Aux États-Unis, le droit à l’avortement recule

Aux États-Unis, le droit à l’avortement recule
Aux États-Unis, les conservateurs « pro-vie » s'acharnent contre le droit à l'avortement qu'ils tentent de restreindre dans plusieurs états américains. Les discours se radicalisent et les propos se durcissent. À croire que les Républicains ont vraiment déclaré « la guerre aux femmes ».

« War on Women » : 1er round

« War on Women » est une expression que l’on retrouve dans la littérature féministe américaine depuis les années 90, mais le terme a été largement popularisé pendant la campagne présidentielle 2012, qui a vu le candidat démocrate Barack Obama affronter le candidat républicain Mitt Romney.

Le parti républicain avait adopté pendant cette campagne des positions résolument conservatrices. Problème : ces positions touchaient principalement à l’accès des femmes à la contraception, au remboursement de certains actes médicaux, ainsi qu’à l’avortement.

Les Américaines ne se sont pas laissées faire : associations féministes et collectifs se sont mobilisés, face à ce qu’elles ont rapidement appelé War on Women, accusant les Républicains d’avoir déclaré « la guerre aux femmes » en menaçant de s’en prendre à des droits et libertés durement gagnés.

keep Reps out Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« Vous auriez quelque chose pour maintenir les Républicains hors de mon utérus ? »

La stratégie des Républicains s’est avérée être un échec : le parti a perdu le vote des femmes, qui a eu un poids déterminant dans la réélection de Barack Obama. Les femmes ont voté à 55% pour Obama contre 44% pour Romney.

Républicains 0 – 1 Femmes

En assurant l’élection d’Obama, les Américaines ont réussi à sauvegarder leur accès à la contraception. 

En effet, un amendement républicain visait à laisser à l’employeur le choix d’inclure ou non le remboursement de la contraception dans la complémentaire santé, en fonction de ses croyances morales ou religieuses.

Votre employeur est contre la contraception ? Elle ne vous sera pas remboursée par la mutuelle. Comme si la facilité d’accès à la contraception devait être laissé à l’appréciation d’un employeur, qui plus est en fonction « de ses croyances morales religieuses » !

birth control Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« J’adorerais que mon employeur soit la personne qui décide si je dois avoir accès ou non à un moyen de contraception à prix abordable » prononcé par aucune femme, jamais.

La campagne présidentielle avait également régalé l’opinion publique d’un florilège de déclarations sur les violences faites aux femmes toutes plus consternantes les unes que les autres.

On y avait notamment parlé de « viol légitime », au cours duquel une femme ne pourrait pas tomber enceinte, car le corps de la femme aurait des défenses naturelles contre la fécondation, mais uniquement activées dans le cas d’un « véritable viol . (AH BAN.) Quelques détails sur la polémique sont à relire dans ce papier sur la culture du viol.

Astuce : pour vous y retrouver entre les différents « types de viols » (oui oui oui), voici un tableau récapitulatif, selon les Républicains :

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Ces expressions douteuses (« viol don-de-Dieu » !) sont extraites de réelles déclarations, prononcées par des élus républicains. 

Avortement : entraver l’accès à défaut de pouvoir l’interdire

Aux États-Unis, l’avortement est un droit inaliénable, affirmé par l’arrêt de la Cour Suprême Roe vs Wade de 1973. Il est donc impossible pour un État américain d’interdire l’avortement. En revanche, il est possible d’assujettir ce droit à un certain nombre de conditions (ayant en réalité pour but d’entraver le droit des femmes à recourir à cette procédure).

