2 moments anodins de mon enfance qui m’ont beaucoup appris

Par  |  | 2 Commentaires

Dans la vie, il y a les grosses épreuves qui forgent, mais il y a aussi les tout petits évènements qui apprennent beaucoup. Sophie revient sur deux d'entre eux.

2 moments anodins de mon enfance qui m’ont beaucoup appris

Dans la vie, il y a plusieurs façons d’apprendre des trucs importants qui font de nous de meilleures personnes et de notre vie quelque chose d’un peu plus sympa.

Il y a plusieurs façons d’apprendre des trucs importants qui font de nous de meilleures personnes.

Des évènements marquants qui mettent tout le monde d’accord sur le fait que ce sont des épreuves, certes, mais importantes et enrichissantes.

Mais il y a d’autres manières d’apprendre la leçon. Des façons bien plus petites, qui paraissent dérisoires et qui sont donc plus surprenantes. Et qui comptent quand même. Comme par exemple…

Porter le broc d’eau à la cantine

Quand j’étais au collège, la cantine était le pire des endroits.

Le repas, soit ce que je préfère normalement dans une journée, parce que j’adore manger, était devenu le pire moment, à égalité avec la récré, mais en plus long.

À lire aussi : Les repas de cantine à travers le monde

La cantine, c’était la jungle. C’était là que tes potes te faisaient comprendre s’ils avaient décidé de ne plus te parler, en s’installant à une autre table ou en te vannant méchamment chaque fois que tu l’ouvrais.


Genre la vie, à la cantoche, c’est tous les jours être jugé•e par les Plastics.

Je n’étais jamais sereine parce qu’il fallait laisser nos cartables à côté des casiers et que les gens se trompaient tout le temps de sac à dos en repartant

Il m’arrivait de devoir faire 4 fois le tour de la cour, paniquée, à chercher un Eastpak bleu ciel avec un porte-clés Diddl (le mien) pour faire l’échange avec le boloss maladroit.

C’était aussi dans la file de la cantine que j’avais vu un mec faire cramer les cheveux d’une meuf.

C’était là que tout le monde criait et applaudissait quand quelqu’un faisait tomber son verre (je te raconte pas l’hystérie quand c’était son plateau entier qui s’échouait sur le sol, mais tu sais probablement de quoi je parle).

À lire aussi : Si on agissait aujourd’hui comme les ados qu’on était… — La leçon de la semaine, par Sophie Riche

Je détestais la cantine ptain. J’avais envie de m’y faire oublier.

Alors quand c’était mon tour d’aller remplir le broc d’eau, je me chiais dessus. Je paniquais à l’idée de :

  • tomber,
  • avoir une tache de règles sur mon jean,
  • tourner du cul (on se moquait de moi pour ça alors qu’en vrai c’est juste que j’avais déjà un boule conséquent),
  • faire tomber le broc vide,
  • faire tomber le broc plein,
  • péter un câble, me mettre cul nu et courir dans tout le collège en criant et en pleurant.

Mais je devais le faire. D’abord parce qu’il faut s’hydrater dans la vie. Mais aussi parce qu’on ne peut pas toujours compter sur quelqu’un d’autre pour agir à sa place afin de ne pas avoir l’urine qui sent le potage.

Et au fil du temps, j’avais un peu moins peur.

Parce qu’à chaque fois, je réalisais que le regard des autres était de moins en moins présent dans ma tête (parce qu’il ne l’était pas beaucoup en vrai et que s’il l’avait été, qu’est-ce que ça pouvait bien faire ?).

À lire aussi : Six étapes simples pour te détacher du regard des autres

Ce que ça m’a appris, c’est de continuer à marcher la tête haute en comprenant que la plupart des gens n’en avaient rien à foutre que je passe devant eux.

Plus je faisais comme si je n’avais rien entendu, plus j’avais l’impression que rien ne s’était passé.

Pour la simple raison qu’il y avait plein d’autres gens qui l’avaient fait avant et plein d’autres après.

Et au pire, si on me faisait une réflexion, bah je n’avais qu’à faire style que je ne l’avais pas entendue.

Plus je faisais comme si je n’avais rien entendu, plus j’avais l’impression que rien ne s’était passé.


Moi faisant du roller sur les réflexions des rageux tout en ramenant le broc d’eau à ma table (et pas une bouteille d’alcool et des cendriers).

Avoir un 2/10, un jour en CM2

En CM2, je n’avais que des super notes tout le temps. Je ne dis pas ça pour me vanter mais afin d’établir une ambiance.

Je me trouvais (déjà) trop grosse et vilaine comme tout, mais je savais que pour m’en sortir, j’avais au moins quelque chose : ma réussite scolaire.

