Je veux comprendre… La situation en Birmanie

L’instant est très symbolique : après plus de 20 ans de combats politiques, Aung San Suu Kyi a fait hier son entrée au Parlement birman. C’est l’occasion pour Laura de revenir sur la situation de ce pays.

Je veux comprendre… La situation en Birmanie

Petit point linguistique pour se mettre dans l’ambiance : depuis 1989, le nom officiel du pays est la République de l’Union du Myanmar, mais comme cette nouvelle dénomination a été imposée par la junte militaire, qu’elle n’est reconnue ni par l’opposition politique du pays, ni par la plupart des gouvernements internationaux et qu’on n’a pas très envie de faire ce qu’une dictature nous dit de faire, nous utiliserons dans cet article le nom de Birmanie (c’était le point rebelle de la journée, merci de votre attention).

C'est là qu'on est !

Un pays sous contrôle militaire

Depuis 1962, la Birmanie a subi une succession de dictatures militaires, habituellement désignées sous le terme de “juntes”. Pas de surprise donc à trouver ce pays au 176ème rang (sur 178) des États les moins corrompus et à voir que son budget militaire avoisine les 50% du budget national total. La part consacrée à l’éducation et à la santé est de 3% alors que la mortalité infantile touche un enfant sur deux, que le paludisme fait des ravages, et qu’un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté.

La situation est donc déplorable. Pourtant, lorsque la Birmanie a obtenu son indépendance en 1948, elle était l’un des pays les plus riches de la région sud-asiatique. Elle dispose de ressources naturelles non négligeables dont du pétrole, du gaz, du bois et des minerais, mais les richesses qui sont dégagées par leur extraction profitent à la junte et aggravent la situation humanitaire. C’est également le cas de la culture du pavot, qui fait de la Birmanie le second producteur au monde (après l’Afghanistan) et qui est très fortement encouragée par le régime au détriment de la culture traditionnelle du thé et du riz.
La Birmanie est par ailleurs l’un des rares pays à encore recourir au travail forcé. Les estimations de l’Organisation Internationale du Travail portent à 800 000 le nombre de travailleurs réquisitionnés par le régime pour la construction de grandes infrastructures telles que des barrages ou des routes. À raison d’une personne par foyer, les hommes, femmes et enfants ne peuvent déroger à l’accomplissement de quelques jours de travail forcé (parfois jusqu’à deux jours et une nuit par semaine) sous peine de sanction. Pour échapper à cette corvée, le prix à payer équivaut à plusieurs jours de salaire et peu de foyers peuvent se le permettre.

Mais après 50 ans de dictature militaire et de guerre civile entre la junte et certaines minorités ethniques, la situation semble doucement s’améliorer. En 2010, un simulacre d’élections législatives est mis en place (le parti au pouvoir remporte près de 80% des scrutins) et réinstaure un Parlement pour la première fois depuis 22 ans. Certes, son rôle est limité, mais ce geste d’ouverture est suivi par l’élection du Président Thein Sein qui, bien que militaire de carrière, nomme un gouvernement civil pour la première fois depuis 1962. Une série de mesures de démocratisation sont alors décidées par le régime : Aung San Suu Kyi est libérée, son parti redevient légal, la censure est assouplie, une Commission des Droits de l’Homme est créée, des négociations sont même menées avec les minorités ethniques et 6000 prisonniers sont libérés “pour des raisons humanitaires”. Le mois dernier, ces petits pas vers la démocratie ont pris une dimension bien plus symbolique.

Une avancée démocratique

Symbole de l’opposition à la junte et prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, ainsi que 43 autres membres de son parti, la Ligne Nationale pour la Démocratie, a été élue au Parlement (qui compte 500 députés en tout). La modification de la Constitution instaurée par le régime en 2008 et qui promettait « une démocratie où fleurit la discipline » est en tête des priorités de la Ligue Nationale pour la Démocratie. Mais pour agir au sein du Parlement et faire avancer la démocratie, les nouveaux députés sont tenus de prêter serment en promettant de « sauvegarder » la Constitution qu’ils souhaitent abolir, ce qu’ils ont refusé de faire la semaine dernière, sacrifiant ainsi leur présence à la première session du Parlement.

Mardi, lors de sa première rencontre avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, Aung San Suu Kyi a pourtant déclaré : « [mon parti et moi avons] toujours cru en la flexibilité dans le processus politique. C’est notre seul moyen d’atteindre nos objectifs sans violence« . Les députés de la Ligue Nationale pour la Démocratie ont donc prêté serment hier, en « acceptant de participer au jeu constitutionnel de l’armée mais en en refusant les règles« , selon les mots de Ban Ki-Moon.

 

Quel avenir pour la Birmanie ?

La démocratisation de la Birmanie est indéniable. La lutte contre la corruption est lancée, des efforts sont fait en matière de Droits de l’Homme et le régime s’ouvre à la pluralité politique. Les réformes et la réconciliation nationale sont enfin possibles, et ces avancées ont conduit à la suspension pour un an des sanctions imposées à la Birmanie par l’Union Européenne, qui consistaient essentiellement en des restrictions commerciales et d’investissement, ainsi qu’un embargo sur les armes (qui est maintenu).

Mais est-ce vraiment « le début d’une nouvelle ère », comme l’espère Aung San Suu Kyi ? D’importants défis attendent le pays, notamment sur le plan économique : l’ouverture à l’international d’un nouveau marché de plus de 50 millions de nouveaux consommateurs, la nécessaire construction d’infrastructures et l’abondance des ressources naturelles nécessitent une stabilité juridique que le pays ne possède pas encore. Le régime birman doit désormais faire en sorte que les investissements étrangers ne se fassent pas au détriment des Droits de l’Homme et de l’environnement, et qu’ils profitent enfin à la population.

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  • Schottky
    Schottky, Le 7 mai 2012 à 15h46

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