Alfrédette est une nouvelle venue au sein de l’équipe. Et elle adore – entre autres – le vieux françois. Voici quelques bons mots pour se foutre de la pomme des relous l’air de rien.
Le monde est peuplé d’indésirables, ne le nions pas. Il y a d’abord cette fille aux talons homériques qui, dans le métro, t’a vilement planté son stiletto dans le pied. Et puis cet imbécile qui a commis un crime de lèse-majesté en ne daignant pas te souhaiter ton anniversaire. Et ce petit morpion qui brame sur twitter que « kan mêm, lé misérabl cé tro lon lol ». Et Nadine Morano, à laquelle tu ne peux pas échapper. Bref, tout autant d’illustres individus qui, à coups de petites phrases et de petits gestes, sont capables de ruiner la plus ensoleillée des journées de printemps.
Lecteurs, Lectrices de tous pays, unissez-vous. L’heure de la révolte a sonné au clocher de l’indignation. Il est temps de rabrouer le vert caquet de ces pédants pisse-froid. Tu n’as pas le courage d’extirper le mot en C de l’écrin de ta bouche, de peur qu’il ne te revienne assorti d’une grosse gifle ?
Qu’à cela ne tienne. Voici cinq insultes totalement méconnues qui feront le bonheur de ta conscience outragée – et de ton interlocuteur, qui n’y comprendra rien.
1/ Bélître. Subst. masc. Mendiant. Par extension, homme de rien, sot, importun.
Lorsque l’on te dit : « Hé, Radégonde, t’aurais pas une clope/une cartouche/une copie/du feu » ?
Ne dis plus : « Oups, c’est ma dernière ! »
Mais dis plutôt : « Bougre de Bélître Béotien à la mine criblée de fic, ton maraudage constant m’importune ». Tu lui auras même casé une allitération, à ce gueux.
2/ Zélateur. Subst. Partisan, défenseur ardent d’une cause ou d’une personne.
Lorsqu’on te dit : « Hé Cunégonde, tu viens préparer la salle pour le meeting de Zébulon dimanche à six heures du matin ? »
Ne dis plus : « Avec joie, depuis le temps que je rêvais de programmer mon réveil sur une heure à un chiffre ! »
Mais dis plutôt : « Vil zélateur, tes incessantes sollicitations perturbent le fleuve tranquille de mes pensées ». Et pan, dans les dents.
3/ Écornifleur. Subst. masc. Personne qui se procure à bon compte, par ruse, en volant, en parasitant, ce qui est nécessaire à son existence.
Lorsqu’on te dit : « Hé Jeanne-Quitterie, tu m’passes ta version d’espagnol que j’la r’copie vite fait ? »
Ne dis plus : « Oui, mais tu m’la rendraS, hein ».
Mais dis plutôt : « Vil écornifleur, ta rigueur intellectuelle est à l’image de celle de ton phallus décrépit ». Le temps que ton interlocuteur comprenne, tu seras déjà loin.
4/ Glossolalie. Subst. fém. Langage imaginaire de certains aliénés, fait d’onomatopées dont la relative fixité au point de vue de la syntaxe et du vocabulaire permet la compréhension dans une certaine mesure.
Lorsqu’on te dit : « Lorie elle est trop belle et en plus elle adore les poneys »
Ne dis plus : « Ta Gueule ! »
Mais dis plutôt : « Très chère ami(e), ta glossolalie me parcourt le navet ». C’est pour la bonne cause : tu viens de créer une nouvelle métaphore maraîchère.
5/ Jocrisse. Nom masculin. Benêt, niais, lourdaud.
Lorsqu’on te dit : « Hé madEmoiselle t’es charmante, tu veux pas une glace à la menthe ? »
Ne dis plus : « Parle à ma main »
Mais dis plutôt : « Maraud, tu es à ma vie ce que Jocrisse est au théâtre ». En plus d’avoir mouché le Don Juan en herbe, tu lui auras permis de réviser son bac de français.
Il vous appartient désormais, chères lectrices, d’insulter votre prochain selon les règles de l’art !








Le 08 février 2012 à 22:23
Etant d'une quiddité naturellement pleine de mansuétude, je ne pourrais parvenir à traiter d'écornifleur le prochain gueux qui viendra me demander un mouchoir/feuille/cartouche/stylo/ouautre.En tout cas après ce magnifique article, je suis pressée de lire le prochain d'Alfredette! (et pressée de pouvoir replacer ses insultes… mais pour ça, j'ai déjà une cible en vue que je rêve à présent de qualifier de bélître et de jocrisse pour me venger des nombreuses heures pendant lesquelles j'ai dû endurer sa présence muhuhuhuhuhu!
Le 08 février 2012 à 22:47
j'te kiffe grave Alfredette!! lolNon plus sérieusement j'ai adorée cette article et je prend note. Merci
Le 09 février 2012 à 07:27
Merci pour tous ces jolis compliments, ça fait chaud à la plume.Vous voulez une deuxième édition des "insultes méconnues"?
Si oui, ce sera avec plaisir
Le 09 février 2012 à 10:27
à la fois enrichissant et drôle !! j'adhère !Le 09 février 2012 à 20:06
Pour moi ce serait 1000 fois oui!
Le 09 février 2012 à 20:33
@Alfredette Punaise, je suis fan de toi.JE DIS OUI !
Le 10 février 2012 à 00:36
Je suis moi-même une adepte de ce type de logorrhées : je note ces expressions et surtout, je les retiens!Le 17 février 2012 à 17:18
Mon injure préférée ? Une insulte du Capitaine Haddock : "moule à gaufres" !Le 21 mai 2012 à 16:09
Bravo ! Ou comment être pressée de se faire importuner dans la rue.Et au moment-même où j'allais BigUpper, moi aussi, diantre :
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Le 16 janvier 2013 à 20:56
Insulte suprême au 17e siècle: bougre de banqueroutier (bougresse de banqueroutière au fem)Sous Loulou XIV, c'était vraiment pas du tout, du tout, du tout gentil si on te disait ça.