À lire aussi : J’ai testé pour vous : avoir été une petite fille moche

Le truc que je n’avais pas saisi, c’est qu’avoir des super notes, ce n’est pas acquis. Chaque jour apporte sa nouvelle leçon, son nouveau thème, et t’as beau avoir des facilités, si tu ne bosses pas c’est la merde.

Jusqu’à un moment, le simple fait d’écouter en cours m’a suffi pour réussir les contrôles, sans avoir à réviser. Et puis soudain, le choc.

En géographie, on voyait un truc de merde, je ne sais plus comment ça s’appelait. Enfin je n’avais pas du tout aimé cette leçon.

Surtout que je devais m’être encore entichée de Jason*, qui préférait ma meilleure copine. Je rêvassais sacrément du moment où il me dirait, une fleur à la main :

« Sophie j’ai merdé. C’est toi que j’aime depuis toujours, depuis que je t’ai vue, de dos, avec ton cartable Lafuma et tes cheveux rassemblés en une queue de cheval que tu essayais de faire valdinguer de droite à gauche pour faire stylé.

Sauf que t’avais juste l’air d’une meuf qui se balançait de droite à gauche de manière bizarre. On avait un peu l’impression que t’étais bourrée en fait. »

*Le prénom a été modifié, j’veux pas d’embrouilles

Sauf que ça n’est jamais arrivé, que Jason* a toujours préféré ma copine et, qu’ensuite, nos chemins se sont perdus à jamais.

Je sais bien que l’amour n’a pas de loi (oh non non), mais il a terminé en taule, askip.

Si ça se trouve, il aurait coulé des jours plus gais et sereins s’il m’avait choisie en CM2. MAIS ÉCOUTEZ, je n’ai pas de rancœur, mon cœur est pur et j’ai trouvé le bonheur ailleurs.

Tout à ma rêvasserie, je n’avais donc rien écouté de ce cours sur des trucs qui divisaient la Terre (c’étaient ni les climats ni les tropiques). J’avais même zappé qu’un contrôle était annoncé. Si bien que le jour du test, je me suis complètement trompée. Partout, sur tout.

Et j’ai eu 2.

2/10, mais 2 quand même.

Si je me concentre, je peux encore revoir le regard atterré, déçu et en colère de mon institutrice. Je peux ressentir à nouveau mon cœur qui battait tout fort dans ma poitrine.

J’avais eu un 2. Un. 2. Le seul domaine où j’avais vraiment confiance, où je me pensais intouchable, venait de voler en éclats.

Le seul domaine où j’avais vraiment confiance venait de voler en éclats.

La bonne nouvelle, c’est que ma prof a décidé de ne pas compter cette note, de refaire le cours dessus et de nous interroger quelques jours plus tard, une fois qu’elle était sûre que tout le monde avait pigé. Mais la prise de conscience était faite quand même (c’est tout bonus).

J’ai compris que rien n’était vraiment acquis. En classe, il fallait que je bosse pour garder le niveau et je n’étais pas à l’abri d’échouer, comme tout le monde.

Pour cette raison, il ne valait mieux pas que je vois un point fort comme mon unique qualité afin de ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier.


Raven Symoné se foutant peut-être de ma gueule d’avoir tilté si tard.

Et vu le nombre de mes échecs (qui est décent par rapport à mes réussites, certes, mais je les aurais vécus bien plus violemment si je n’avais pas eu cette expérience), il valait mieux que je sois prête.

Faut toujours mieux être prête, de toute façon.


Sophie Riche

Sophie Riche est membre de la rédac depuis 2011, époque à laquelle elle officiait sous le pseudonyme Sophie-Pierre Pernaut. Elle aime manger du fromage et l'humour un peu gras.

Tous ses articles

Voici le dernier commentaire
  • Sinae
    Sinae, Le 30 mars 2017 à 10h49

    Ahhhhh la cantine du collège... c'etait déjà la jungle dans la file d'attente de la cantine (à l'intérieur c'était un peu plus calme)...
    Quand j'étais en sixième et cinquième on était dans la vieille cantine et yavait 4 grandes tables. Si les gens de ta table avaient fini et partaient, les pions te faisaient dégager aussi. Oui, oui, même si tu n'avais pas fini de manger. Et pour le broc d'eau, personne voulait y aller, du coup on faisait le jeu de l'âge dans les verres. Parce qu'il fallait que quelqu'un de la table de 8,6 ou 4 (plus petites de la nouvelle cantine)aille changer l'eau potentiellement empoisonnée par quelques crachats ou autre aliments non identifiés. Ah et bien sûr ne rien faire tomber à la cantine sinon tu as le ouuuuuuuuuuh qui commence. Mais bon ça, à la limite, c'était un des trucs les plus marrants.

    Et pour les notes en primaire, une fois j'ai eu un 0 en maths parce que j'avais pas choisi le bon moyen de résolution du calcul XD. Coup de bol, quasiment toute la classe a fait pareil donc c'était pas grave.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!