« Divines », un film bouleversant avec des adolescentes prêtes à bouffer le monde

Ce 31 août sort Divines, pépite cinématographique dont madmoiZelle est le fier partenaire. Puissant et bouleversant, servi par un casting en or, voilà un film qui ne vous laissera pas indifférent•e !

« Divines », un film bouleversant avec des adolescentes prêtes à bouffer le monde

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Divines.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Cette année au Festival de Cannes, le public de la Quinzaine des réalisateurs a ovationné pendant dix minutes le premier long-métrage de Houda Benyamina, une réalisatrice qui revient de loin.

Divines est né de sa perception des émeutes de 2005 et de sa propre colère. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le prix de la Caméra d’Or était largement mérité !

Divines, une histoire d’amitié irrésistible

Dounia a 15 ans, est surnommée la Bâtarde, habite dans un camp de roms et passe ses journées dans la cité. Sa mère est paumée et alcoolique : Dounia ne peut compter sur personne à part Maimouna, sa meilleure amie.

Guidée par sa rage, son envie de s’élever au-dessus de sa condition, elle va quitter son BEP accueil et commencer à travailler pour une dealeuse, entraînant avec elle Maimouna.

À côté de la violence et la dureté qui émaillent leur quotidien, l’humour et la luminosité du duo d’amies semble pouvoir tout braver. Divines, ce sont ces deux jeunes filles qui affrontent la vie ensemble, qui font toujours bloc.

Tout semble les opposer (familles, convictions, caractères… le tout symbolisé par leurs apparences), mais leur inconditionnelle complicité est drôlement belle à voir. Elles sont si fortes, drôles et inventives ; on suit leurs combines, leur culot, et elles nous plongent dans des scènes galvanisantes !

Divinités et dangers

L’humour frais et le naturel percutant des dialogues contribuent à rendre Divines captivant, nous embarquant dans son univers et ses personnages en demi-teintes.

Leur figure de proue est peut-être la dealeuse Rebecca, qui livre une réplique drôle déjà culte (« T’as du clitoris, j’aime bien ») mais devient vite inquiétante, mesurant par exemple le courage de Dounia en lui mettant de force une arme dans la bouche…

À lire aussi : Ode à ces personnages féminins badass aux poings nerveux et cheveux courts

Du comique au tragique, le film alterne mais n’hésite jamais : la musique d’opéra, la place prémonitoire de la religion et de la superstition, l’appât de l’argent facile érigé en péché mortel… Divines suggère une tragédie contemporaine, tout en bouleversant et s’appropriant codes et genres.

Divines, un film féministe et humaniste

Des films français avec des dealeurs dans la banlieue, on en a déjà vus, mais avec des filles aux postes de pouvoir, jamais. Ici, celle qui domine, c’est Rebecca. Elle mène son réseau d’une main de fer, se fait conduire en décapotable au milieu des tours et entretient chez elle un bel éphèbe en sous-vêtements.

La sensibilité, l’art (ici la danse), la morale — attributs généralement caractéristiques des personnages féminins — sont laissés au garçon convoité par Dounia, renversant les codes genrés. La quête de « money, money, money » et de pouvoir est menée par les femmes, plongées au coeur d’une violence qui ne les épargne pas.

divines-dounia-billets

Le film se développe ainsi autour de la rage de Dounia, sa rage de s’en sortir, d’être indépendante, d’avoir du pouvoir et décider de sa vie.

Pourtant quand des journalistes font remarquer à Houda Benyamina le féminisme de son film, elle rejette le terme, préférant le qualifier d’humaniste. Si ses qualités féministes sont indéniables, elles s’inscrivent en effet dans une invitation générale à penser au-delà des limites et oppositions sociales traditionnelles.

divines-bande-filles

Tout sauf manichéen, Divines nous offre une vision très mesurée des réalités difficiles qu’il dépeint. Extrêmement juste (dans tous les sens du terme), il montre une grande empathie.

On nous suggère qu’il n’y a pas de coupables ni de solution toute trouvée : on comprend les profs moralisateurs comme les élèves insolents, les dealeurs comme les gens rangés, les pompiers qui refusent d’intervenir comme les jeunes désespérés et en colère qui leurs envoient des projectiles… Mais le film ne tombe jamais dans le misérabilisme.

Pour autant, cet aspect « social » n’empêche pas une grande dimension artistique. Divines se distingue aussi par la beauté et l’efficacité de ses morceaux de danse, de la photographie, de la mise en scène ; par un très bon usage de la musique, et une sensibilité exacerbée. Superbement orchestré, il prend aux tripes.

divines-danse

Divines, film coup de poing

Le dénouement a parfois été critiqué, mais là où Bandes de filles m’avait donné l’impression d’abandonner un peu brutalement ses héroïnes à la dureté de leur sort après avoir loué leur insouciance adolescente, Divines mène jusqu’au bout son histoire — avec toutes ses complications et ce qu’elles impliquent.

Le film nous tient en haleine jusqu’à la fin, étant aussi bien réalisé qu’incarné. Le trio central d’actrices, la puissante Oulaya Amamra en tête, vaut pour lui seul le coup de voir Divines. Impossible de ne pas sortir bouleversé•e de ce bijou !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Viens apporter ta pierre aux 8 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Lunafey
    Lunafey, Le 1 janvier 2017 à 21h48

    Je viens de le voir, je l'ai trouvé très juste, vraiment bon. Ce qui est dit dans l'article est vrai : y a pas de manichéisme, on comprend tout le monde peut importe son "camp", ce qui donne un puissant sentiment d'impuissance parce qu'on se dit que c'est la faute à personne et la faute à tout le monde. C'est ce genre de film qui, je pense, peut permettre à chacun de s'appréhender et d'essayer de trouver des solutions. En fait ça parle de la vie de Dounia, mais en filigrane ça parle plutôt des conditions de vie de certaines personnes de cité (ou plutôt de camp pour Dounia) et du pourquoi du comment on peut prendre les décisions qu'elle prend, décisions que tant de personnes refusent d'essayer de comprendre, croyant que "expliquer c'est excuser" et croyant qu'en fermant les yeux et les oreilles le problème se résoudra tout seul.
    Si vous savez pas quoi regarder ces prochains jours, foncez !

Lire l'intégralité des 8 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)