Non, l’école ne va pas apprendre aux enfants à se masturber

Depuis que Marlène Schiappa a annoncé son intention de faire respecter la loi sur l'éducation sexuelle, les fake news circulent pour discréditer cette politique, pourtant fondamentale pour l'égalité et la protection de l'enfance.

Non, l’école ne va pas apprendre aux enfants à se masturber

En juillet, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé qu’elle souhaitait faire appliquer la loi sur l’éducation sexuelle.

Aussitôt reprise par des conservateurs et parents inquiets de tous poils, cette déclaration a donné lieu à des rumeurs, dont la dernière en date, identifiée par Les Décodeurs du Monde.

Une fake news de plus sur l’éducation sexuelle à l’école

Cette fake news met en parallèle une capture du titre d’un article de BFMTV (relatant simplement les propos tenus par la secrétaire d’État en juillet) et un document n’ayant pourtant rien à voir avec la loi française concernant l’éducation sexuelle. 

Capture d’écran réalisée par Les Décodeurs du Monde sur la page Facebook Roubaix News.

Ce document est en effet issu d’un dossier datant de 2008. Il détaille « une liste des étapes du développement psychosexuel des enfants et des adolescents », et non des directives sur ce qu’il convient de leur apprendre à 4 ans, ou 5 ans.

C’est, de plus, un document suisse et non relatif au contexte français. 

Que dit la loi sur l’éducation sexuelle en France ?

Plusieurs choses sont à détailler pour comprendre de quoi il retourne réellement. D’abord, de quoi parle réellement la loi française que souhaite faire appliquer Marlène Schiappa ?

Le texte auquel elle fait référence existe depuis 2001 et avait été entériné – en théorie puisque la pratique n’a pas suivi – par une circulaire datant de 2003.

Il indique que trois séances d’éducation sexuelle doivent avoir lieu chaque année à l’école, au collège et au lycée.

La circulaire, quant à elle, précisait :

« 2.1.1 À l’école primaire, l’éducation à la sexualité suit la progression des contenus fixée par les programmes pour l’école. […] Ils feront cependant l’objet, en particulier aux cycles 1 et 2, d’une intégration aussi adaptée que possible à l’ensemble des autres contenus et des opportunités apportées par la vie de classe ou d’autres événements. Aussi, à l’école, le nombre de trois séances annuelles fixé par l’article L. 312-16 du code de l’éducation doit-il être compris plutôt comme un ordre de grandeur à respecter globalement dans l’année que comme un nombre rigide de séances qui seraient exclusivement dévolues à l’éducation à la sexualité. […]

2.1.2 Au collège et au lycée, le chef d’établissement établit en début d’année scolaire les modalités d’organisation et la planification de ces séances, inscrites dans l’horaire global annuel des élèves, garantissant ainsi la mise en œuvre et la cohérence de ce dispositif, qui sera intégré au projet d’établissement et présenté au conseil d’administration. Pour les lycées, il fera également l’objet d’un débat au conseil de la vie lycéenne. »

Il s’agit donc, à l’école primaire (qui comprend l’école maternelle et l’école élémentaire) d’aborder le sujet au fil des autres cours ainsi que des « opportunités apportées par la vie de classe » : c’est à dire lorsque des élèves posent des questions ou lorsque des événements en lien avec la thématique ont lieu. Par exemple, si des agressions sont à déplorer au sein de la classe.

Au collège et au lycée, il s’agit en effet d’aborder la question au sein de séances dédiées.

Que doivent contenir les cours d’éducation sexuelle ?

Quant au contenu de ces cours, la circulaire fixait une série d’objectifs cités par Camille dans l’article qui relayait la prise de parole de Marlène Schiappa en juillet :

  • Comprendre comment l’image de soi se construit à travers la relation aux autres
  • Analyser les enjeux, les contraintes, les limites, les interdits et comprendre l’importance du respect mutuel ; se situer dans la différence des sexes et des générations
  • Apprendre à identifier et à intégrer les différentes dimensions de la sexualité humaine, biologique affective, psychologique, juridique, sociale, culturelle et éthique
  • Développer l’exercice de l’esprit critique notamment par l’analyse des modèles et des rôles sociaux véhiculés par les médias, en matière de sexualité
  • Favoriser des attitudes de responsabilité individuelle et collective notamment des comportements de prévention et de protection de soi et de l’autre
  • Apprendre à connaître et utiliser les ressources spécifiques d’information, d’aide et de soutien dans et à l’extérieur de l’établissement.

Tout cela est détaillé au sein des programmes scolaires et de circulaires datant de 1996 ou encore de 1998.

Pourquoi est-il important de donner ces cours d’éducation sexuelle ?

Ces cours d’éducation sexuelle sont importants pour diverses raisons.

D’abord, comme indiqué dans la circulaire, pour faire de la prévention face à la transmission des IST et aux grossesses non désirées.