Depuis 2011, de nombreux projets de loi ont été présentés dans les différents États, dont le but est de restreindre l’accès à l’avortement. 41 États ont ainsi voté l’interdiction de pratiquer un avortement à partir d’un certain délai :

  • à partir de la viabilité du foetus (estimée à partir du 6ème mois) : 22 États
  • à partir du 3ème trimestre : 4 États
  • à partir de 20 semaines : 15 États
map 20 Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Le droit à l’avortement recule dans 12 états (carte datant de mars 2013)

Au Mississippi, les électeurs ont rejeté une initiative qui visait à définir l’embryon comme devenant légalement un être humain à partir de la fécondation. Si le projet avait été adopté, il aurait conduit à interdire l’avortement, et potentiellement les méthodes de contraception hormonale.

La réaction des associations féministes ne s’est pas faite attendre : elles ont tourné au ridicule cette tentative d’interférence dans le choix des femmes en proposant de considérer que si la vie commence avec les gamètes sexuels, alors la masturbation tue également des vies en devenir.

life begins at erection Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« La vie commence à l’érection ! Masturbation = meurtre ! »

Malgré les efforts des collectifs féministes, les assauts répétés des élus conservateurs ont fini par porter leurs fruits, et le nombre de lois touchant de près ou de loin au corps de la femme explose en 2013 :

bills regulating bodies Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Lois régissant le corps de la femme votées en 2013 uniquement : 624. Lois régissant le corps de l’homme depuis la nuit des temps : 0. 

« War on Women » : 2ème round, bras de fer juridique

En 2013, les femmes sont en train de perdre le 2ème round de cette bataille contre la frange conservatrice pour le libre choix à disposer de leur corps. Plusieurs États ont adopté, ou tentent d’adopter des lois entravant l’accès à l’avortement. Les recours déposés devant les juges par les opposants à ces mesures permettent d’en faire annuler certaines dispositions.

En Caroline du Nord : une loi pose de nouvelles conditions à la pratique d’un avortement, ainsi que le déremboursement de cet acte (sauf si la vie de la femme est en danger). La loi a été adoptée par le Sénat, elle doit encore être signée par le Gouverneur avant d’entrer en vigueur. (source)

Au Dakota du Nord : le projet de loi visait à interdire l’avortement si un battement de coeur est détecté à l’échographie, ce qui peut arriver dès la 6ème semaine. La loi, qui devait entrer en application au 1er août, a été suspendue par un juge fédéral. La Cour Suprême devra trancher sur la constitutionnalité d’une telle mesure, mais le directeur de la seule clinique d’avortement de l’état est optimiste : « la Cour Suprême a dit et répété qu’il n’est pas possible d’interdire l’avortement avant la viabilité du foetus ». (source)

Au Dakota du Sud : la loi adoptée en février oblige les femmes qui souhaitent avorter à un délai de 72h de réflexion, hors week-end et jours fériés. Les juges ont cependant annulé la disposition qui visait à obliger les femmes à recevoir des conseils de centres d’accompagnement de grossesse basés/dirigés par des organisations religieuses. (source)

Au Kansas : Plusieurs dispositions législatives ont été annulées au tribunal :

  • l’obligation pour les femmes qui subissent des complications (hémorragies, infections) d’attendre au moins 1 jour avant d’avoir recours à un avortement
  • l’obligation pour le médecin d’informer la femme que le foetus ressent la douleur au-delà de la 20ème semaine
  • l’obligation pour le médecin d’informer la patiente que les femmes ayant avorté sont davantage susceptibles d’avoir un cancer du sein. (alors que non, hein. Rien à voir.)

Au Texas : l’avortement, un privilège de riche

Au Texas, seules 5 cliniques seront toujours en mesure de prodiguer un avortement, après l’adoption d’une loi posant des conditions drastiques à la pratique de cette procédure.

Et ce n’est pas faute pour les Démocrates d’avoir résisté : l’exploit de la Sénatrice Wendy Davis avait permis de bloquer le premier projet de loi. Elle avait occupé la tribune pendant plus de 11 heures, empêchant le vote de la loi dans le cadre de la session parlementaire (expirant à minuit).

