5 raisons de regarder Dix pour cent, (environ) la meilleure série française de tous les temps

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Dix pour cent débarque pour sa 2ème saison, l’occasion de rattraper la première, parce que cette série française est ce qui a été fait de mieux depuis bien longtemps.

5 raisons de regarder Dix pour cent, (environ) la meilleure série française de tous les temps

— Initialement publié le 17 avril 2017

Je ne sais pourquoi j’ai tant de mal à apprécier les séries françaises. Je les trouve systématiquement trop caricaturales, trop niaises, je ne m’identifie jamais, bref, je les trouve généralement chiante.

Je crois que quand j’entends « série française », je pense trop à des productions hyper lisses de type Julie Lescault, ou même Plus Belle la Vie (qui n’était pas si lisse que ça vu certains sujets abordés, mais c’est l’image que j’en ai).

Et quand on m’a pitché Dix pour cent, j’étais pas saucée plus que ça : c’est l’histoire d’une agence de talents, on suit le quotidien d’agents d’acteurs et d’actrices françaises.

Ah ok super, donc vous assumez carrément de vous regarder le nombril, le monde du cinéma français ? Plus parisiano-centré comme scénario, c’était un documentaire sur vous-mêmes, j’imagine ?

J’ai laissé mes a priori désastreux de côté et j’ai regardé la première saison de Dix pour cent, disponible sur Netflix, juste parce qu’Aki m’a dit « c’est la meilleure série française depuis bien longtemps ».

Après visionnage, ou plutôt séance de binge-watching sans interruption des 6 épisodes que comporte la première saison, et après avoir eu accès à la deuxième saison à laquelle j’ai fait subir le même sort, je suis revenue sur mon jugement.

Dix pour cent est pour moi (environ) la meilleure série française de tous les temps. Le « environ » c’est parce que je les ai pas toutes vues, mais j’en ai vues beaucoup donc je maintiens. (J’ai kiffé Engrenages, mais Dix pour cent est au-dessus pour moi !)

Alors voici mes 5 raisons de vous mettre à Dix pour cent sans attendre qu’on vous spoile l’excellent scénario. D’autant plus que la saison 2 démarre sur France 2 mercredi 19 avril !

Pour la plongée dans un univers de paillettes… et l’envers du décor

Commençons par le tableau dans son ensemble : Dix pour cent est l’histoire de l’agence ASK. Ses associé•es et leurs employé•es managent des acteurs et actrices françaises. On découvre à quoi correspond ce métier un peu obscur pour les non-initiés.

Et loin d’être une place de larbin ou au contraire, de flambeur qui se taille une part de gâteau sur le travail de ses artistes, on comprend qu’être agent, ou plutôt être un bon agent, c’est un véritable sacerdoce.

Ils et elles gèrent tout, y compris les galères perso de leurs stars, se démènent pour leur obtenir les meilleurs rôles, bref, ils et elles managent véritablement les carrières.

Une petite faute, un oubli de leur part peut devenir la catastrophe qui marquera une carrière. À l’inverse, le bon coup de fil, la bonne rencontre et c’est le jackpot pour tout le monde.

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Bref, c’est un peu l’envers du décor de Cannes et des films qu’on voit au cinéma. Personnellement, j’ai été choquée de découvrir à quel point la négociation peut-être « sauvage », c’est-à-dire qu’aucune clause n’est présumée indécente. On balance OKLM la nécessité pour une actrice de se faire injecter du botox comme condition pour la signature d’un contrat.

Et contrairement aux idées reçues que je pouvais avoir sur le métier, l’agent ne se bat pas systématiquement pour signer le contrat. Ce qui prime, c’est la confiance de ses artistes.

Dix pour cent est née d’une une idée originale de Dominique Besnehard et Michel Feller, qui ont été agents, et connaissent bien ce milieu.

C’est sans doute la raison pour laquelle, même si l’histoire est largement romancée, la part d’authenticité y est tant perceptible : j’y crois, aux coulisses du métier, telles qu’elles sont présentées dans cette série.

Entre hommes à tout faire, super-héros, négociateur et magicien, les agents d’ASK changent de casquette en permanence.

Leurs histoires dévoilent la complexité de leur univers, et je ne ressors pas déçue de cette immersion dans les coulisses des paillettes et du strass de la montée des marches.

Pour ses dialogues, et ses punchlines salées comme il faut

L’écriture de Dix pour cent est magistrale : c’est sans doute la tension de son univers qui permet autant d’écarts de tons et d’émotions dans les dialogues. Face à Cécile de France, son agent Gabriel use de mille pincettes pour lui apprendre qu’elle n’a pas été retenue pour le rôle, en raison de son âge. Face aux producteurs, il use de toute sa force de persuasion pour les convaincre qu’elle serait, au contraire, parfaite pour ce qu’ils recherchent.

Dans l’agence et dans sa vie, il se lâche et ses dialogues explosent. Les personnages de Dix pour cent sont des cocottes minutes : sans arrêt sous pression, et parfois, ils éclatent.

Même dans le quotidien, les dialogues sont savoureux. Un exemple ? Mais juste un, pour ne pas gâcher la surprise… Débat entre un senior et un junior (ou plutôt, un sacré fuck boy) au sujet du couple. Le senior :

«— Tu ne sais pas ce que c’est qu’un couple.

— T’exagères, je suis restée un an et demi avec Truc, là ça fait 7 mois avec Machine…

— En-dessous de trois ans, c’est pas un couple.

— Ah ouais ? Et c’est quoi alors quand ça dure moins de 3 ans ?

