John Oliver dénonce le harcèlement misogyne en ligne

John Oliver dénonce le harcèlement et la violence misogynes qui sévissent sur Internet et gâchent la vie d'innombrables femmes à travers le monde.

John Oliver dénonce le harcèlement misogyne en ligne
L’excellent John Oliver a consacré tout un épisode de son émission Last Week Tonight à la question du harcèlement en ligne, plus précisément celui qui vise les femmes. Des menaces extrêmement graphiques au « revenge porn », tour d’horizon d’une situation kafkaïenne. L’intégralité de la vidéo a été traduite ci-desssous.

Trigger Warning : Cet article contient des propos très violents exprimés à l’encontre de femmes sur Internet, des menaces de mort, de viol et autres violences physiques.

L’Internet qui a changé nos vies

L’Internet est un endroit où vous pouvez voir des choses incroyables, comme des photos glamour de chats, des lapins angora de compétition, ou cette captation rare et extrêmement émouvante d’un soldat de la Première Guerre Mondiale blessé, retournant à sa famille.

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Le rickroll, ce mème qui ne vieillira jamais

HAHA ! Bande d’imbéciles ! Je vous ai bien eus, je vous ai tellement bien eus !

L’Internet subjugue nos esprit depuis des décennies, par sa puissance et son côté pratique. Vous pouvez le voir dans cette publicité AOL authentique des années 90.

— Hey Dan, prêt pour le match ? Je boucle juste un truc avec mes nouveaux potes kayakistes.
— Des potes kayakistes dans ton ordinateur ?
— Oui, je viens d’avoir America OnLine !
— Ça a l’air cool ! Écoute, je ne peux pas venir au match aujourd’hui.
— Quoi ?
— Je dois trouver un truc pour l’anniversaire de ma mère, c’est demain. Je dois aussi acheter des billets d’avion pour la semaine prochaine et mes gosses doivent aller à la bibliothèque pour se renseigner sur les dinosaures.
— Eh, on peut se charger de tout ça avant de se mettre en route.
— Ouais, c’est ça.
— Oui, avec America OnLine !

Attends, attends, j’ai bien compris ? L’anniversaire de ta mère est demain, tu voyages la semaine prochaine et tu ne t’occupes de tout ça que maintenant ?! Oublions le tuto AOL, parlons du fait d’être responsable ! Tu es un père de famille, Dan !

Mais comme le dit cette publicité, l’Internet était censé tout régler.

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— Voilà les dinosaures. Je t’ai épargné un passage par la bibliothèque.
— C’est formidable !
— Oui, c’est facile de télécharger aussi. Tu sais, je peux même envoyer des e-mails sur Internet, et mon truc préféré c’est discuter en direct : c’est comme ça que j’ai trouvé mes nouveaux potes kayakistes !

Ok, ok. Je suis maintenant à peu près sûr que « potes kayakistes » est un euphémisme. Je ne dis pas qu’il ne va pas rencontrer ses nouveaux potes dans une cabane près d’un lac, je dis juste qu’il n’y aura pas de kayak dans l’histoire.

C’est fou, non ? Cette pub date d’il y a 20 ans ! Et Internet fait maintenant partie intégrante de la vie moderne. Mais malheureusement, c’est aussi devenu le sanctuaire du harcèlement. Et je ne parle pas des abus quotidiens sur Internet, que je connais bien : jetez un œil à notre page YouTube et vous verrez des commentaires tels que « Ce mec est un putain d’abruti », « Je ne sais pas pourquoi mais j’imagine toujours John Oliver comme un macareux », ou encore « Regardez ses mains, ses doigts ressemblent à des pattes d’araignées chelou » — ce qui est ridicule parce que… OH MON DIEU ENLEVEZ-MOI ÇA !

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Internet, sanctuaire du harcèlement

Non, je ne parle pas de ça. Je parle des menaces directes qui mènent les gens à craindre pour leur propre sécurité. Et si vous vous dites « Oh, dites, ça ne doit pas être un problème si répandu »… bravo pour votre pénis blanc. Parce que si vous remplissez un de ces deux critères, votre expérience d’Internet est vraiment spéciale. Les femmes, en particulier, peuvent être la cible d’une véritable manne de messages horribles en ligne. Écoutez par exemple cette créatrice de jeux vidéo parlant des menaces les plus imagées qu’elle a reçues.