Le Gouverneur du Texas, Rick Perry, ne comptait pas en rester là. Il a convoqué une session extraordinaire. Impossible pour les Démocrates, en minorité, de faire échec une seconde fois au projet de loi, qui sera finalement approuvé.

louder they scream Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Rick Perry, le Gouverneur du Texas, à propos de la flibuste orchestrée par les Démocrates et du discours-fleuve de Wendy Davis : « plus l’opposition crie fort, et plus nous sommes convaincus d’agir correctement ».

Une certaine idée de la démocratie… 

Il est toujours possible d’avorter au Texas, mais c’est devenu bien compliqué car seules 5 cliniques peuvent accueillir les femmes, contre 42 auparavant. Parmi les conditions imposées par SB5 (le nom de la loi), on trouve notamment l’obligation pour les établissements de se conformer aux exigences des centres d’hospitalisation ambulatoire / « courte durée » (ambulatory surgery center).

Pour les petites cliniques, on estime le coût d’adaptation à près d’1 million de dollars (d’où l’interprétation que seuls 5 établissements seront en mesure de se conformer au SB5, s’ils ne le sont pas déjà). Mais la mesure pourrait donc bénéficier aux cliniques privées qui répondent déjà à ces critères.

Par exemple — et complètement au hasard — United Surgical Partners, qui est précisément un ambulatory surgery center, dont la vice-présidente est Milla Perry-Jones. Perry comme dans Gouverneur Rick Perry, puisqu’elle est la soeur du Gouverneur.

Cette forte suspicion de conflit d’intérêt insupporte d’autant plus que SB5 a été présenté par le parti républicain comme voulant « protéger la santé et la sécurité des femmes ». Que les Texanes se rassurent, elles pourront donc toujours se faire avorter, ce sera juste plus cher et plus compliqué. Mais c’est pour leur bien, on vous dit.

Perry sister Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« Cette femme va probablement s’enrichir grâce à SB5. Elle est vice présidente d’une clinique privée, où les femmes pourront avorter, pour 3 fois plus cher. Qui est-elle ? Milla Perry Jones. Votre absence de choix : des profits pour la famille Perry. »

Ambiance tendue au Land of the Free

Au-delà de ces mesures qui portent atteinte à la liberté des femmes à disposer de leur corps, on remarque une escalade du nombre et de la violence des « petites phrases » à l’égard des femmes, dans ce climat politique tendu.

Ainsi, Bill Zelder, député conservateur, a tweeté « nous avons eu des terroristes à la tribune s’opposant à SB5 ». Andrea Philip  a apporté cette précision importante : « lorsqu’il dit “terroriste”, il veut dire “une femme qui s’exprime”. Ne l’oubliez pas ».

women terrorist Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Toujours au Texas, face à l’impopularité croissante du SB5 et à l’ampleur des manifestations, le Sénat a voté une interdiction d’entrer dans le bâtiment avec des protections hygiéniques, notamment des tampons. Le ridicule absolu de cette mesure a donné lieu à toute une série de réponses caustiques, dont la plus médiatisée reste celle des boucles d’oreilles-tampons de la présentatrice Melissa Harris-Perry.

Pour mémoire, il n’existe toujours pas de régulation concernant le port d’armes au Texas. Mais concernant le port de tampons, c’est fait. Ouf. Enfin un État qui a le sens des priorités.

smuggle tampons Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« Comment faire entrer clandestinement des tampons dans la capitale du Texas »

Pour protester contre la fermeture annoncée des centres pratiquant l’avortement, de nombreux manifestants ont brandi des cintres, en référence à la “méthode” extrêmement dangereuse à laquelle les femmes en détresse avaient recours avant que l’avortement ne soit accessible et légalisé.

