Pourquoi les écologistes ne sont pas à la hauteur de leur victoire culturelle ?

Pourquoi les écologistes sont toujours absents de la scène politique, à 4 mois des élections européennes 2019 ? La Nature a horreur du vide, pourtant ses défenseurs ont l'air peu pressés de le combler.

Pourquoi les écologistes ne sont pas à la hauteur de leur victoire culturelle ?©Jack Hamilton / Unsplash

Les écologistes s’apprêtent-ils à perdre une bataille qu’ils sont en train de remporter ? Quel est le sens de cette question étrange ?

C’est pourtant le sentiment que j’ai depuis plusieurs mois, en voyant d’une part la conscience écologique croître au sein de la société, et en parallèle… rien, du côté des organisations politiques écologistes, et de gauche plus généralement.

Où sont les Verts et la gauche ?

Depuis la démission de Nicolas Hulot, le 28 août 2018, une onde de choc se répand dans la société. Ça a commencé par une Marche pour le Climat, puis une deuxième, puis des collectifs ont commencé à se faire entendre.

On est Prêt a accompagné tout un mois de mobilisation citoyenne en novembre. Avec Il est encore temps, un autre collectif, ils ont contribué au lancement de l’Affaire du Siècle : un recours contre l’Etat pour inaction climatique.

Nous sommes fin décembre 2018, et 4 ONG décident d’attaquer l’Etat en justice pour contraindre les pouvoirs publics à respecter les engagements pris par la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

La pétition accompagnant cette action a rencontré un succès historique : plus d’un million de soutiens en 4 jours, et elle a désormais dépassé les 2 millions.

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Affaire du Siècle et inertie politique

Et pendant ce temps-là, chez les Verts, la force politique qui depuis des décennies maintenant, a fait de l’écologie la ligne directrice de sa politique, le pilier et le prisme de son projet de société, ce parti est dans l’effervescence, et s’apprête à composer une nouvelle force politiqu— NON JE DÉCONNE HAHA. Il ne se passe rien.

Sandrine Rousseau, ex-cadre chez Les Verts, me partageait d’ailleurs cette réflexion au micro de Sois gentille, dis merci, fais un bisou : le fait que la société civile ait recours à la justice pour faire bouger l’État signale une démission du pouvoir politique.

« Si j’étais aux responsabilités, en ce moment, je me poserais des questions » me confiait-elle. Effectivement, côté politique, depuis la démission de Nicolas Hulot, on entend : rien.

Mais pourquoi ? Que quelqu’un m’explique pourquoi personne, chez les Verts, n’est en train de capitaliser sur l’émergence inédite d’une conscience citoyenne autour des problématiques écologiques ?

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Ce quelqu’un est arrivé : Thomas Legrand, éditorialiste politique, a consacré son billet du lundi 21 janvier sur France Inter à cette étonnante question.

En effet, même des Gilets Jaunes, en contestant la hausse du prix des carburants, reconnaissaient qu’il était nécessaire d’agir pour faire baisser la consommation d’énergie fossile, juste pas sans mesures de compensations parce que là comme ça, c’est chaud les gars. Ce qui est une objection tout à fait admissible.

Je vous laisse écouter ci-dessous l’édito politique de Thomas Legrand, édifiant commentaire de la surprenante apathie des Verts, à 4 mois des élections européennes.

Pourquoi les écologistes ne sont pas à la hauteur de leur victoire culturelle ?

Voilà pourquoi je voulais attirer ton attention, chère lectrice, sur ce billet politique : car en mai 2019 se tiendront les élections européennes. En France, nous voterons le 26 mai pour choisir nos député·es européen·nes. C’est un scrutin de liste à un seul tour. C’est-à-dire que dans l’isoloir, il va falloir choisir un seul bulletin, une seule liste, et plus cette liste aura été choisie, plus elle enverra de membres au parlement européen (je simplifie un max, j’y reviendrai).

L’Extrême droite déjà dans les starting blocks

Pourquoi ça commence déjà à me faire doucement flipper ? Parce qu’à actuellement, le premier parti de France, c’est le Rassemblement National de Marine Le Pen.

Parce que le Rassemblement National de Marine Le Pen aussi a une bataille idéologique dans la balance : la défiance envers le gouvernement, « les politiques », et surtout le bashing de journalistes et « lémédianousmentent », ça vient de ce côté de l’échiquier politique français.

Si le Rassemblement National est le premier parti de France, si Marine Le Pen est donnée en tête aux élections européennes, il n’y a pas de 2ème tour pour rectifier le tir, il n’y a pas de deuxième place.

C’est ce projet de société qu’on envoie au Parlement Européen, rejoindre tous ses petits camarades de l’extrême droite européenne, également élus.

Élections européennes 2019 : les mêmes et on recommence ?

Alors, deux choses : la première, c’est que ce scénario n’est pas une prédiction pessimiste, c’est une lecture des précédentes élections européennes. En 2014, nous avions placé le FN en tête.

Environ 30% de notre délégation au Parlement européen était — et est toujours, puisqu’ils sont toujours élus, composée de députés Front National.

Ils ont notamment voté contre l’opportunité de faire du droit à l’IVG un droit européen, et j’en passe.

Les prochaines élections européennes s’approchent à grands pas : c’est dans 4 petits mois. Et le FN, devenu RN, Rassemblement National, est toujours le premier parti de France.