— Je pense que celle dont je me souviendrai toujours c’est : « Je vais foutre un œuf dans ton vagin et lui mettre un coup de poing ». Je ne sais pas pourquoi, mais celle-ci est… poignante.

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Euh… ouais, c’est poignant, on peut le dire. Petite anecdote : Je vais foutre un œuf dans ton vagin et lui mettre un coup de poing était en fait le titre originel de Mange, prie, aime.

Et cette menace est relativement modérée : d’autres peuvent être extrêmement ciblées et révélatrices d’un vrai danger potentiel. Écoutez ces femmes parler de ce qu’elles ont reçu quand elles ont parlé de ce qu’elles considéraient comme du sexisme dans l’industrie du jeu vidéo.

— J’ai conscience, en permanence, du fait que je suis la cible d’énormément de haine.
— Une haine qui prend la forme de menaces d’attentat, de menaces de viol, et même de menaces de mort.
— Ils m’ont dit qu’ils venaient pour me tuer. Quand quelqu’un poste votre adresse en ligne et vous dit qu’il va assassiner toute votre famille, c’est difficile de se sentir en sécurité chez soi.

Tu m’étonnes ! Je la comprendrais si elle ne se sentait pas en sécurité… sur Terre ! Si quelqu’un me faisait ça, j’irais direct sur la Station Spatiale Internationale… mais de qui est-ce que je me moque ? Ils ne me laisseraient pas rentrer, mes mains sont des araignées ! L’INTERNET EST MÉCHANT !

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Du harcèlement aux menaces de mort

Ça ne concerne pas que les femmes dans le jeu vidéo. Ça peut, potentiellement, arriver à n’importe quelle femme faisant l’erreur d’avoir une opinion et de la verbaliser sur Internet.

— Ce harcèlement quotidien fait partie de la vie de nombreuses auteures et figures publiques féminines. Plus tôt cette année, l’auteure Amanda Hess a parlé de cet état de fait.
— Ces menaces étaient évidemment bouleversantes, elles venaient d’un anonyme sur Twitter menaçant de venir chez moi, de me violer, de me décapiter.

Au cas où vous penseriez qu’elle exagère, voici certains des tweets dont elle parle ici :

« Content qu’on vive dans le même État. Je te cherche ; quand je t’aurai trouvée je vais te violer et t’arracher la tête. »
« J’ai 36 ans, j’ai fait 12 ans pour « meurtre », j’ai tué une femme, comme toi, qui avait décidé de se moquer des bites des mecs. »

C’est horrible à tellement de niveaux. Déjà, il met « meurtre » entre guillemets, comme s’il ne comprenait toujours pas que c’est un crime. Et en plus il indique son âge, comme s’il remplissait le pire des profils OkCupid ! « J’ai 36 ans, j’ai déjà commis un meurtre et mon pénis a une forme bizarre ». Et quand Amanda Hess s’est rendue au commissariat, elle a rapidement découvert à quel point la police n’est pas équipée pour lutter contre ce genre de choses…

— Dans mon État, la Californie, c’est un crime de menacer d’attenter à l’intégrité physique de quelqu’un. Quand j’ai reçu les menaces les plus récentes, le policier qui est venu chez moi ne comprenait même pas ce qu’était Twitter, n’avait aucune idée de comment mener l’enquête sur un tel crime, et je ne suis même pas sûre qu’il savait que c’était illégal. C’est dur de savoir quoi faire quand on se retrouve dans cette situation.

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C’est un problème. La police ne peut pas enquêter sur un crime sans comprendre le média sur lequel il a été commis. Si quelqu’un essaie de vous noyer, vous ne voulez pas que les flics vous disent « Ok pour la tentative de meurtre, mais c’est quoi cette « eau » dont vous me parlez sans cesse ? C’est genre de l’air mais en moins respirable ? ».