— Une comédie romantique. »

Et ça arrose en rafale à travers toute la saison.

Pour l’autodérision et le second degré brillant des actrices françaises

Qui dit agence de talents dit… talents. Il fallait donc que des actrices et acteurs français acceptent de jouer le jeu de leur propre rôle. Bien entendu, je ne connais pas personnellement Nathalie Baye et Laura Smet, je ne sais pas si dans la vraie vie, elles signeraient un film ensemble dans des rôles de la fille et sa mère.

Je ne sais pas si Norman a vraiment raté son permis autant de fois, si Fabrice Luchini a vraiment le même agent depuis tant de temps…

Impossible de savoir le vrai du faux, et peut-être d’ailleurs qu’il y a dans Dix pour cent des références qui feront marrer le milieu, mais qui m’échappent. Toujours est-il que les acteurs et actrices qui participent à la série acceptent visiblement de rire des travers qu’on leur prête…

Julien Doré fait son artiste torturé, Isabelle Adjani rayonne d’impulsivité, et bien d’autres encore jouent leur propre rôle avec plus ou moins de caricature.

L’espace de deux saisons, j’ai cru voir l’envers du décor, et comprendre un peu mieux certains caprices de star. Il faut dire que lorsqu’on est sans arrêt pourchassé par les paparazzis, ça peut être saoulant de se voir réclamer des selfies, partout où l’on va.

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Et en même temps, ces caprices de star que la rumeur répand, où est le vrai du faux ? Dix pour cent ne ridiculise personne, surtout pas les acteurs et actrices françaises qui se prêtent au jeu de l’autodérision.

Ça n’a pas été facile de convaincre certain•es comédien•nes français•es, expliquait Cédric Klapisch, réalisateur de deux épisodes de la série, en interview à Ozap en 2015 :

« Ce n’est pas facile de jouer avec son propre nom. Quand on est Line Renaud, il faut assumer de jouer un personnage qui s’appelle Line Renaud et qui est très différent de vous !

Beaucoup d’acteurs ne voulaient pas faire croire que leur personnage dans la série puisse leur ressembler.

Et puis il faut de l’auto-dérision. C’est très courant en Angleterre et au Etats-Unis mais pas beaucoup en France… »

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Pour Camille Cottin, magistrale dans le rôle d’Andrea Martel

Camille Cottin, tu la connais peut-être par sa pastille « Connasse » sur Canal+, puis par le film Connasse, Princesse des Coeurs, dont elle tient le rôle principal.

Dans Dix pour cent, elle tient le rôle d’Andrea Martel, l’une des associées de ASK. Ses premières scènes en dresse un portrait insupportable : la meuf rappelle pas ses conquêtes (après tout, elle a le droit), mais elle crame ses assistantes l’une après l’autre, tellement elle est infecte.

À la fin de la saison, j’ai un crush sur elle, et à la fin de la 2ème saison, j’ai envie de l’épouser. Pourquoi ? Parce que son personnage est indestructible de façade, mais fragile à l’intérieur. Et Camille Cottin rend à merveille cette dualité.

Impitoyable lorsqu’elle poursuit un objectif, elle est incapable d’écouter ses tripes et de construire quelque chose avec son véritable crush.

La performance de Camille Cottin sur les deux saisons démarre très fort, et continue de monter crescendo.

Et puis bon, au passage, un personnage principal ouvertement lesbien sans que ce détail ne soit jamais montré comme original ou intrigant, ça fait du bien.

Dix pour cent est déjà une série du futur, dans le sens où la série normalise complètement des situations encore trop souvent décriées dans l’opinion publique, voire pire, dans les discours politiques…

Pour ses caricatures, et surtout celles qu’elles dénoncent, l’air de rien

J’aurais pu écrire : pour son féminisme discret. Mais j’ai compris depuis un moment qu’il est parfois plus efficace de montrer l’exemple, plutôt que de tenir de grands discours. Les personnages de Dix pour cent parlent mal, ils jurent, ils usent de métaphores viriles dont très souvent sexistes…

Mais c’est à travers les scènes de la vraie vie qu’ils mettent les pendules à l’heure. Les actrices sont-elles des poules de luxe ? Il faut les voir jongler entre la pression des conventions et leurs propres désirs. Entre carrière et famille, faut-il choisir ?

Quand on est une métisse canon qui veut percer dans le métier, doit-on accepter de jouer des rôles très stéréotypés, participer au renforcement de ces stéréotypes… et donc, par ricochet, au racisme ordinaire ?

Dix pour cent joue avec les codes et les idées reçues, pour rendre visibles les dilemmes qu’on ignore. La caricature est trop grande pour pouvoir être confondue avec la réalité, et la critique n’est pas assez subtile pour être accidentelle.

C’est bien écrit, je vous l’ai dit.

  • Dix pour cent saison 1 est sur Netflix ! 
  • Dix pour cent saison 2 sera diffusée sur France 2 à partir du 19 avril !

Le premier épisode de la saison 2 est disponible en avant-première !


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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • MelPop21
    MelPop21, Le 28 avril 2017 à 13h07

    Cette série pourrait être bien ... Si seulement les acteurs savaient jouer. Il y a très peu d'acteurs dans cette série qui joue vraiment bien (et non, même Camille Cottin qui s'en sort un peu mieux fait parfois de grosses fautes et j'en suis qu'à l'épisode 2) Ca sent trop qu'ils ont appris leur texte par coeur, il y a aucun naturel la-dedans. Vraiment dommage.

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