Tout en finesse, Erick Erickson, éditeur en chef du très conservateur blog politique RedState, s’est fendu d’un tweet appelant les Libéraux à ajouter un site de vente de cintres à leurs favoris, maintenant que SB5 a été voté.

tweet21 Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« Chers Libéraux, ajoutez donc ce site à vos favoris maintenant. » 

Il avait fait une kitchen-joke absolument hilarante pendant la séance, se demandant si les opposantes ne pourraient pas plutôt aller faire des sandwichs. HAHAHAHA, LOL.

tweet11 Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Et il reste imperturbable face à l’indignation causée par son tweet sur les cintres : “les gens offensés par ma moquerie de leur métaphore du cintre sont OK avec la décapitation des foetus in utero. #perspective”.

tweet3 Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Ce “journaliste” est également un contributeur de Fox News.

What The Fuck, America ?

God words Aux États Unis, le droit à lavortement recule

« Je n’ai jamais dit au GOP [Grand Old Party = le parti républicain] de se mêler de ce qu’une femme fait de son vagin. – Dieu. »

Je sais bien qu’on ne saurait résumer les États-Unis au seul état du Texas, réputé pour son conservatisme. Mais je ne peux m’empêcher d’être inquiète, parce que jusqu’à présent, les droits des femmes étaient en progression constante dans les états démocratiques.

Or les Américaines voient se restreindre insidieusement le droit à disposer librement de leur corps, dans l’indifférence générale. Preuve s’il en fallait que le combat pour l’égalité est loin d’être un débat d’arrière-garde. C’est sur le front que la bataille se livre, et aux États-Unis, habituellement précurseur en matière d’avancées sociales, le front recule.

Le féminisme a encore de beaux jours devant lui.

conclusion 2013 Aux États Unis, le droit à lavortement recule

Sources :

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  • Misstenebrae
    Misstenebrae, Le samedi 27 juillet 2013 à 01h15

    Lol la "vie", d'abord qui s'occupe de leurs armes qui tue réellement des vrais personnes avant de se la ramener avec l'avortement.

  • Chouquette-en-sucre
    Chouquette-en-sucre, Le samedi 27 juillet 2013 à 01h48

    Ces histoires de viol m'ont donné envie de vomir. Allez dire à des victimes que c'est pas grave, c'est comme ça, ça arrive.

  • Lephisa
    Lephisa, Le samedi 27 juillet 2013 à 02h35

    Très bon article !

    Comme l'a dit une Madz plus haut, voir un tel recul des droits qui ont été chèrement acquis par les générations précédentes ça peut être décourageant...
    Mais en même temps pour ma part c'est le genre d'électrochoc qui me fout la rage au ventre et me donne envie de me battre ! Là tout de suite j'ai juste envie de brandir ce papier au nez des gens qui continuent de penser que le féminisme c'est dépassé, et qu'on a plus besoin de s'en faire ni d'emmerder les gens en réclamant l'égalité (ben voyons)

    Bref, "ce n'est qu'un début, continuons le combat !" :supermad:

  • Mircea Austen
    Mircea Austen, Le samedi 27 juillet 2013 à 03h47

    Enfonçons leur nos aiguilles à tricoter dans l'anus.

    Ce sera pour prévenir les cancers de la prostate.

    Pour leur bien.

    Car moi, je me préoccupe du bien des hommes et de ce qu'il se passe dans leurs anus.

  • Nasty Wasp
    Nasty Wasp, Le samedi 27 juillet 2013 à 05h01

    C'est terrifiant de voir à quel point (aujourd'hui encore et même dans des pays censés être un peu évolués sur la question du droit des femmes) on peut estimer comme normal de dicter aux femmes ce qu'elles ont le droit de faire ou pas de leur vie et de leur corps.
    L'homme est un Homme libre, la femme continue de dépendre de la société, même pour les questions les plus intimes. Un homme te viole, tu tombes enceinte, un autre homme t'interdit de te faire avorter (ok je schématise, des tas de femmes sont anti-avortement aussi).

