Ce qui ne doit pas se passer chez le gynéco (et que faire si ça se passe quand même)

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Mon gynéco a-t-il le droit de commenter mon corps, ma vie sexuelle, mon désir (ou non-désir) d'enfant ? Que faire si son attitude me gêne, si je ne comprends pas un acte ? Camille et Laura Berlingo t'expliquent tout.

Ce qui ne doit pas se passer chez le gynéco (et que faire si ça se passe quand même)

Chez le gynéco, comme ailleurs, les femmes sont fatiguées de souffrir.

Les maltraitances gynécologiques et obstétricales font régulièrement polémique, quand elles sont dénoncées par les patientes et quand les politiques tentent d’ouvrir le débat législatif.

Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) vient de publier un rapport accablant au sujet du sexisme dans le suivi gynéco / obstétrique des femmes.

Commandé par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, ce document met en lumière un large spectre d’actes et/ou propos sexistes qui arrivent parfois au cours du suivi gynéco.

Des actes abusifs, réalisés sans le consentement des patientes, aux attouchements sexuels, en passant par les propos dégradants, il est important de savoir ce qui sort du cadre de la déontologie et de la légalité lors d’un examen gynécologique.

Quelle que soit la fréquence à laquelle tu choisis de faire une visite chez le GYGY (arrêtez avec cette expression svp), un petit point s’impose.

À lire aussi : Lettre ouverte à mon gynécologue

Laura Berlingo, gynéco que tu vas revoir souvent

Cet article, c’est l’occasion pour moi de te présenter Laura Berlingo, la gynécologue qui présentera avec moi Coucou le Q, le tout nouveau podcast sexo de madmoiZelle qui arrive très bientôt dans tes oreilles.

Pour établir un guide du premier rendez-vous gynéco, je lui avais demandé de me décrire précisément tout ce qui peut se passer chez le docteur des chattes.

Ici, nous avons cette fois listé ce qui n’est pas censé se produire dans le cabinet d’un•e gynéco. 


Ceci n’est pas censé se produire.

Le gynéco doit-il demander mon consentement ?

Un médecin peut préconiser, mais jamais imposer.

Comme prévu par le Code de la Santé Publique, « le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas ».

A minima, la ou le gynéco doit donc annoncer à la patiente ce qu’il va faire, à chaque étape, quels outils médicaux vont être utilisés et pourquoi…

Cela te donne à la fois les infos pour comprendre ce qui va se passer et l’occasion de refuser un acte que tu ne souhaites pas subir.

C’est vraiment la base (genre, même mon esthéticienne fait ça quand elle m’épile le maillot) et tu peux à tout moment demander des explications sur ce qui est en train de se passer.


Qué paso dans mon vagine svp ? 

À quoi doit ressembler un toucher vaginal ?

Il faut savoir que le toucher vaginal n’est en principe jamais pratiqué sur des femmes vierges lors d’une consultation « standard ».

Cela peut arriver exceptionnellement ; en cas de grosse malformation utéro-vaginale par exemple, pour évaluer la chirurgie nécessaire.

Un toucher vaginal doit être réalisé avec des doigts gantés et ne devrait pas durer plus de 5 minutes. Il ne comprend en aucun cas des gestes d’aller-retour dans le vagin ou le toucher du gland du clitoris.

Le frottis, lié au dépistage du cancer du col de l’utérus, n’est lui utile qu’à partir de 25 ans puis tous les trois ans.

À noter enfin qu’aucun examen gynécologique n’est nécessaire pour prescrire la pilule contraceptive. Toute pression voire chantage exercé dans ce sens est anormal.

Quel genre de commentaires le médecin peut-il faire sur mon corps ?

Absolument aucun.

Les remarques sur l’anatomie de la patiente sortent complètement du cadre normal d’une consultation, sauf quand elles sont pertinentes, rassurantes.

Un·e gynéco peut te dire « Vos lèvres ont l’air OK », « Votre hymen est normal » ou « Tout va bien au niveau de la poitrine », mais PAS « Vous avez des seins bien rebondis » ou « un vagin bien serré » par exemple.


Tu mens.

Quel genre de commentaires le médecin peut‑il faire sur ma vie sexuelle ?

Encore une fois, les propos du gynéco ne devraient jamais outrepasser le domaine médical, et encore moins se révéler culpabilisants ou moralisateurs.

Il est normal de parler de ta vie sexuelle avec ton médecin (ça paraît logique) mais aucun de tes choix de vie n’a à être commenté ou jugé lors d’une consultation gynécologique.

Que ce soit sur la façon dont tu as perdu ta virginité, le nombre de partenaires, le désir d’avoir un enfant ou non… Toute remarque qui te parait déplacée l’est certainement.

Le rôle du gynéco pour ton bien-être et ta santé

Un·e médecin, gynéco ou non, est quelqu’un en qui tu places ta confiance pour s’occuper de ta santé.

La patiente étant en position vulnérable, il est important qu’elle n’ait aucun doute quand au bien-fondé des gestes, paroles et attitudes de sa ou son spécialiste.

