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Moi, moi et moi

Le harcèlement scolaire… et ses conséquences

Les victimes de harcèlement scolaire gardent souvent le silence sur les violences qu’elles ont subies. Aujourd’hui, cette madmoiZelle prend la parole.

Pourquoi témoigner ? Parce que 18 ans après, la douleur reste la même. J’ai seulement appris à ne plus penser à ces années insoutenables pour pouvoir avancer. En regardant l’émission Capital consacrée au harcèlement scolaire, j’ai pleuré à chaudes larmes et les souvenirs sont remontés à la surface.

Je suis atterrée qu’en 2013 le harcèlement reste un sujet tabou et surtout toujours d’actualité. Beaucoup minimisent ces violences. Non, ce n’est pas du harcèlement, ce sont juste des chamailleries, ça forge le caractère non ? Et puis la « victime » n’a qu’à se défendre…

Oui, j’aurais pu me défendre, mais ce n’était pas ma nature. J’ai toujours été calme, timide, posée. Par contre à l’heure actuelle je ne conseille à personne de me rentrer dedans, maintenant je serais capable de faire très mal. D’ailleurs parfois je me dis que si par hasard je croisais mes persécutrices du passé, je serais capable de leur mettre une gifle, ou un coup de poing. Je ne suis pas une personne rancunière, mais il y a des choses impardonnables. Ce que l’on m’a fait durant toute mon année de sixième est impardonnable.

Une enfant fragile face à un bourreau costaud

Je n’ai jamais aimé l’école. J’ai longtemps souffert d’une angoisse de la séparation et depuis que je suis toute jeune, je souffre d’une peur de l’échec. Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, j’étais petite, timide et réservée. Les autres enfants ont trop souvent profité de mon extrême sensibilité. Le harcèlement, je l’ai connu, dès l’école primaire notamment au CM2. Pendant longtemps, j’ai complètement rejeté ce qu’il avait pu se passer cette année-là.

Pour certains cours, on changeait de classe et de maître pour nous préparer au collège. A un des cours, je me retrouvai assise au fond de la classe, à côté d’un redoublant déjà bien grand et costaud qui n’hésitait pas à me malmener à la moindre occasion. Il avait besoin d’une feuille pour écrire ? Il me pinçait. Il avait besoin d’une cartouche d’encre ? Il me pinçait. Je ne l’ai jamais raconté à personne. Pourquoi, je ne sais pas. Peut-être parce que c’était seulement occasionnel, alors je passais à autre chose.

L’été précédant mon entrée en sixième, j’étais en colonie de vacances, un camp d’une semaine où l’on était peu nombreux. L’ambiance était agréable et bon enfant. Je m’y sentais bien. On était seulement deux filles et les garçons nous chouchoutaient. Cependant je me souviendrais toute ma vie de ce que l’un d’eux m’a dit pendant cette fameuse semaine : « En sixième, tu te feras marcher dessus ». Il ne l’avait certainement pas formulé de cette manière, mais c’était, en gros, l’idée. Je pense que j’ai dû lui rire au nez…

Brimades, violences et silence des adultes

Pourtant il avait vu juste. Il avait bien deviné, il avait compris que l’année qui allait arriver serait un enfer pour moi. En sixième, les brimades sont devenues quotidiennes à cause de deux filles qui ont fait de moi leur bouc émissaire. C’était en 1995. Le harcèlement scolaire était un sujet plus que tabou et personne n’en parlait. Cette année-là, je ne pourrai jamais l’oublier. Elle me hante encore aujourd’hui, 18 ans après. Je ne comprends toujours pas comment les adultes ont pu laisser les élèves de ma classe me maltraiter et fermer les yeux. Le chef d’établissement et mes professeurs étaient pourtant au courant, mais personne n’a rien fait, personne n’a bougé le petit doigt.

Cette année m’a détruite à jamais : elle a détruit mon estime de moi, elle m’a enlevé une grande partie de ma joie de vivre et m’a donné plus d’une fois l’envie de mourir pour que tout s’arrête.