Le « revenge porn », la confiance empoisonnée

Et les femmes ne sont pas seulement menacées et harcelées en ligne. Internet a créé une toute nouvelle façon de leur gâcher la vie : le « revenge porn ». Vous en avez peut-être déjà entendu parler : c’est quand des photos de gens nus sont postées en ligne sans leur consentement ; les conséquences peuvent être extrêmement graves.

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Voici Annmarie Chiarini, une prof anglaise qui a laissé son petit ami de l’époque prendre des photos intimes d’elle. Après leur rupture, il les a envoyées à son employeur ainsi qu’au prof de maternelle de son fils, et ensuite… Voici ce qu’il s’est passé.

— J’ai reçu un email anonyme au boulot, me disant qu’un faux profil avait été créé par quelqu’un se faisant passer pour moi, et qu’il contenait des photos. J’ai donc googlé mon nom, et… le site pornographique Xhamster est sorti dans les résultats. Il y avait mon prénom et mon nom de famille, le nom de l’université où j’enseigne, de la ville où je vis, ainsi que des demandes de relations sexuelles.

Ça a l’air d’être un cauchemar, et la gravité de cette situation l’a menée à des actes très sérieux.

— Ce que j’ai pensé, vraiment, c’est que ma vie était ainsi à présent, que ça ne changerait pas, et qu’il valait mieux que je mette fin à mes jours. Je ne pouvais pas vivre cette vie-là. Après avoir découvert le profil, j’ai tenté de me suicider.

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Le « revenge porn » dans une zone de flou juridique

Ça devrait être illégal de faire ça à quelqu’un. Mais le souci, c’est qu’il n’y a aucune loi fédérale visant spécifiquement le « revenge porn », et au Maryland, où elle vivait, le « revenge porn » n’était pas illégal à l’époque. Seulement 23 États ont voté des lois spécifiques contre ce délit ; dans les 27 autres, c’est un de ces trucs qui devraient être illégaux… mais ne le sont pas clairement. Un peu comme utiliser un énorme parapluie à Manhattan, ou revenir d’un semestre en Espagne et insister pour qu’on prononce correctement « Barcelona ». Pires gens. PIRES.

Bref, si vous êtes victime de « revenge porn » dans un de ces 27 États, vos options sont limitées. Vous pouvez tenter de porter plainte pour harcèlement, mais ces lois ne vont pas toujours s’appliquer à votre cas, ou vous pouvez attaquer au civil le zozo qui est coupable, mais comme Annmarie Chiarini l’a découvert, c’est loin d’être simple.

— J’ai vu des avocats en 2010 afin de gérer l’affaire au civil. Le premier m’a dit « Vous devriez mieux choisir vos petits amis, je ne vais pas prendre votre cas », le second a dit « Il me faut 5000$ directement, en garantie, et ça pourra monter jusqu’à 10 000 ou 15 000$ au final ». Je suis une mère célibataire, j’ai deux enfants, deux emplois, je n’ai pas 5000$, sans même parler des 15 000.

Ben oui, c’est évident ! Parce que la plupart des gens ne mettent pas de côté une boîte à chaussures pleine de fric juste au cas où un gros con essaie de ruiner leur vie !

On peut demander au site de retirer les photos, si on en possède les droits. Mais si ses gérants refusent, alors pour remporter le procès, il faudra faire quelque chose d’absolument inconcevable.

— Il est possible d’attaquer en justice, mais pour ça, il faut enregistrer les droits des photos. Ce qui nous mène à cette brutale réalité : dans les cas extrêmes, il vous faudra envoyer des clichés de votre corps nu aux bureaux gérant les droits d’images, à Washington.

Eh oui. Pour empêcher des inconnu•e•s de voir des photos de leurs corps nus, certaines femmes ont dû envoyer à d’autres inconnu•e•s des photos de leurs corps nus. Nous sommes à ÇA de protéger nos futurs enfants en tatouant le symbole du copyright sur leurs parties génitales à la naissance ! « Juste histoire d’être sûrs, emmenons le bébé au salon de tatouage vite fait, on ne sait pas quel genre d’enfoiré elle va rencontrer ! »

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Cette situation n’a aucun sens. Et comme un expert l’a prouvé, la réponse officielle aux victimes est offensante, ou ridicule.

