Le don du sang et les homosexuels

Le saviez-vous ? Depuis 1983, les hommes ayant ou ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes se voient refuser de donner leur sang. Un lecteur de madmoiZelle revient sur ce qu’il estime être un non-sens. – Article initialement publié le 1er février 2012. Depuis, les choses évoluent pour les homosexuels voulant donner leur sang. Samedi 23 […]

Le don du sang et les homosexuels

Le saviez-vous ? Depuis 1983, les hommes ayant ou ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes se voient refuser de donner leur sang. Un lecteur de madmoiZelle revient sur ce qu’il estime être un non-sens.

– Article initialement publié le 1er février 2012. Depuis, les choses évoluent pour les homosexuels voulant donner leur sang.

Samedi 23 janvier dernier, le Dr Jean-Pierre Calot, chef de service à l’EFS (Etablissement Français du Sang) en Midi-Pyrénées, a été interrogé par Carré d’info, un webzine d’information sur l’actualité toulousaine dans le cadre d’un reportage. Interwievé sur l’interdiction pour les hommes homosexuels de donner leur sang, ses propos ont été relayés par le site Yagg.com qui a décidé de consacrer un article à ce qui s’apparente à un dérapage. Petite sélection des déclarations du Dr Calot. Ambiance 1878 :

Un vagin est fait pour avoir des rapports sexuels, un anus, non.

Les fans de la sodomie (quels que soient leur sexe et leur orientation sexuelle) apprécieront.

L’homosexuel, le vrai, il ne va pas avoir un rapport avec un travesti parce qu’il n’aime pas les femmes, alors il aime encore moins les ersatz de femmes.

Les travestis apprécieront.

Si l’établissement a depuis tenu à se démarquer des propos du professionnel de la santé et s’est excusé en la personne du Dr Bruno Danic qui assurait hier au site Yagg.com que « le président de l’EFS est totalement insatisfait et prendra des décisions », cela n’a pas suffi à calmer un lecteur de madmoiZelle qui a tenu à témoigner pour votre site préféré.

Homosexuel et altruiste, il vous fait part de son incompréhension quant à un arrêté de l’EFS qui stipule qu’un homme ayant ou ayant eu des relations sexuelles avec des personnes du même sexe n’a pas le droit de donner son sang car ils sont jugés comme « plus à risque » que les autres. Voici son témoignage (rappelons que les actions de ce jeune homme n’engagent que lui) :

Les élections approchant, on parle beaucoup des droits des gays en France depuis quelques temps. Le sujet du mariage et de l’adoption pour tous revient souvent dans les débats et le sujet se fait de plus en plus présent dans notre quotidien. Ce qui est en soit une bonne chose mais, à mes yeux, un point reste bien trop en arrière-plan.

Alors que l’Etablissement Français du Sang déplore le manque de dons des Français, un arrêté du 12 janvier 2009 interdit à une partie de la population de faire don de son sang. Si on s’intéresse à cet arrêté, on remarque dans la partie « Transmissions d’une infection virale » qu’une contre-indication de quatre mois est appliquée au donneur qui déclare avoir eu des rapports sexuels non protégés avec un partenaire occasionnel. Logique, donc. Pareil, on observe une contre-indication de quatre mois pour un multi partenariat sexuel (en gros si l’heureux/se fripon/ne a fait des folies avec plein de gens différents dans le mois) et c’est aussi le cas pour des rapports non protégés avec un(e) nouveau/nouvelle partenaire depuis moins de deux mois. Et là, c’est le drame. Dans la quatrième clause, on peut lire « Homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme : CI permanente ».

Je ne peux pas m’empêcher de me questionner. Hein ? Une contre-indication permanente ? À vie ? Vraiment ?

Ayant du mal à comprendre cette interdiction, je profite d’un passage des camions de l’EFS dans ma ville pour aller faire une bonne action et interroger un des médecins sur cet arrêté. En remplissant le questionnaire d’entrée qui détermine si on est apte à donner notre sang (où on nous demande si on se sent bien, si on est sous médicaments, si on prend de la droooogue et autres formalités logiques), je vois soudain au dos de la feuille la même chose que j’ai lue sur internet. Qu’en gros si j’ai un jour fait des cochoncetés avec un représentant de la gent masculine, je ne peux pas donner de mon sang.

