Le retour du drag-queen & l’explosion transgenre

Lexique pour commencer Ø  Drag-queen : Personne qui utilise les atours du sexe féminin de manière exubérante et loufoque. Le côté théâtral est volontairement appuyé. Ex : RuPaul. Ø  Travesti : Personne qui se donne l’apparence du sexe opposé, par les vêtements, le maquillage et l’allure (attitude indépendante de l’identité sexuelle, un garçon peut vouloir se […]

Le retour du drag-queen & l’explosion transgenre

Lexique pour commencer

Ø  Drag-queen : Personne qui utilise les atours du sexe féminin de manière exubérante et loufoque. Le côté théâtral est volontairement appuyé. Ex : RuPaul.

Ø  Travesti : Personne qui se donne l’apparence du sexe opposé, par les vêtements, le maquillage et l’allure (attitude indépendante de l’identité sexuelle, un garçon peut vouloir se déguiser en fille sans forcément vouloir être femme). Ex : Élie Kakou dans le rôle de Madame Sarfati.

Ø  Transsexuel(le) : Personne qui psychologiquement, se sent appartenir au sexe opposé. Ex : Alexis Arquette ; Chaz Bono, le fils (ex-fille) de Cher.

Ø  Transformiste : Personne dont le métier est de se déguiser en femme célèbre de manière relativement crédible, pour le divertissement du public. Ex : les transformistes du Cabaret Michou.

Publié initialement le 15 décembre 2010

La baby-sitter indonésienne de Barack Obama était un travesti. C’est ce que révélait le New York Times début novembre, lors de la visite du président des États-Unis à Jakarta. Quelques années plus tard, ladite baby-sitter a rejoint les Fantastic Dolls, un groupe de travestis entertainers. Mi-décembre 2010, James Franco pose devant l’objectif de Terry Richardson pour la Une du magazine Candy. Une épaisse couche de fond de teint, de longs faux cils et un maquillage à faire pâlir de jalousie les danseuses du Crazy Horse masquent les traits de l’acteur. Comment les drag-queens sont revenus sur le devant de la scène ?

Les années 70 ont été la parenthèse enchantée des drag-queens, travestis et autres individus transgenres. Si April Ashley, travesti britannique qui jouait dans les cabarets parisiens dans les années 50*, a pavé la route en affichant son minois dans les pages du Vogue UK, c’est surtout grâce au glam-rock que la communauté est sortie de la culture underground. Quoi de plus évident ? Une telle flamboyance ne pouvait rester confinée dans le milieu gay. La personnalité de filles comme Holly Woodlawn ou Candy Darling était si forte qu’Andy Warhol n’a pu faire autrement que les prendre sous son aile dès lors qu’il croisa leur regard dans les bars où elles travaillaient. La chanson Walk On The Wild Side de Lou Reed a été composée pour la première, Candy Says, des Velvet Undergound, écrite pour la seconde. Alitée, dans des draps blanc immaculés, cette dernière se fait prendre en photo par Peter Hujar avant de mourir, à l’âge de 29 ans, des suites d’une leucémie. Le cliché illustrera la pochette du disque I Am A Bird Now, d’Anthony & The Johnsons bien des années après.

Puis, plus grand-chose (à part Boy George)(Sainte Mère de Dieu, qu’aurions-nous fait sans Boy George ?). Jusqu’à l’arrivée des années 90.

Les drag-queens n’ont pas disparu durant deux décennies, mais leur influence s’est clairement amoindrie.  La faute au disco et à Margaret Thatcher, sans doute. Quand Priscilla, folle du désert, débarque dans les salles obscures en 1994 – soit près de quinze ans après le succès du film franco-italien La Cage aux Folles – les drag-queens réintègrent la sphère mainstream, à nouveau dans la lumière.  Les long-métrages mettant en scène le débordement de rouge-à-lèvres et les talons de dix-huit centimètres se succèdent : Extravagances (To Wong Foo Thanks for Everything, Julie Newmar), Wigstock : The Movie… tandis que le titre dance Let Me Be A Drag Queen, des Sister Queen, cartonne dans les soirées étudiantes. Il est bien loin le temps où RuPaul se faisait peloter les prothèses en silicone dans les coulisses des MTV Music Awards (en 1993, l’affaire avait fait scandale). Désormais, les drag-queens regagnent la place qui leur était due. Lady Bunny et Chi Chi LaRue ont un emploi du temps de ministre fardé. Le drag avait été inventé pour bousculer les conventions sociales, et voilà qu’il s’y mis à devenir diablement cool. Pas très longtemps non plus, certes, mais Chouchou, personnage créé par l’humoriste Gad Elmaleh, est si populaire à l’aube des années 2000, qu’il devient le héros d’un film éponyme – lequel vaut ce qu’il vaut, mais qui a au moins le mérite de traiter le sujet sans condescendance.