Je ne saurai jamais ce que j’ai pu faire de mal. Rien, justement. J’étais juste petite, timide et sans défense, bref… la cible idéale. Si au début mes bourreaux étaient un duo d’adolescentes, très vite toute la classe s’est prise au jeu. J’étais seule contre tous à subir de la méchanceté et de la violence gratuite. Ça a débuté par des moqueries, puis des insultes. Ensuite les coups et les humiliations ont fait partie de mon quotidien. Tout était bon pour me faire mal, pour faire pleurer, pour faire rire les autres. Personne ne voyait rien. J’étais seule, sans amis, isolée et sans défense.

En athlétisme, on me donnait des coups de pieds dans le tendon d’Achille pour être sûr que je perde. Mon professeur de sport ne voyait rien. Pire, il écrivait des commentaires désobligeants sur mon carnet de notes. Mes bourreaux avaient même inventé une chanson sur l’air d’une musique d’Aladdin pour m’humilier une fois de plus. On me baissait ma jupe en plein milieu de la cour de récréation et personne ne voyait rien. Ou plutôt personne ne voulait rien voir

.

Je n’ai jamais rien fait pour que les autres m’agressent et me détestent. Je crois que c’est ça le plus dur. Je demandais juste une chose : avoir des amis. Je n’ai eu que des bourreaux et des spectateurs qui se complaisaient de la situation. J’aurais pu me défendre mais ce n’était pas ma nature. Et j’imagine que si j’avais fini par assommer quelqu’un ça serait retourné contre moi.

Insomnies, angoisse et cours de boxe

Les insomnies ont commencé. Je ne dormais plus tellement j’avais peur du lendemain, j’étais une boule d’angoisse. Le dimanche, plus les heures passaient, plus la peur me rendait malade, parce que je savais que le lundi arrivait, avec une nouvelle semaine. Depuis mes 12 ans, j’ai du mal à m’endormir parce que je suis effrayée et stressée.

Ma mère était au courant de ce que je subissais au collège. Je lui racontais tout. Elle a attrapé plus d’une fois ces sales gosses, mais à part leur crier dessus, elle ne pouvait pas faire grand-chose. Elle a prévenu le principal par courrier, elle l’a aussi rencontré. Mais le personnel du collège n’a rien fait. C’était bien plus simple de fermer les yeux, de faire comme si de rien n’était. Un jour, à la fin d’un cours de mathématiques, j’ai fondu en larmes. J’ai raconté alors à mon professeur ce que je subissais. Il a écouté. Il n’a rien fait.

Ma mère a fini par m’inscrire à la boxe afin que j’apprenne à me défendre. Elle avait même prévenu le principal du collège qu’elle m’avait promis une récompense pour le premier gamin que j’allongerais. Je n’aimais pas la boxe. Je ne voulais pas en faire. Je n’aimais pas le sport. Je ne voulais taper sur personne. Je voulais juste être tranquille. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille. Je vous juste avoir quelques amis.

Un jour, pour un cours de Sciences de la Vie et de la Terre, j’ai amené un poisson mort au collège. Ce jour-là, j’ai menti à ma mère en lui disant que j’avais frappé un de ses sales gosses qui me harcelaient avec. Je ne sais pas pourquoi j’ai menti. Peut-être que j’aurais aimé avoir le courage de la faire, plutôt que de baisser la tête et de regarder par terre en subissant une énième violence. Peut-être parce que j’avais honte de ne pas être capable de me défendre. Peut-être parce que je voulais qu’elle soit fière de moi.

L’année s’est terminée. J’y ai survécu, mais à quel prix ? J’avais d’excellentes notes, il ne me restait plus que ça. Plus j’en bavais, meilleures étaient mes notes.

Je me disais que l’année de cinquième serait meilleure, que je serais dans une autre classe. Mais non, je l’ai passée avec les mêmes élèves, les mêmes bourreaux. Alors je me suis faite plus petite qu’une souris. Je n’ai eu qu’une seule et unique envie : me fondre dans la masse pour qu’on m’oublie. Les années ont passé ; même si je ne subissais plus de harcèlement j’ai toujours été celle qu’on embête, celle à qui on fait des méchancetés de temps à autres juste pour s’amuser.

Relever la tête et apprendre à se défendre

En seconde, je pensais que tout changerait. Mais je me suis fait marcher sur les pieds une fois de plus. Les autres n’étaient pas méchants avec moi mais je recevais quand même de temps à autre des réflexions pas très agréables. Ça m’énervait car je ne parvenais pas à répondre alors que je voulais. En toute fin d’année je suis enfin parvenue à répliquer à une énième pique qui n’était drôle que pour eux, et en première j’en ai eu marre. J’ai commencé à avoir de la répartie et à ne plus avoir peur des autres. J’ai compris aussi qu’il fallait bluffer, faire croire à l’autre que s’il songeait un instant à me chercher, il recevrait cordialement mon gauche dans sa figure.