J’interroge la médecin sur cette interdiction. Sa réaction est immédiate, elle se braque et me répond sèchement « C’est comme ça. Les homosexuels représentent une partie de la population à risque et il faut favoriser la santé des receveurs avant tout. » Abasourdi, je mets un instant à lui répondre que c’est complètement idiot comme système. Le risque de transmission d’infections virales entre hommes est le même que pour les hétéros du moment qu’on se protège. Elle me rétorque que c’est scientifiquement prouvé, que les muqueuses anales sont plus sensibles aux infections et qu’il y a donc plus de risques. Je sais déjà tout ça, j’essaye de lui expliquer que c’est JUSTEMENT pour ça qu’on utilise des préservatifs (et que la sodomie n’est pas un plaisir exclusivement réservé à la gent masculine, les gens ont tendance à l’oublier, n’est-ce pas ?).

Mais rien à faire, je parle à un mur. Elle s’impatiente et m’explique que statistiquement, les homosexuels sont plus volages que les hétérosexuels et qu’ils se protègent moins. Entendre une médecin me balancer des absurdités pareilles au visage me plonge dans l’incompréhension, je suis incapable de répondre. Et je suis obligé de mentir quand elle me redemande, méfiante, si j’ai déjà eu des rapports sexuels avec un homme. Bah oui, sinon je peux pas donner mon sang.

Ce qui me perturbe, c’est que la contre-indication permanente est appliquée à TOUS les hommes, pas seulement les gays. On parle ici de refuser définitivement le don du sang aux bisexuels et même aux hétérosexuels ayant eu une expérience homosexuelle au cours d’une folle soirée arrosée entre potes. On nage en plein délire.

C’était il y a deux ans. Depuis je donne mon sang régulièrement en continuant de mentir parce que le don du sang, ben c’est quelque chose d’important, merde. L’EFS m’a contacté récemment pour me remettre un « diplôme » de donneur de sang pour me remercier de mon implication régulière. Si je n’avais pas été absent ce jour-là, je serais bien venu juste pour leur dire « KIKOO CA FAIT DEUX ANS QUE JE VOUS DONNE MON SANG SAIN ET J’SUIS GAY. BISOUS. »

Récemment, le Dr. Jean-Pierre Calot a fait parler de lui pour ses propos disons… d’une grande finesse sur le sujet en multipliant les clichés homophobes. Jetez-y un coup d’œil, c’est du bonheur en barre.

J’ai découvert récemment le collectif Tous Receveurs, Tous Donneurs qui tente de faire changer cet arrêté à travers des mobilisations ainsi qu’avec une pétition adressée à Xavier Bertrand, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé.

Le don du sang est fondamental. On sauve des vies avec, c’est quelque chose de précieux et chaque citoyen devrait en avoir conscience. Donc, pour le respect des receveurs, accordons le droit à tous les hommes de faire don de leur sang.

Il ne faut pas stigmatiser l’orientation sexuelle d’une personne mais ses pratiques. Il y a (malheureusement) des hétéros qui ne se protègent pas, tout comme il y a des gays qui ne se protègent pas. Ce n’est pas parce qu’un homme est gay qu’il est inconscient des risques que représente une relation sexuelle non protégée. Je me sens profondément insulté quand je vois qu’en 2012, nous en sommes encore à faire des généralisations discriminatoires sur ce sujet et que des lois archaïques sont encore mises en application.

Ah, et en Italie, au Portugal et en Espagne, le don du sang est ouvert aux homosexuels.

Faut croire que le SIDA et les autres infections sexuellement transmissibles sont pas pareilles là-bas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Meianne
    Meianne, Le 25 juin 2013 à 13h02

    Bon, j'avoue ne pas avoir pris le temps de détailler à fond les différentes études présentées dans les commentaires, mais... Il y a un truc que je ne comprends pas : bien sûr, une contre-indication à vie est anormale, mais POURQUOI vouloir augmenter le délai à 10 mois ?

    J'ai lu les histoires d'augmentation de risque - blablabla - mais ça reste bizarre pour mon petit cerveau : 4 mois post-exposition (que ce soit multipartenariat, rapports non protégés, tout ça), ça reste bien suffisant pour qu'on soit en fenêtre sérologique et qu'on dépiste un séropositif (en matière de tests sanguins je veux dire). Qu'il soit homosexuel ou hétérosexuel.

    Sur quoi se base-t-on alors pour un délai de 10 mois ? Une  suspicion de mensonge (expositions plus rapprochées) ? L'infidélité récente supposée du partenaire ? ... J'ai beau chercher, ces objections sont aussi valables pour les hétérosexuels.
    (Et puis je serais quand même curieuse qu'on me montre ces études "prouvant" que c'est plus fréquent chez les homo. Même si je suis plutôt du côté hétéro de la force et guère renseignée sur l'autre côté^^)

    Il me semble tout de même absurde d'interdire un don à un homosexuel qui se protège - tout le temps. Il faudrait sans doute diversifier les questions : tests VIH effectués, rapports protégés ou non, pratiques sexuelles... etc.

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