Pourquoi Evan Rachel Wood (Westworld) parle de ses viols au Congrès américain

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Evan Rachel Wood (Dolores dans Westworld) a livré un poignant témoignage au sujet des viols qu'elle a subis au Congrès américain. Voici pourquoi.

Pourquoi Evan Rachel Wood (Westworld) parle de ses viols au Congrès américain

Evan Rachel Wood est connue en ce moment pour son rôle de Dolores, l’héroïne de Westworld, mais a une longue carrière derrière elle.

Je l’ai connue dans Thirteen, un film qui ravissait l’ado rebelle que je rêvais d’être, et je suis tombée amoureuse d’elle dans le trop méconnu Down in the valley, long-métrage mélancolique avec Edward Norton en co-star.

En plus de son métier d’actrice, Evan Rachel Wood ne tait pas ses opinions politiques, surtout depuis l’élection de Donald Trump, dont elle dénonce régulièrement les déclarations et prises de positions.

Elle a également évoqué publiquement sa bisexualité et milite pour la visibilité des personnes bi dans les médias et œuvres artistiques.

#TB @buzzfeed #queerprom 🦄🦄🦄

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Oh, et rien à voir mais la meuf a été ceinture noire de taekwondo à DOUZE ANS. C’est quand le biopic sur sa vie ?

Trêve de blabla : ce 27 février 2018, Evan Rachel Wood s’est installée devant un micro pour évoquer les viols et les actes de violences conjugales, mentales comme physiques, dont elle a été victime.

Derrière cette prise de parole ? Un fort engagement politique visant à aider d’autres survivant·es de violences sexuelles.

Evan Rachel Wood parle des viols qu’elle a subis

Avec émotion et dignité, Evan Rachel Wood raconte les violences sexuelles et conjugales qui ont émaillé sa vie.

Voici des extraits de son discours :

« Ça a commencé discrètement, mais ça a escaladé au fil du temps. Ma vie a été menacée […] je me suis réveillée pour voir l’homme qui prétendait m’aimer en train de violer mon corps qu’il imaginait inconscient.

Et le pire : des rituels tordus consistant à m’attacher les mains et les pieds, puis à me torturer mentalement et physiquement jusqu’à ce que mon agresseur estime que je lui ai prouvé mon amour.

À cet instant, attachée, battue, cible de propos inimaginable, j’avais vraiment l’impression que j’allais mourir.

Pas seulement parce que mon agresseur disait « Je pourrais te tuer, là, tout de suite », mais parce que j’avais l’impression d’avoir quitté mon corps. »

Cette « impression de quitter son corps » qu’Evan Rachel Wood, beaucoup de victimes d’abus la connaissent.

Il s’agit d’un mécanisme psychologique de défense : la sidération et la dissociation donnent le sentiment de ne plus vraiment être là, d’observer la scène de loin. Traumatisé, l’esprit s’extrait de la situation violente.

La victime est souvent incapable de se défendre, de parler, de bouger. Elle n’est plus « dans son corps », plus aux commandes.

Pour en savoir plus sur le sujet, je vous conseille l’article Sidération et dissociation pendant un viol : les 2 mécanismes de survie du cerveau contre l’arrêt cardiaque.

Never again. But never forget. #RISE #SurvivorsBillOfRights #evanindc

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Evan Rachel Wood poursuit :

« À cause de ces violences, le jour où j’ai été jetée au sol par un autre agresseur dans un placard fermé à clé, après des heures passées dans un bar, mon corps savait comment réagir : disparaître, devenir insensible, tout ignorer.

Avoir été abusée et violée par le passé a fait de moi une proie facile pour un nouveau viol, et non l’inverse. »

On pourrait croire qu’avoir été victime de violences rend une personne plus méfiante, plus apte à éviter des situations dangereuses. Evan Rachel Wood montre ici que ce n’est pas forcément le cas.

Entre autres parce que le traumatisme n’a jamais été guéri, comme elle l’explique :

« Sept ans après mes viols (au pluriel), on m’a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique. Je vivais avec depuis tout ce temps, sans le savoir. Je pensais juste que je devenais folle.

J’ai eu des soucis d’automutilation au point de faire deux tentatives de suicide, qui m’ont menée à être brièvement internée dans un hôpital psychiatrique. »

Une lectrice de madmoiZelle avait également été hospitalisée en clinique psychiatrique à cause du viol qu’elle a subi, et qui a eu des conséquences dramatiques sur sa santé mentale.

Retrouvez son témoignage : J’ai été en clinique psychiatrique, et cet « enfer hilarant » m’a sauvé la vie.

Evan Rachel Wood aussi doit beaucoup à ce soutien médical.

« Ça a été un moment charnière dans ma vie : j’ai commencé à être aidée par des professionnels pour gérer mon traumatisme et ma santé mentale.

D’autres n’ont pas cette chance. C’est pourquoi le viol, bien souvent, ne se résume pas à quelques minutes traumatisantes : c’est une lente mort. »

Evan Rachel Wood évoque également les conséquences de ce traumatisme sur sa vie personnelle et affective.