J’ai appris bien plus tard le mot pour décrire ce que j’ai subi durant mon année de sixième (et tout au long de ma scolarité) : « harcèlement ». À cette époque, le terme était tabou. On a commencé à en parler il y a relativement peu longtemps, en essayant d’ailleurs d’accuser Internet et les réseaux sociaux. Mais non, en 1995 je peux vous dire que ça existait déjà. Je peux vous dire que cette année-là a gâché mon adolescence et le début de ma vie d’adulte (et me fragilise encore).

J’ai seulement eu la chance à l’époque qu’Internet et le téléphone portable n’existent pas : le harcèlement restait à l’école. On ne pouvait pas m’atteindre chez moi. Ce qui n’est malheureusement plus le cas maintenant.

Le harcèlement ne forge pas le caractère, il le détruit

Être frappée, humiliée, insultée, ça ne m’a pas endurcie, au contraire. À court terme, le harcèlement provoque des troubles du métabolisme et du comportement ainsi qu’un isolement relationnel. À moyen terme apparaissent des troubles anxio-dépressifs et l’échec scolaire. À long terme, on observe des troubles de la socialisation et des troubles psychiatriques.

Si les adultes avaient agi à l’époque, je me dis que je n’aurais pas été si abîmée. En attendant, c’est moi qui ai payé la note, entre une anxiété généralisée, une estime de moi pourrie, une dépression profonde, une peur de l’échec qui m’a paralysée pendant longtemps, une petite phobie sociale qui persiste et des troubles du comportement alimentaire.

Je n’aime pas les « si », car malgré la douleur j’accepte pleinement mon passé, mais ça ne m’empêche pas de me dire parfois que si je n’avais pas subi de harcèlement scolaire, je ne serais pas un loup solitaire, j’aurais confiance en moi, je n’aurais pas cette impression quasi-permanente d’être de trop, je ne me serais jamais auto-mutilée, j’aurais pu faire de brillantes études car malheureusement la dépression et l’anorexie ont gâché mes études supérieures, que je n’ai pas pu valider. Pendant des années, je me suis sentie vide : il y avait un trou béant en moi que je n’arrivais à reboucher. Non, je ne pourrai jamais pardonner à ceux et celles qui m’ont fait subir tout ça.

Aujourd’hui, je vais mieux mais tout est loin d’être réglé. Ma dépression est guérie, je peux dire merci à ma fille chérie qui m’a enfin redonné goût à la vie. L’anorexie est plus ou moins en rémission. Mon estime de moi n’est toujours pas terrible, même si j’ai appris à le cacher. Je reste une personne anxieuse qui évite au maximum les situations angoissantes. Je suis toujours quelqu’un d’ultra-sensible qui culpabilise à la vitesse de la lumière. J’ai toujours cette foutue impression d’être de trop. J’ai toujours cette foutue impression d’être une personne inintéressante.

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Les Commentaires

78
Avatar de Selkea Brezhoneg
3 novembre 2016 à 13h11
Selkea Brezhoneg
Je ne sais pas si je dois être rassurée ou terrifiée de voir que je ne suis pas la seule à me retrouver dans ce témoignage...
J'ai été mise de côté pendant une bonne partie de mes années de primaire, j'ai servi de bouc émissaire au collège (et j'étais susceptible, je réagissais au quart de tour, ce qui n'arrangeait rien), j'ai encore subit les moqueries en secondes (je me rappelle d'une certaine photo Facebook qui avait servi de support), et de nouveau mise en marge le reste de mon lycée. Ca commence à aller mieux depuis que j'ai commencé les études supérieures, et le quidditch dans la foulée, mais j'en garde aujourd'hui encore un manque de confiance en moi et d'estime de moi qui commence à devenir vraiment handicapant par moment. Mais je me soigne, petit à petit.
Au passage, je vous conseille l'excellente vidéo de Khertanis sur le sujet, elle m'avait mis un sacré coup de baume au coeur quand je l'ai vue la première fois.
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