    Quand est-ce que notre corps et notre vie nous appartiendront enfin ? De quel droit les gens continuent de s'immiscer dans nos ovaires pour un oui ou un non, pour nous dire ce qu'on a le droit de faire ou pas ? Est-ce qu'on se mêle de la prostate des mecs et est-ce qu'on leur interdit d'éjaculer comme bon leur semble ?

    Quand je pense à tous ces gens, pire ces filles, qui se moquent du féminisme et prennent ça pour un club de connasses frustrées, je me dis que la situation a bien avancée oui (en même temps, on partait de tellement loin), mais on est encore très loin, très très loin d'atteindre une vraie égalité homme-femme et une vraie liberté de disposer de nos corps et de nos vies comme bon nous semble.

    Certains jours, c'est dur de ne pas avoir la haine quand même...

  • LaPirate
    LaPirate, Le samedi 27 juillet 2013 à 14h24

    Je reviens, je vais vomir. :sick2:

  • ThinkAboutIt
    ThinkAboutIt, Le samedi 27 juillet 2013 à 15h14

    C'est une honte et si une gamine de 14 ans tombe enceinte ? Elle faut qu'elle le garde alors que c'est elle même une enfant ? N'importe quoi, ils sont tellement cons la bas ... Même si il y a adoption, une grossesse et un accouchement ne sont pas anodins !!

    Et les sénateurs devraient aller en prison pour tenir ce genre de propos c'est quoi ça ?? VIOL LEGITIME ?? VIOL FACILE NON MAIS WHAT THE FUCK ???!!


    Courage les américaines !

  • Luciedlt
    Luciedlt, Le samedi 27 juillet 2013 à 15h54

    C'est bien un des sujets qui m'énerve ! (Pas l'article, qui est formidable en passant).
    La plupart des personnes qui sont contre l'avortements sont des hommes. Juste WTF ?
    Imaginons, une jeune fille se fait violer. Elle devra porter l'enfant de son violeur ? C'est une vie ça ?
    Mais même en France l'avortement est en danger, avec les Lepen ! Interdire l'avortement, je trouve ça mais d'un ridicule, qui sont-ils tous pour choisir pour une femme ? Idiots.

  • Earl
    Earl, Le dimanche 28 juillet 2013 à 02h24

    mariecharlotte-2;4266430
    earl;4265939
    Merci pour cet article, qui a défaut d'être réjouissant, est très intéressant !

    Cependant, j'ai tiqué en lisant cette phrase : "Or les Américains voient se restreindre insidieusement le droit à disposer librement de leur corps, dans l'indifférence générale".

    Je ne comprends pas trop en fait ! Entre le soutien massif des femmes à Obama, le nombre d'associations pro-choice, la médiatisation (même en France !) de l'intervention de la Sénatrice Davis... je ne vois pas trop ce que l'utilisation du terme "l'indifférence générale" vient faire là. Au contraire, j'ai l'impression qu'il y a un vrai travail des gens qui veulent maintenir le droit à l'avortement, et je trouve ça dommage de réduire leur boulot à... néant ?

    D'ailleurs plusieurs exemples de cette lutte émaillent le texte, c'est d'autant plus contradictoire avec cette phrase !
    Pour te répondre @Earl , j'ai écrit "dans l'indifférence générale" parce qu'à mon sens, ces lois devraient provoquer un outrage. Aux US, les gens devraient s'en révolter.

    Or la moitié des américains (48%) pense que l'avortement devrait être interdit. Voilà. 

    C'est comme si en France, le mouvement Manif Pour Tous était un courant majoritaire (au lieu d'être juuuste une poignée d'excités qui se ridiculise en public). Et que ce mouvement était en train de faire son chemin dans l'opinion public.

    Et qu'on finisse par se dire 'ouais mais en fait, si on veut promouvoir vraiment la famille, quelque part faut pouvoir influer sur le nombre de grossesses, donc sur la contraception et l'avortement.'