À en croire les interventions des auditeurs sur France Inter, la ténacité d’une partie des mobilisés Gilets Jaunes, la colère des commentaires sur Internet, la popularité toujours solide depuis des mois du mouvement de gronde contre le gouvernement, j’ai du mal à imaginer que La République En Marche (LREM) va effectuer une remontée spectaculaire dans les sondages.

Et si les écolos sortaient du bois ?

Voilà des mois aussi que Jean-Luc Mélenchon s’est décrédibilisé à la tête de la France Insoumise, sans toutefois passer la tête du parti à d’autres.

Voilà des mois que la gauche, entre LREM et la France Insoumise, ne renaît pas de ses cendres de la Présidentielle.

Non, la seule autre « force » politique susceptible d’émerger entre FI et LREM, ce serait un parti écologiste. Un vrai. De synthèse. Une alliance. Un unique parti « de gauche », qui rassemblerait sur cette idée forte, qui a déjà conquis une partie non négligeable de l’opinion publique : il est encore temps d’agir, et à vrai dire, c’est vraiment maintenant qu’il faut s’y mettre (c’est trop long comme nom de mouvement, inspirez-vous plutôt de nos excellentes suggestions si vous songez à renommer Les Verts).

D’un côté, je suis une résistante acharnée face aux discours démissionnaires, je suis la première à répondre à ceux qui veulent abandonner nos systèmes démocratiques parce qu’ils ont perdu foi dans nos représentant·es politiques, et leur capacité à se montrer à la hauteur des enjeux.

D’un autre côté… C’est dur de garder cette foi quand j’écoute la chronique de Thomas Legrand, et que son commentaire confirme mon ressenti : l’intertie déroutante des Verts face à une échéance historique.

Car si le 26 mai prochain, au lieu d’envoyer l’extrême droite au Parlement européen, on y envoyait une force politique écologiste, et si ailleurs en Europe, au lieu d’envoyer l’extrême droite, les écolos arrivaient en masse, on pourrait peut-être commencer à vraiment changer la politique européenne, et donc pas mal de politiques nationales dans les années à venir.

Suis-je la seule à attendre impatiamment l’émergence d’une vraie alternative écologiste de gouvernement à gauche ?

Question subsidiaire : as-tu des questions concernant les élections européennes 2019 ? Viens me les poser dans les commentaires !

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JE DEPASSE MA PEUR DU SKATE (AVEC BÉRENGÈRE KRIEF)

Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
  • Elisabellissima
    Elisabellissima, Le 25 janvier 2019 à 12h14

    Excellent article Clémence, qui retransmet parfaitement mon ressenti suite à cet édito (perso je fais parti de ces gens qui écoutent Inter tous les matins, et je me demandais si cet édito serait repris quelque part)

    Je suis de celles et ceux qui pensent que l'écologie est la seule chose pour laquelle il vaille de se battre (avec l'antispécisme, mais au final, ça va ensemble). Parfois, je pense que la seule chose qui ferait bouger les chose, c'est une dictature écologique: le gouvernement dirait: pour les 50 prochaines années, on s'alimente uniquement avec des produits de saison, on ne prend plus l'avion, la voiture, on passe au bio, on arrête les pesticides, on économise l'eau, on arrête la fourrure, on limite la viande au maximum et on fait des élevages respectueux des bêtes (fini l'agriculture intensive! et déjà je suis modérée, je pense aux copains omni), on re-distribue la nourriture pour qu'il n'y ait plus de gâchis, on interdit tout ce qui est en plastique, on repasse au système des consignes pour le verre, et on met des amendes conséquentes à tous ceux qui jettent leurs déchets par terre! Alors vu comme ça, ça paraît liberticide (et je m'éloigne du sujet) et dans le fond, toutes ces choses, on pourrait déjà les faire, mais ce n'est pas le cas. Et puis ça pose un soucis de taille: ça ne peut pas rentrer dans le capitalisme. Si on veut un monde écologique, il faut complètement repenser le système, réinventer un modèle dans lequel l'argent ne serait plus roi, mais la nature et le respect des autres espèces (dont la nôtre) serait le fer de lance. Alors c'est pas demain. C'est peut être jamais. Et quand je vois l'état de la Terre qu'on va laisser à nos descendants, j'ai honte. Et quand j'entends le bullshit qui nous est servi par la gauche, la droite, et même parfois les écologistes (car écologiste, ce n'est pas écologue) j'ai juste envie d'une part de ne pas me reproduire, et d'autre part de tout envoyer balader.
    Effectivement, il me semble que les gens ont de plus en plus conscience que quelque chose de capital est en train de se jouer, et que cette vision court termiste du profit est vouée à l'échec (quand je parle d'échec je veux dire anéantissement), mais que cette prise conscience est vite rattrapée par 1) les réalités du quotidien 2) par un vrai je m'en foutisme (je le vois même chez mes collègues cadre sup, éduqués et au courant: ça trie ses déchets, mais ça restreindra pas son usage de la voiture ou son envie de manger des fraises à Noël). Donc je commence à être désespérée, et ne me reconnais nulle part. J'irai voter écolo aux Européennes, parce qu'il me reste une parcelle d'espoir, que c'est encore ce que je vois comme moins pire alternative. Mais dans le fond, une grosse part du problème c'est le capitalisme encore une fois; c'est le système le moins pire qu'on ait trouvé jusqu'à maintenant... alors moi je propose une dictature écolo. VOILA! Sur ce je vais manger mes navets.

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