— J’ai interviewé 60 victimes de harcèlement sur Internet. Généralement, on leur disait « Écoutez, même s’il fait ça pour se venger, quand vous avez partagé ces clichés avec votre ex, il en a acquis les droits ». Genre « Désolé que vous lui ayez fait confiance, mais bon c’est un peu votre faute ». Ou alors, on leur disait « Eh bien il n’y a qu’à éteindre votre ordinateur, ignorer ces actes, ça finira par passer ».

Bon, mais « éteindre son ordinateur », ça n’est pas possible. Quasiment TOUS les emplois nécessitent l’emploi d’Internet, de nos jours. À cet instant précis, quelque part dans le monde, il y a un éleveur de yacks en train de grommeler : « Pourquoi est-ce que le wifi est si lent ? Oh et puis zut, je vais mener les yacks jusqu’à la pause déjeuner ».

Le victim-blaming a de beaux jours devant lui

Quant à l’argument « si vous ne vouliez pas que ça arrive, il ne fallait pas prendre de photos »… je ne peux m’empêcher d’y lire un rejet de la faute sur la victime. Et c’est ancré dans notre culture, globalement : regardez comment les infos traitent ce genre de sujets !

— Comment éviter ce problème ? Les experts répondent : « Ne prenez pas de photos, ne partagez pas vos photos ».
— L’essentiel ici, c’est qu’il ne faut tout simplement pas prendre ce genre de photos.
— Vous savez quoi ? Ne prenez pas de photos de vous, nu•e.
— Les enfants, ne prenez pas de photos de vous nu•e pour les mettre ensuite sur Internet ! Ça va finir par ressortir !
— Et si jamais elles ne ressortent que quand vous êtes devenu•e parent ? Il faudrait alors s’expliquer… [la journaliste rit]

MAIS DE QUOI VOUS PARLEZ, PUTAIN ? Petit un : ne pas prendre de photos ne marche pas toujours — parfois ces clichés proviennent de webcams piratées. Mais on s’en fout de comment c’est arrivé ! Voici un petit jeu : choisissez n’importe quel crime et insérez-le dans ces phrases. « Écoutez, si vous ne voulez pas être cambriolé•e, ne vivez pas dans une maison ! Et si vous êtes parent, comment allez-vous expliquer cette effraction à vos enfants ? »

De nouvelles lois pour régler le problème ?

J’ai bien conscience que de demander aux législateurs de réguler la liberté d’expression, c’est s’engager sur une pente glissante. Personne ne veut voir la police sur des forums à la recherche de violence écrite. Mais si une femme se pointe au commissariat, et dit que quelqu’un l’a menacée de mort sur Twitter, la réponse « C’est quoi ça Twitter ? » est INCROYABLEMENT inadaptée. Et pour le « revenge porn »… Il va nous falloir de nouvelles lois.

Heureusement, on prévoit de proposer une loi intitulée Acte de Protection de la Vie Privée de 2015, qui s’appliquera à la pornographie non-consensuelle. Nous vous proposons une vidéo exclusive d’un de ses défenseurs, qui a un discours vraiment émouvant : il parle de l’équilibre entre le Premier Amendement (la liberté d’expression) et la protection des victimes.

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JE VOUS AI ENCORE BIEN EUS ! VOUS ÊTES UN TAS DE ZOZOS ET JE SUIS LE ROI DES BLAGUES !

Si elle passe, cette loi, dans son état actuel, rendrait criminel le fait de mettre en ligne du « revenge porn » — mais ne vous inquiétez pas, on aura encore plein de porno sur Internet ! La loi comporte des exceptions pour « l’intérêt public bona fide », donc si une personnalité publique comme, je sais pas, Anthony Weiner, décidait d’envoyer des photos de son pénis à la ronde par SMS, on pourrait quand même savourer cette histoire. Et ne pas pouvoir la savourer ne nous mettrait pas en danger.

