Comment j’ai dit adieu à mon passé de collégienne harcelée

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Morgane publie son premier roman, et elle a décidé de l'assumer pleinement malgré sa peur de voir remonter les personnes qui l'ont harcelée dans son passé.

Comment j’ai dit adieu à mon passé de collégienne harcelée

Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire

Ce 9 novembre, c’est la Journée Nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. L’occasion de remettre en avant nos ressources sur le sujet et de sensibiliser à cette problématique qui touche beaucoup enfants.

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Aujourd’hui, à vingt-cinq ans, j’ai décidé de publier mon premier roman sous mon vrai nom.

Cette initiative, en apparence aussi anodine que le choix de boire du thé ou du café le matin, est le résultat d’un cheminement vers l’acceptation de mon passé et de la réconciliation de deux parts de moi-même.

D’un côté, Morgane, avec ses appétences, ses aspirations, ses choix de vie, ses croyances, ses convictions, ses doutes, ses craintes, son vécu…

Et de l’autre, celle qui manie sa plume au gré de ses inspirations puis polit son ouvrage cent fois sur les conseils de Nicolas Boileau.

Jusqu’à aujourd’hui, je pensais naïvement que cette dichotomie naissait d’une volonté d’établir une distinction claire entre la personne ordinaire qui perd son temps dans les transports pour se rendre au travail comme le commun des mortels, et l’artiste dilettante qui écrit à ses heures perdues et se réjouit à l’approche de la publication de l’un de ses romans.

Mais en réalité, il en était tout autrement.

Mes années collège, indissociables du harcèlement scolaire que j’ai subi

Lors de ma scolarité et plus particulièrement au collège, j’ai été victime de ce que l’on appelle aujourd’hui le harcèlement scolaire. Pour plusieurs raisons.

Parce que j’étais « l’intello de la classe », parce que j’étais « moche », parce que j’étais « bizarre », parce que j’étais « ridicule ».

Parce que j’étais à côté de la plaque lorsque je tentais de me fondre dans la masse, parce que j’étais conne et méchante lorsque je rentrais dans le jeu de mes harceleurs et leur lançais des remarques blessantes souvent aussi ras-les-pâquerettes, illégitimes et arbitraires que les piques auxquelles je rétorquais.

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Parce que je suis hypersensible, parce que je suis devenue « une fouteuse de merde » lorsqu’il m’est arrivé d’évoquer ma souffrance quotidienne avec des grandes personnes, parce que je suis passée du statut de coincée à celui de salope très rapidement.

Pour tout et pour rien, à vrai dire. Pour tant d’autres raisons que j’ignore, si tant est qu’elles soient valables. Car lorsque vous êtes pris pour cible, ils ne vous lâchent plus.

Tout devient prétexte à vous pointer du doigt, à vous exclure, à vous déshumaniser.

Ils se rient de vous pour certaines phrases qui, dans la bouche de leurs amis, seraient dans le meilleur des cas admirées, au pire pardonnées, ou tout simplement amusantes ou encore banales.

Il en va de même pour vos actes. Quoique vous fassiez, ils trouvent toujours quelque chose à (vous) redire, même lorsque vous vous effacez.

Pourquoi ce harcèlement m’a conduit à utiliser un nom d’auteure

C’était il y a dix ans. Depuis, j’ai grandi, j’ai évolué, j’ai vécu des expériences différentes, et j’espère qu’il en est de même pour ceux qui ont participé à mon calvaire.

Cependant, cette période m’a marquée. Elle a indéniablement façonné la personne que je suis actuellement et ce faisant, cet épisode a mis à mal mon estime de moi-même. À jamais.

Faites l’expérience : lorsque vous habituez un être humain à un déferlement de réactions défavorables des individus environnants, alors il envisagera le négatif en premier lieu pour les prochaines apparitions en public.

Or, publier un roman relève de l’apparition en public. C’est de ça dont il s’agit, lorsqu’on publie l’un de ses travaux : on endosse la responsabilité de son ouvrage.

À lire aussi : Le harcèlement scolaire… et ses conséquences

C’est pourquoi au départ, je souhaitais me cacher derrière un pseudonyme, une appellation toujours donnée à la personne que j’étais quand j’écrivais, afin d’être jugée exclusivement sur la qualité de mon roman.

Ce n’est ni du Balzac, ni du Zola, et j’en suis bien consciente. Mais puisque le harcèlement scolaire n’en était pas la thématique (il est juste évoqué en filigrane dans le second chapitre), je ne souhaitais voir cette partie de mon passé associée à l’intrigue.

Je souhaitais également juste éviter que des personnes qui m’ont toujours vilipendée ne descendent en flèche mon œuvre par pure animosité vis-à-vis de l’auteure – moi-même. Par souci d’objectivité, croyais-je.

J’ai décidé de publier mon premier roman sous mon vrai nom

Aujourd’hui, j’ai décidé de ranger ce souci d’objectivité aux oubliettes. Pourquoi une décision aussi radicale ? Quel en a été le déclic ?