Être en couple a été compliqué, car elle avait du mal à se laisser toucher, à faire confiance. Elle se réveillait la nuit, en hurlant, paniquée, couverte de sueur. Trop souvent, elle s’est endormie en serrant une batte de base-ball.

L’actrice parle aussi de son fils, et du monde qu’elle espère pour lui. Elle pense au jour où elle devra lui expliquer ce qu’est un viol, et pourquoi sa mère en a été victime.

À lire aussi : « À Nos Fils », un poème sur les dommages collatéraux de la culture du viol

C’est pour construire ce futur meilleur qu’elle a pris la parole au Congrès américain.

La loi défendue par Evan Rachel Wood au Congrès américain

Evan Rachel Wood n’était pas la seule intervenante ce jour-là.

Elle était entourée d’Amanda Nguyen et Lauren Libby, qui travaillent pour l’association défendant les droits des victimes de viol Rise, et de Rebecca O’Connor, de RAINN, la plus grande ONG américaine d’aide aux victimes de violences sexuelles.

Voici tous les discours ; Evan Rachel Wood commence autour de 18 minutes.

Ces femmes ont toutes pris la parole dans le même objectif : convaincre le Congrès américain de défendre une loi.

Cette loi, c’est le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act. Votée au niveau fédéral en 2016 par Barack Obama, elle représente une avancée majeure pour les victimes de viol.

Selon Wikipédia :

« Avec cette loi, les victimes de violences sexuelles obtiennent le droit de voir leur « rape kit » préservé jusqu’à ce qu’il y ait légalement prescription du crime, d’être notifiée si le kit est détruit, et d’être informée des résultats d’examens médico-légaux.

Le but principal est de revoir la façon dont les crimes sont signalés aux autorités, et d’alléger le fardeau pesant sur les victimes […] »

Le « rape kit » dont il est fait mention ici désigne le kit d’examen médico-légal effectué sur une personne signalant un viol à la police. Des prélèvements sont effectués sur son corps ainsi que ses vêtements.

Le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act permet également aux victimes d’avoir recours gratuitement à ces prélèvements médicaux. De plus, il aide les États à financer des établissement venant en aide aux victimes de crimes sexuels.

À l’origine de cette loi, on retrouve Amanda Nguyen, de Rise, qui a à nouveau pris la parole aux côtés d’Evan Rachel Wood.

C’est sa propre expérience de personne tentant de porter plainte au Massachusetts qui lui a montré qu’il fallait améliorer la prise en charge des victimes.

Pourquoi il faut défendre le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act

Le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act a été voté à l’unanimité au niveau fédéral. Mais alors, me direz-vous, pourquoi le défendre, s’il est en place depuis 2016 ?

Parce qu’aux États-Unis, une validation au niveau fédéral ne veut pas dire qu’une loi est automatiquement appliquée dans tous les États. Cela peut prendre du temps, et les États ont beaucoup de libertés.

À ce jour, le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act est en place dans 9 États. Evan Rachel Wood et les trois femmes ayant pris la parole à ses côtés exhortent le Congrès à le faire appliquer dans les 41 États restants.

L’actrice explique :

« Cette loi est un simple pas dans la bonne direction […] reconnaître des droits civils basiques pour les victimes de violences sexuelles, ce n’est qu’une première étape. Un filet de sécurité qui pourrait, un jour, sauver des vies.

Même si la loi a été passée au niveau fédéral, il reste du chemin à parcourir. Pour que tou·tes les survivant·es soient protégé·es par cette loi, il nous faut la faire passer dans les 50 États. […]

Ça s’appelle le progrès, et ça commence ici. »

Aux États-Unis, il est courant de voir des stars d’Hollywood, de la musique ou encore de la télé se mobiliser pour des causes politiques. En France, c’est plus rare !

Mais il y a actuellement #MaintenantOnAgit, un mouvement contre les violences sexistes largement soutenu par de nombreuses femmes (re)connues.

À lire aussi : Le documentaire sur Rose McGowan et son activisme a sa bande-annonce !

J’espère que le combat d’Evan Rachel Wood, qui représente une foule de victimes, portera ses fruits. Selon RAINN, chaque année, ce sont 321 500 Américain·es âgé·es de 12 ans et plus qui subissent un viol ou une agression sexuelle.

Autant de personnes qui, grâce à la lutte menée pour étendre le Sexual Assault Survivors’ Bill of Rights Act, pourront peut-être un jour avoir la justice de leur côté.

À lire aussi : Comment réagir face à quelqu’un vous confiant avoir été victime d’un viol ?

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Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Commentaires
  • Petious
    Petious, Le 2 mars 2018 à 14h20

    OxsanaBCN
    (Le côté gossip en moi ne peut par contre que se demander si elle parle de Marilyn Manson?)
    C'est pas un côté "gossip", c'est tout à fait légitime comme interrogation ! C'est une "star", il a du pouvoir sur ses fans. Si c'est effectivement lui, ça les met dans une situation potentiellement dangereuse.
    Et puis au delà de ça, c'est normal de vouloir connaître l'identité d'un criminel, pour des raisons évidentes de sécurité.

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