Rappelons au passage qu’un·e médecin et un·e sage-femme peuvent également pratiquer un examen gynécologique de routine, prescrire une contraception ou encore réaliser un frottis.

Ces consultations sont souvent plus accessibles, moins chères qu’avec un spécialiste, mais se limitent à un cadre hors-pathologie.

Que faire si ta ou ton gynéco dépasse le cadre normal d’une consultation ?

Il semble important de rappeler qu’en cas de douleurs ou de sensation de gêne due à l’intimité de l’examen, la patiente peut exprimer verbalement son ressenti, que le praticien est tenu de prendre en compte.

Par ailleurs, intervenir sur une patiente sans son consentement relève de la faute lourde et expose le ou la praticien·ne a des sanctions.

Si le comportement, les paroles ou les actes pratiqués par ta ou ton gynécologue te semblent anormaux, te mettent mal à l’aise ou relèvent clairement de l’insulte ou de l’attouchement, tu peux à tout moment te lever, prendre tes affaires et partir.


D’abord, garder son sang-froid. 

Dans le secteur hospitalier, il est possible de signaler ton inquiétude en interne, auprès de la direction ou d’un éventuel médiateur.

Dans le secteur privé, tu as la possibilité de porter plainte au niveau juridique mais aussi auprès du Conseil de l’Ordre des Médecins.

Dans tous les cas, il est préférable de cesser de consulter le gynéco en question et de ne pas se résigner au silence. Il existe un tas de médecins compétent·es qui respectent la déontologie et la dignité humaine. N’hésite donc pas à changer !

Et toi, as-tu un jour eu des doutes sur un gynéco ? Comment as-tu réagi ? 

À lire aussi : Paye (pas) ton gynéco, le docu sur les violences gynéco et obstétriques

QueenCamille


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Commentaires
  • Edenly
    Edenly, Le 11 juillet 2018 à 18h51

    @Lord Griffith Ta dernière phrase me fait penser à un billet récent sur "Paye ton gynéco" qui est sensiblement le même. Peut-être en es-tu l'auteur... Quoi qu'il en soit, les gynécologues qui partent du principe que toutes les femmes veulent des enfants, ça me hérisse le poil !
    P.S. : J'aime beaucoup le manga auquel ton avatar fait référence.

    Pour en revenir au sujet, ce qui me révolte, c'est cette culture qu'on ancre dans l'esprit des femmes comme quoi leur appareil reproducteur est défaillant, sujet à d'horribles maladies et qu'il faut impérativement surveiller. Le plus triste, c'est que les mères transmettent cette angoisse à leurs filles. Est-ce qu'on emmerde les hommes en leur disant de se faire examiner le pénis, de se faire palper les couilles ou tâter la prostate en insérant un doigt dans le rectum ? Non ! J'estime que les jeunes filles et les femmes qui se sont documentés, sont assez grandes pour remarquer des symptômes alarmants. Je dis bien alarmants car des pertes vaginales abondantes ne sont pas forcément inquiétantes si elles ne sont pas odorantes, colorées ou qu'il n'y a pas de démangeaisons.

    Pour la petite histoire, j'ai eu mes règles à 13 ans. Donc avant cet âge, je ne sais plus exactement à quelle période, ma mère m'a emmenée chez une gynécologue parce qu'elle s'inquiétait de mes pertes blanches abondantes et du fait que je n'avais toujours pas mes règles (sérieux ?!). La gynécologue a inspecté ma poitrine naissante (pour ainsi dire quasiment inexistante à l'époque), puis a examiné l'extérieur de mon intimité en écartant légèrement avec ses doigts gantés. C'était vraiment un rapide examen (limite un simple coup d’œil), puis elle a décrété que tout était normal et que mes règles ne tarderaient pas. Quand je lui ai dit que mon souhait était d'avoir mes règles le plus tard possible, cette gynécologue s'est exclamée : "Mais tes copines vont te charrier : comment tu n'as pas encore tes règles ? t'es pas normale ! qu'est-ce qui se passe ?!". Aujourd'hui, j'aimerais juste lui balancer : "Pétasse !"

    Avec l'âge que j'ai maintenant, je me rends compte que cette consultation était totalement inutile. Ne pas avoir ses règles avant 13 ans n'a rien d'anormal et d'alarmant ! Et même après cet âge-là, faut pas s'affoler trop vite non plus ! Durant la puberté, les hormones pètent les plombs, le corps est chamboulé et chaque fille est différente. Et quand on vient d'avoir ses règles, pas besoin d'une consultation gynécologique : les règles sont un événement normal, c'est pas une pathologie ! Quant à l'inspection de mes seins naissants, je ne vois pas en quoi c'était utile : que peut-on détecter à cet âge chez des seins qui démarrent à peine leur développement ? Pour finir, en ce qui concerne les pertes blanches abondantes que j'avais à l'époque, je les ai malheureusement entretenues par l'usage quotidien de protège-slips durant des années (heureusement j'ai fini par sortir de ce cercle vicieux).

    Bref, c'était mon coup de gueule. :cretin:

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