Mais la vérité, c’est que la loi ne peut pas tout faire. Les entreprises doivent être bien plus vigilantes à ce sujet, et elles y viennent, lentement. Ces derniers mois, Twitter et Reddit ont banni le « revenge porn », et ce vendredi, Google a annoncé, après de longues sollicitations, qu’il serait possible de dé-référencer le « revenge porn ». Que Google fasse ça, ce n’est pas rien ! Parce qu’on sait bien que même les pervers enragés ne s’infligeront pas l’utilisation de Bing. Ce ne sont pas des monstres.

À nous de faire changer les choses !

Et pour le reste d’entre nous… eh bien, il nous reste nous. Il nous faut changer, fondamentalement, la façon dont nous considérons Internet. On entend trop souvent des gens minimiser les dangers d’Internet, dire « Ça va, c’est pas la vraie vie ». Ça l’est ! Ça l’a toujours été ! Tout ce que disait cette pub AOL, il y a 20 ans, c’est que ce qu’on fait en ligne se répercute immédiatement sur la vie réelle. De nos jours, il est possible, en cliquant sur un bouton, d’acheter un livre, de rencontrer son âme soeur, de gâcher la vie de quelqu’un — parfois ces deux derniers points se conjuguent sur le même clic.

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Nombre moyen de messages menaçants ou sexuellement explicites reçus par jour — Femmes : 100 / Hommes : 3,7

Nous savons qu’Internet est un outil merveilleux, mais comme bien des outils, il peut servir d’arme. Nous avons laissé les choses se dégrader au point que des femmes peuvent craindre pour leur vie à cause d’un truc qu’elles ont dit en ligne, ou se retrouver à envoyer des photos de leurs parties génitales à Washington afin de protéger leur vie privée. Et peut-être que nous aurions géré ça plus tôt, si cette pub AOL avait ressemblé… à ça.

— Tous les jours, Internet rend la vie, le travail, les loisirs plus simples.
— Hey Dan, prêt pour le match ? Je boucle juste un truc avec mes nouveaux potes kayakistes.
— Wow ! Cette information est étrangement précise. Écoute, je ne peux pas venir au match aujourd’hui.
— Oh, pourquoi ?
— Eh bien, il faut que je sorte dans la rue et que j’hurle des choses obscènes à des femmes que je ne connais même pas. Ensuite, il faut que j’écrive à la main des lettres à toutes les actrices de Golden Girls pour leur dire que je vais chier dans leur gorge. Et puis il faudra que j’amène ces photos de mon ex-femme nue au bureau pour les montrer à tous ses collègues, parce que c’est une vraie connasse. Tout ça va prendre des heures.
— Eh, on peut se charger de tout ça avant de se mettre en route.
— Ouais, c’est ça.
— Oui, avec Internet ! Regarde, c’est facile. Tu vois ? Là, c’est une meuf au pif, de Minneapolis, qui vient d’exprimer son opinion sur un truc. Tu veux que je lui fasse craindre pour sa vie ?
— Pourquoi pas, mais comment ?
— C’est fait !
— Incroyable ! Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre aux femmes, avec ce truc ?

[Avec Internet, les seules limites au mal que vous pouvez faire à un autre être humain, c’est votre degré de colère et votre rapidité au clavier.]

— Et au sujet des photos de mon ex-femme ?
— Oh, c’est ce que je préfère ! Il n’y a qu’à les scanner, les envoyer à ce site et ensuite les gens pourront instantanément y avoir accès. Son patron, ses ami•e•s, ses parents… tout le monde.
— Tout le monde ?
— Tout le monde.
— TOUT le monde ?
— Tout le monde.
— Et c’est légal ça ?
— Il n’y a aucune loi fédérale l’interdisant spécifiquement !
— Ça n’a pas de sens.
— Eh oui ! Bref, allons-y : on va être en retard pour le match.
— J’ai super hâte !
— Après ça, je vais aller niquer certains de mes nouveaux potes kayakistes.

[Internet. Un carnaval sombre des instincts les plus bas de l’humanité.]

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Le_lA
    Le_lA, Le 23 janvier 2016 à 19h23

    j'veux bien que l'internet y soit mondial et commun à tous, mais moi j'ai pas le même, j'vois que ça.
    >>> ça ne veut pas dire que je nie la l'existence du harcèlement en ligne.

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