    Et qu'on finisse par trouver ça normal, que les hommes politiques (parce que ce sont majoritairement des hommes) débattent de l'opportunité pour les femmes d'avoir recours ou non à l'avortement.
    (Désolée j'ai coupé un peu ton texte :/)

    Encore une fois, je dois être un peu bouchée, mais je ne comprends toujours pas en quoi il s'agit d'indifférence générale.
    Ce n'est pas parce que 48% des Américains sont contre l'avortement que les débats se passent dans l'indifférence générale, bien au contraire. Si des lois passent, si des mesures sont prises, si des débats ont lieu (même si les arguments sont parfois répugnants), ce n'est pas de l'indifférence - et c'est bien tout le problème... Si seulement ils pouvaient lâcher la grappe deux minutes aux femmes et se concentrer sur d'autres questions que l'application rigoureuse de leur éthique, le droit à l'avortement ne serait pas autant remis en cause. On ne va pas se voiler la face, j'imagine que ces sénateurs ne votent pas les lois par simple conviction morale, mais aussi et surtout pour séduire l'électorat... qui n'y est donc pas indifférent du tout.

    Et certes on n'en parle pas tous les 4 matins dans la presse française, mais en même temps, je ne pense pas qu'on puisse dire que tout le monde s'en fout du droit à l'avortement aux États-Unis. Je ne pense pas que Madmoizelle soit le seul média à s'y intéresser - bien au contraire.

    Et je ne sais pas pour les autres Madz, mais moi je trouve ça normal que ce soit des hommes politiques qui en débattent, s'ils sont élus. Certes, je préfèrerai qu'il y ait une parité homme/femme dans les institutions, mais s'ils sont élus, ce sont à eux de décider les lois, non ? Ce n'est pas parce que je suis une femme que j'ai la moindre légitimité à décider du sort des autres femmes. Prendre part au débat oui, mais décider sans mandat électif, ce serait une méthode plus proche de la dictature que la démocratie.
    C'est grâce à des hommes politiques que des lois comme la loi Veil, la loi Roudy, la loi Aubry etc ont été votées. Donc oui, merci à ces hommes (et ces quelques femmes !) qui ont débattu dans nos institutions de l'opportunité pour les femmes d'avoir le droit d'avorter :attaque:

  • Madmoizelle O.
    Madmoizelle O., Le lundi 9 septembre 2013 à 15h20

    Le truc qu'il faut à mon sens prendre en compte aussi, c'est qu'aux Etats Unis il y a une grosse influence religieuse qui s'insinue dans les affaires de l'Etat. Je pense en particulier aux Evangélistes, dont le nombre grandit de jour en jour. Si on en croit Wiki, ils sont a peu près 94 millions, soit un peu moins d'un tiers de la population des States.
    Pour vous faire une petite idée de qui ils sont, je ne peux que vous conseiller de regarder ce très évocateur mais néanmoins terrifiant documentaire : Jesus Camp. Du lourd. http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=111518.html

    Ca me paraît donc logique quelque part que malgré 48% d'américains pour l'IVG, les médias et les politiques, bien endoctrinés, continuent à prôner la vie à tort et à travers.

    Là où je trouve la démarche dangereuse, c'est que la démographie mondiale évolue de façon exponentielle et que l'espèce humaine est sur le point de passer le cap enormissime de 9 milliards d'individus d'ici 2050. Les conséquences de cette surpopulation sont le manque de nourriture, le manque de ressources naturelles, un réchauffement climatique par totalement naturel, la pollution, l'extinction de nombreuses espèces et bientôt on va sans doute avoir droit à un manque évident de place, à des épidémies monstrueuses et au bout du bout, notre disparition de la surface de la Terre. C'est mathématique. (oui, je mets bien là.)

    Pourquoi au lieu de réguler les naissances et inverser la tendance, ces gens continuent à encourager plus ou moins de force la population à mettre au monde des enfants non désirés ? J'ai un peu de mal avec ça...

    *voilà, c'est dit*

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