La conversation suivante, lorsque j’ai voulu faire parvenir mon roman à ma prof de français de 3ème, avec qui j’ai gardé contact :

– Bonjour Monsieur le principal, je vous appelle pour savoir si Madame X.. enseigne toujours dans votre établissement.
– À qui ai-je l’honneur ?
– Je m’appelle Morgane C., je suis une ancienne élève de Madame X. et je souhaitais lui envoyer un colis. Elle est sur liste rouge et je voulais m’assurer d’une adresse d’envoi au cas où elle aurait déménagé.
– D’accord… De quoi s’agit-il ?
– Mme X. a suivi mes progrès d’écriture depuis l’année où je me suis trouvée dans sa classe, et puisque mon premier roman va être publié en septembre, je comptais lui en envoyer un exemplaire.
– D’accord, ça lui fera très plaisir ! Dans ce cas, pourriez-vous joindre un second exemplaire ? On le fera circuler auprès des…
– C’est très gentil à vous, je suis flattée, mais les collégiens ne sont pas le lectorat cible… Ils sont encore un peu jeunes…
– Ah non, pas pour les collégiens ! Mais pour l’équipe pédagogique !
– Euh…
– Vous êtes une ancienne élève de notre collège, nous serions ravis de vous lire !
– Ah, c’est gentil mais je n’étais pas scolarisée dans votre établissement, mais plutôt dans celui où Mme X. enseignait avant d’être mutée.
– Très bien… Bon, ben faites comme vous l’entendez.

Sans me connaître, cet homme était prêt à lire mon roman sur la simple supposition que j’avais fréquenté son établissement. Sans même savoir si le sujet allait l’intéresser ou non. Sans jamais avoir lu mes écrits.

Si j’avais toujours craint que mon nom ne soit souillé par des critiques d’anciens harceleurs, je n’avais jamais envisagé l’hypothèse inverse.

Et si des personnes qui m’avaient connue à la même époque achetaient mon roman uniquement pour moi ? Et si elles étaient fières de moi ?

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Mes anciens bourreaux n’auront pas ma fierté

À ce moment-là, j’ai compris qu’en réalité, au-delà de la scission entre la personne et l’auteure, ma volonté de remplacer mon patronyme par un pseudonyme était mue par la crainte des représailles et la honte de l’image associée à mon nom.

Dix ans en arrière, la personne était sans cesse rabrouée tandis que l’auteure, dissimulée par un nom d’emprunt, pouvait écrire comme bon lui semblait, échappant aux jugements de ses détracteurs. Contrôlée par sa prof de français, qui l’encourageait dans cette voie.

Alors oui, si je publie sous ma véritable identité, mes anciens bourreaux ricaneront certainement en apprenant la nouvelle, à supposer qu’elle parvienne un jour à leurs oreilles : « Elle ? Cette cassos, cette pauv’ fille ? ».

Et quand bien même ils se riraient de mon roman ? Est-ce que leurs moqueries m’importeraient autant ?

Certainement bien peu à côté de la curiosité manifestée par certaines personnes qui m’ont côtoyée comme leur élève, une camarade de classe, une collègue, une copine, une amie.

Morale de l’histoire : dépasser son harcèlement scolaire, c’est possible

Si je choisis de me défaire du souci d’objectivité et de publier ce roman sous mon nom, c’est pour transmettre un message, qui n’est autre que la morale de cette conversation.

Même lorsque le monde entier semble vous tourner le dos, il y aura toujours quelqu’un pour croire en vous, même s’il ne le montre pas au moment où vous en auriez le plus besoin, et pour se réjouir de vos réussites.

Il y aura toujours quelqu’un pour acclamer vos succès et partager vos joies.

Attention, je n’entends pas le moins du monde qu’il faille attendre patiemment que la chance tourne et taire son supplice. Je ne prétends nullement vouloir donner des leçons de conduite à adopter au moment du harcèlement.

Je me dis simplement que parmi vous, peut-être, certain•e auront le déclic :

« Ah tiens, cette personne a écrit un livre. Elle a tenu bon. Moi aussi, j’ai mes chances de m’en sortir, de créer quelque chose de positif malgré tout. »

Ce que je voudrais vous dire, donc, à celles et ceux qui ont subi le harcèlement scolaire, c’est qu’un jour, vous n’aurez plus à avoir peur d’être vous-mêmes et de vous rendre publics.

Ce jour est arrivé pour moi et je suis convaincue qu’il se présentera également pour vous.

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Le livre de Morgane, publié aux éditions du Panthéon :

Morgane a donc publié un livre, et si au départ elle ne m’en a pas donné les références, je me suis empressée de lui demander car j’étais très curieuse, et que j’ai pensé que nombre d’entre vous le seraient aussi :

  • J12 Manchester : là où tout a commencé, Morgane Cadorel, aux éditions du Panthéon, disponible à la Fnac, sur Amazon, et chez nombre de libraires !

Morgane me signale cependant qu’en raison du changement de nom d’auteur – son passage du pseudonyme à sa réelle identité – le roman indiqué sur le site d’Amazon est encore sous pseudonyme (mais il est possible de le commander ainsi normalement !)

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Commentaires
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  • Hasta.luego
    Hasta.luego, Le 9 novembre 2017 à 20h40

    Un grand bravo à la Madz de l'article ! :top:

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