolite, les photomontages élaborés sous Paint étant évidemment admis : dans le cas de la légende urbaine, on n’est pas du genre à chipoter, on veut y croire et se donner l’impression qu’on a raison d’y croire, c’est tout.
  • sera tenue d’une personne de votre entourage ou, au minimum, dont l’on est en mesure de justifier l’identité. Il est ainsi indispensable de citer ses sources et de préciser si l’on tient l’histoire du beau-frère de la demi-sœur de la baby sitter de l’enfant siamois de la voisine ou encore du mec rencontré au bureau de tabac et qui a demandé un paquet de Gitanes maïs, ce qui est assez étrange quand on y pense (car qui fume encore des Gitanes Maïs en 2012, je vous le demande ?) (à part ma grand-mère). Dans tous les cas, pouvoir justifier de l’identité de la personne grâce à qui l’on détient à son tour l’anecdote est un élément capital pour rendre crédible une histoire qui, la plupart du temps, ne l’est absolument pas.

>> Règle n° 2 : sourcer sans s’encombrer de détails ni lésiner sur la mauvaise foi

Directement liée à la règle numéro 1, la règle numéro 2 implique de ne pas lésiner sur les moyens de convaincre son interlocuteur de la fiabilité de ses sources. Divers procédés récurrents permettent d’y parvenir, comme celui consistant à réduire le nombre d’intermédiaires qui, dans les faits, séparent le conteur de l’anecdote de l’auteur originel censé l’avoir vécue ou y avoir au minimum assisté et l’ayant, pour ainsi dire, mise sur le marché. Ainsi, s’il devient aussi long qu’encombrant d’expliquer que l’on tient telle ou telle histoire de la petite-sœur du frère de la meuf du beau-frère du cousin du pote au coloc’ de la sœur du coach sportif de l’ex au nouveau mec de la frangine de l’employé de la baraque à frites, on peut toujours se la jouer vague et concis en commençant l’histoire par : « C’est arrivé au mec de la baraque à frites ».

Éventuellement, si le conteur a une propension naturelle au narcissisme, à la démesure ou encore à la mythomanie, il pourra faire le choix  d’un raccourci ultime en s’attribuant tout simplement l’origine de l’anecdote, affirmant alors, non pas la tenir de Truc-Bidule ou de Machin, mais prétendant l’avoir vécue. Simple, rapide, sympa pour l’ego, cette option est systématiquement préférée à la précédente par les attention whore en tout genre.

>> Règle n°3 : Illustrer son propos pour le rendre familier

Si la règle veut que l’évènement clé de l’histoire soit parfaitement inchangé, fidèle à la version d’origine, il est admis que l’on prenne, lors de la narration et donc de la transmission du propos, certaines libertés avec les éléments censés plantés le décor.

Prenons l’exemple de la célèbre légende urbaine du badaud averti d’un attentat à venir par un inconnu, légende ayant connu son apogée en 2001 après le drame de l’attentat sur les Twin Towers. D’après ce classique des légendes urbaines, un New Yorkais vit, au beau milieu d’une foule, un portefeuille glisser de la poche de son propriétaire. Ramassant le portefeuille, il s’efforça de rattraper et d’interpeler son propriétaire afin de lui rendre le bien maladroitement égaré, se retrouvant alors face à un homme plein de gratitude qui, pour le remercier, lui confia une information capitale : « Demain, quittez la ville car un attentat est programmé ».

L’anecdote, décidément très efficace (bien que jamais vérifiée, ÉVIDEMMENT) fit le tour du monde et fut reprise des dizaines de fois, s’adaptant au lieu où elle fut désormais racontée ainsi qu’à l’actualité du moment. Je me rappelle ainsi  d’une amie me racontant comment, quelques années plus tôt, la mère de sa copine avait étrangement vécu une expérience similaire en ramassant le téléphone portable d’une inconnue dans la station Saint-Michel. Le hasard comme par hasard, les mecs. Sans parler des fausses rumeurs découlant de cette légende, qui alimentent régulièrement les chaînes de mail, à base de « Attention !! La semaine dernière une amie a aidé une femme à se relever après une chute dans le métro et pour la remercier, celle-ci lui a confié que des attentats meurtriers allaient bientôt avoir lieu dans le métro parisien. Evitez de prendre le métro pendant toute la semaine prochaine ! Faites tourner SVP (et si vous ne faites pas tourner à tous vos contacts, vous perdrez vos cheveux et récolterez 7 ans de malheur avant de mourir dans d’atroces souffrances, c’est une autre légende urbaine qui me l’a dit) ». Si vous prétendez ne pas avoir reçu ce mail entre 1995 et 2010, je veux bien me faire ligaturer les trompes (et vous savez comme j’y tiens à mes trompes), je vous préviens.

À présent que vous avons fait le point sur la notion de légende urbaine et sur ses grandes caractéristiques, il est temps d’en venir aux faits et de nous intéresser aux grandes légendes urbaines de notre époque, les plus cool, les plus récurrentes, celles qui illustrent le plus  régulièrement notre fil d’actualités Facebook et celles auxquelles on a tous cru ou failli croire un jour ou l’autre.

Comme il est l’heure pour moi de vous abandonner et de m’adonner à ma seconde occupation en tant que détentrice d’un imperméable de vieil enquêteur, à savoir la sortie des écoles (non mais ça va hein, je rigole) (pis de toute façon, j’ai pas de kiki à montrer, contrairement à ce que prétend une légende urbaine locale mise au point par mes haters), je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de cette enquête. Vous verrez à quel point je n’ai pas hésité à donner de ma personne pour tester certains faits relatés par des légendes urbaines et finirez par ne plus m’en vouloir de vous laisser sur votre faim avec ce premier volet d’enquête aussi alléchant qu’un chocolat chaud au beurre de cacahuète (putain, mate la rime !).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MimiLaReinette
    MimiLaReinette, Le 21 juillet 2014 à 21h14

    supergeekette;4549372
    Moi, la légende urbaine qui me fait le plus marrer c'est les 7 araignées que l'on est censé avaler dans notre vie. Et quand je dit que c'est des connerie on me répond que c'est prouvé scientifiquement (cependant personne n'a jamais était capable de me dire comment ou de me donner des détail sur cette fameuse étude des araignées suicidaires)
    Tu sauras tout ici :

    http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr/2013/06/mardi-arachnophobie.html

     :happy:

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