James Franco déguisé en sur-femme n’est donc pas d’une originalité sans faille. Mais il démontre, en revanche, le début d’une nouvelle ère pour les personnes transgenres, qui considère le genre attribué à la naissance en fonction de son sexe peut-être faux, ou réducteur (voir Wikipedia).

[leftquote]L’esthétique drag-queen, parce qu’étincelante et splendide, a toujours été reprise par la musique pop. [/leftquote]À qui doit-on cette acceptation du brouillage des genres ? à Léa T., égérie transsexuelle de Givenchy qui a posé pour la campagne automne-hiver de la marque ? À Angelina Jolie qui raconte à longueur d’interviews combien sa fille Shiloh aime s’habiller en garçon et demande à être appelée John ? Au personnage de Paul, le petit ami transformiste de Jenna Maroney dans la série 30 rock ? À l’exceptionnelle Brigitte Boréale, journaliste sportive sur Pink TV ? À Lady GaGa, qui n’hésite pas à se grimer en homme pour l’édition masculine du Vogue US et à alimenter les rumeurs sur son pénis ? A vrai dire, cette dernière n’y est pas vraiment pour grand-chose : l’esthétique drag-queen, parce qu’étincelante et splendide, a toujours été reprise par la musique pop. Ziggy Stardust, l’alter-ego de David Bowie, est là pour en témoigner.

[rightquote]C’est la possibilité de se définir comme individu avant même d’utiliser son appareil génital pour se déterminer face aux autres.[/rightquote] Et si la percée du transgenre s’expliquait par le ras-le-bol des étiquettes ? Plus qu’un simple concept, cette identité – qu’elle soit juste expérimentale ou non – peut se voir comme un geste militant, un moyen de revendiquer l’égalité entre les sexes. L’idée ne choque plus, mais elle continue à être libératrice. Se travestir, c’est dire  « je peux être qui je veux », de façon assumée. C’est ne pas rester sagement dans une petite case, explorer d’autres choses. C’est la possibilité de se définir comme individu avant même d’utiliser son appareil génital pour se déterminer face aux autres. Ni genre, ni maître. Et si les conservateurs trouillards préfèrent serrer les fesses, grand bien leur fasse. Mais ils ne savent pas ce qu’ils ratent. Le professeur Bobby Freckles l’a bien compris.

La fièvre du samedi soir attendra, mon porte-jarretelles est au sale.

Pour creuser

Films sur les travestis par amour : Certains l’aiment chaud (1959) avec Marilyn Monroe et Tony Curtis ; Tootsie (1982) avec Dustin Hoffman ; Mrs Doubtfire (1993) avec Robin Williams

Films sur les transsexuels : l’excellentisme Transamerica (2005) avec Felicity Huffman ; Hedwig and the Angry Inch (2001) sur une star du punk rock ; Boys Don’t Cry (1999) avec Hilary Swank.

La comédie musicale : The Rocky Horror Picture Show (1975)

Les documentaires : Southern Comfort (2001) ; Venus Boyz (2002) et le très attendu Beautiful Darling qui doit sortir en 2011, sur l’icône Candy Darling.

Le livre : A Low Life in High Heels, autobiographie d’Holly Woodland.

*Dans les années 20, le monde du music-hall a également connu Barbette, une texane trapéziste, mais visiblement plus transformiste que drag-queen.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kiwiie
    Kiwiie, Le 14 décembre 2011 à 12h41

    Bon et bien voilà qui rallonge ma liste de films à voir car toutes ces références de films ont l'air GENIALESSSSS !
    Les drag-queen sont fascinants et il y a de quoi être fiers d'assumer ce que l'on veut être comme eux le font !

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