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Moi, moi et moi

Témoignage d’une madmoiZelle qui s’automutile

Une madmoiZelle a décidé de nous envoyer ce touchant témoignage, qui s’éloigne énormément des idées reçues sur l’automutilation et met en lumière ce problème méconnu.

Si l’on me demandait pourquoi j’ai commencé à m’automutiler, je ne saurais pas répondre.

L’automutilation est caractérisée par des blessures physiques directes exclues de toute tentation suicidaire, sous la forme de brûlures, de coups intentionnels ou de coupures.

J’ai personnellement commencé à 15 ans : en troisième, je traçai quelques lignes sanglantes sur ma jambe avant d’oublier. Je continuai ensuite sporadiquement en seconde, en première, durant mon année d’échange à l’étranger, mais sans jamais réfléchir sur mon comportement, sans jamais me sentir dépendante de cette douleur que je m’infligeais avec un calme froid et déconnecté. Année de terminale, les envies se font plus pressantes et plus nombreuses. Je cède de nombreuses fois, sur mes bras en hiver, sur mes hanches en été, pour cacher les marques sous le maillot de bain, mais toujours de cette même manière méthodique et réfléchie, en contrôle.

Le problème a pris de l’ampleur, et je me sens de plus en plus seule. Je ne m’étais jamais posé de questions sur mon comportement, comme beaucoup de « self-harmers« , mais il commence à prendre de la place dans ma vie. Je joins donc un forum de soutien et là, surprise : la plupart des gens sur le forum ont entre 18 et 30 ans, certaines (comme moi) ont des vies parfaitement normales, des copains/copines, une famille, parfois même des enfants. J’ai enfin trouvé des gens avec qui partager, et en même temps j’ai l’impression que l’étiquette « automutilation » me colle maintenant à la peau.

Mais pourquoi, me demanderez-vous ? Le problème de l’automutilation est peu évoqué en France, contrairement aux TCA ou à l’alcoolisme par exemple, et la réalité est bien loin des clichés du gamin de 13 ans qui écrit « JTM » sur son bras fièrement en le montrant à toute la cour de recrée.

Dans la réalité, celui qui s’automutile se cache, a honte de son comportement, sans pour autant vouloir arrêter tant sa survie semble en dépendre. L’automutilation possède un caractère très personnel et solitaire. Ainsi seules trois personnes sont au courant pour moi, parce que cette année j’ai réussi à m’ouvrir, mais aucune n’a deviné par elle-même. Je me coupe pour remplacer la douleur mentale, le stress, par une douleur physique. Rien n’est plus soulageant que de voir les cicatrices s’effacer avec le temps, comme si l’on guérissait de l’intérieur. Les traces blanchies par le temps nous rappellent ensuite nos hauts et nos bas, des témoins de notre histoire personnelle en quelque sorte. On peut aussi faire ça pour avoir le contrôle de la douleur, ou pour ressentir quelque chose tant on peut se sentir « en-dehors » de soi. L’automutilation a des causes multiples et je n’en connais que quelques-unes.

Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans l’addiction, la douleur physique semble devenir l’unique moyen de gérer des émotions trop fortes, comme d’autres avaleraient un calmant ou un verre de vin. L’automutilation peut souvent devenir très grave quand les coupures, trop profondes, nécessitent des points de sutures ou s’infectent, elle doit être prise au sérieux et pas comme une « phase » adolescente qui finira par passer. À côté de ça, on se sent isolé face au problème et aux autres tant l’incompréhension peut être grande, voire insurmontable, et tant les clichés sont nombreux sur l’automutilation. Sur le forum, il y a des histoires de personnes qui sont restées une semaine avec une coupure béante et infectée car elles n’osaient pas aller demander de l’aide, de peur de devoir répondre aux questions et de ne pas pouvoir se justifier par une vieille excuse : « C’est le chat ».

Je serai en vacances la semaine prochaine, avec mon petit ami que je n’ai pas vu depuis deux mois. J’angoisse à l’idée qu’il me fasse des commentaires sur les nouvelles traces sur mes hanches, et j’appréhende cet été sans ma lame. Mais en même temps je suis pleine d’espoir : je pourrai faire une coupure (haha) dans mon addiction et aborder ainsi l’année suivante plus sainement.

J’espère que mon témoignage vous aura permis de saisir, partiellement, ce problème complexe et délicat, loin des clichés qui lui sont habituellement associés. Si jamais vous vous automutilez ou connaissez quelqu’un le faisant, je vous souhaite bonne chance. Et bonnes vacances à toutes les madmoiZelles.

À lire aussi : Après la haine de moi, après des scarifications… j’arrive enfin à m’aimer

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Les Commentaires
28

Avatar de Selinde
3 février 2015 à 12h26
Selinde
Si ça peut aider voilà ce que mon psychiatre (Dr. Pommereau (Il est génial!)) dit sur les autos-mutilations :

Contenu spoiler caché.

Il dit ça aussi :
Contenu spoiler caché.

Il faut sortir de ce cercle vicieux. C'est dur. Il y aura des rechutes, mais ce n'est pas la solution que de se faire du mal.
1
Voir les 28 commentaires

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