Ensuite parce que c’est important, en démarrant sa vie sexuelle, d’en avoir pas seulement une approche sanitaire et anxiogène mais aussi positive, pour s’épanouir et avoir des relations amoureuses et sexuelles saines.

On ne le répètera jamais assez : l’éducation sexuelle est l’un des meilleurs leviers pour endiguer les agressions sexistes et sexuelles. Ces cours doivent contenir les notions de respect de soi, de respect de l’intimité – à la fois la sienne et celle des autres.

Et oui, comme le rappelait Mymy, c’est bien le rôle de l’école et pas seulement des parents. Car tous les parents ne sont pas capables ou présents pour évoquer ces sujets pourtant essentiels.

Pourquoi il faut démarrer l’éducation sexuelle plus tôt ?

Ces personnes qui s’indignent d’une éducation sexuelle à l’école, a fortiori dès la maternelle, omettent une chose : s’il y a une vérité dans le document utilisé pour monter une fake news de toutes pièces, c’est que les questionnement d’un enfant sur sa sexualité arrivent à un très jeune âge. 

Dès 4 ans effectivement, les enfants se découvrent et ont une curiosité pour l’autre.

Lorsque j’ai réalisé mon enquête sur les agressions sexuelles entre enfants, j’avais interviewé Sonia Lebreuilly, spécialiste du sujet :

« Il y a différents temps : pas question de leur parler de la sexualité des adultes mais de la leur, de celles des enfants, car ils se posent 1000 questions.

C’est en maternelle qu’on se rend compte de la différence des sexes : c’est normal du coup de vouloir aller voir ! »

Les détracteurs de l’éducation sexuelle dès la maternelle font donc une première erreur : confondre leur propre sexualité et celle des très jeunes enfants, qui n’ont rien à voir. On ne parle pas de leur apprendre à se masturber. On parle davantage de leur apprendre les limites de leur propre corps et celles des autres.

Sonia Lebreuilly détaillait ainsi le contenu des séances qu’elle met en place avec de très jeunes enfants :

« J’essaie de faire en sorte que ce soit le plus ludique possible : on fait des dessins, il y a des visuels, il y a des poupons sexués. On fait généralement deux séances.

Pendant la première, on dessine deux personnes sous la douche : ça permet de casser l’idée que c’est tabou, que c’est sale, qu’on a pas le droit d’en parler.

Ensuite, on essaie de le nommer et de donner le bon vocabulaire comme pénis, vulve.

La 2ème séance est axée sur l’intimité et le plaisir du corps : on y travaille le droit de dire non, le fait que quand ça concerne notre corps, même quand c’est papa ou maman, on a le droit de ne pas être d’accord.

L’idée, c’est d’assimiler que si on aime son corps, on essaie de lui faire du bien, donc on va le protéger, y compris des autres. »

Et c’est l’essentiel, car la deuxième erreur que commettent les détracteurs de l’éducation sexuelle dès la maternelle est de croire que c’est de parler sexualité avec les enfants qui va provoquer des agressions sexuelles, alors que c’est en leur en parlant qu’on les évite.

Tu es dans l’erreur. 

L’éducation sexuelle a pour but, outre le fait d’apprendre à dire non, d’apprendre à faire respecter le non. Sonia Lebreuilly détaillait encore :

« On prend des situations plus neutres où on se touche les cheveux, les mains, pour voir si l’autre est d’accord et lui demander. Parfois c’est un autre qui dit « là elle n’a pas l’air contente ». »

L’éducation au corps et au consentement dès le plus jeune âge

Tout ça pour dire que l’éducation sexuelle à la maternelle ne doit pas être comprise comme une initiation à « comment faire l’amour », mais davantage comme un apprentissage du respect de son propre corps et de celui des autres.

Ce qui serait une bonne chose, non ?

Edit : Correction sur l’école maternelle, prise en compte dans le texte de la circulaire de 2003.

Pour aller plus loin

Si je suis aussi virulente sur le sujet et que je ne veux rien laisser passer, c’est parce que j’ai travaillé sur le sujet des agressions sexuelles entre enfants pendant des mois.

Le fruit de cette enquête est une série d’articles, toujours disponible sur madmoiZelle :

Les volets les plus importants pour comprendre à quel point l’éducation sexuelle est importante sont les suivants :

Si tu ne les a pas lus au moment de la parution de l’enquête il y a un an, je te conseille fort d’y jeter un oeil.

COMMENT AVOIR UN TEINT PARFAIT ?

Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • TheMadTink
    TheMadTink, Le 28 août 2018 à 20h42

    Mais.... c'est pas du recyclage de fake news ça en plus ?
    Ils avaient pas sortis la même théorie complotiste avec l'ABCD de l'égalité ? J'avais souvenir que Madmoizelle avait déjà fait un article sur le sujet.

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