Les femmes disent moins « non » au travail… et si on s’y mettait ?

Les femmes n'osent pas dire non au travail, selon une étude relayée par Forbes qui place le plafond de verre sous un nouvel éclairage.

Les femmes disent moins « non » au travail… et si on s’y mettait ?

On sait depuis longtemps que les femmes sont très nombreuses à rencontrer tôt ou tard dans leur carrière le fameux « plafond de verre » qui les freine pour parvenir aux postes les plus hauts. Jusque-là, la recherche l’attribuait principalement au fait qu’elles seraient plus réticentes à négocier leur salaire ou à entrer en compétition avec leurs collègues.

Mais la chercheuse Linda Babcock, accompagnée de cinq autres scientifiques, vient de publier une étude qui approfondit cette analyse.

Linda Babcock passait un temps considérable à rendre service, temps qui lui manquait alors pour se consacrer à ses recherches.

L’idée est née d’un constat personnel : elle manquait de temps pour se consacrer à ses recherches, notamment parce qu’elle passait beaucoup d’heures à réaliser des tâches secondaires qui ne lui rapportaient rien en terme d’avancement de carrière.

Par exemple, elle siège au conseil de l’université, une activité très chronophage mais qui ne lui permet pas de se distinguer par les articles qu’elle publie. Et très rapidement, en enquêtant autour d’elle, elle a compris que beaucoup de ses collègues féminines vivaient la même situation.

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Davantage de sollicitations pour les femmes

En partant de ce constat, Linda Babcock et son équipe ont cherché à comprendre si cette situation était due à leur genre, et si tel était le cas, pourquoi elles n’avaient pas encore trouvé de solution pour remédier à ce problème.

Première étape : elles ont cherché à savoir si les femmes et les hommes s’estimaient aussi concerné•es par ces services rendus en parallèle de leurs missions.

Les activités pratiquées en parallèle des missions professionnelles sont bénéfiques à l’institution, mais pas aux femmes, que ce soit au niveau personnel ou à celui de leur carrière.

En commençant par le milieu universitaire, elles ont interrogé des personnes sur leur perception du niveau de sollicitation dont elles faisaient l’objet… et bingo : les femmes consacrent en moyenne 4,6 heures de plus que leurs collègues masculins à apporter du soutien à des étudiant•es, à siéger à des commissions, etc. Des activités qui sont bénéfiques à l’institution, mais qui ne leur apportent rien au niveau personnel.

En poursuivant leurs expériences, elles ont constaté le même phénomène chez les professions intermédiaires, dans lesquelles les femmes se considèrent généralement plus sollicitées lorsqu’il s’agit d’écrire un rapport ou d’organiser un événement tel qu’un pot de départ.

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De la pression sociale au cercle vicieux

Les premières explications sur cette différence d’implication se basaient sur l’idée que les femmes étaient plus enclines à répondre à ce type de sollicitations par l’affirmative, car elles sentent une pression sociale négative à l’idée de dire « non ».

À l’inverse, il ressortait de ces questionnaires que les hommes qui répondaient favorablement à ces demandes, déjà moins nombreux, y associaient des idées positives pour leur carrière, comme la possibilité de demander une faveur à leur tour dans le futur.

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Pour confirmer leur intuition, les chercheuses ont mené des expériences en laboratoires où elles constituaient des groupes de trois personnes.

Elles leur proposaient d’accomplir une tâche bénéfique au groupe dans son ensemble, mais associée à si peu de reconnaissance personnelle que l’on ne souhaite s’y consacrer que si personne d’autre ne se propose. Et elles ont constaté que les hommes s’investissaient en moyenne 2,1 fois dans une série de 10 situations, contre 3,5 pour les femmes.

On attend davantage des femmes qu’elles s’occupent de ce genre de tâches secondaires, ce qui les conduit à ne pas oser dire « non » et à délaisser leur carrière.

En menant la même expérience en groupes unisexes, elles ont constaté que les hommes augmentaient leur taux d’investissement alors que les femmes le réduisaient. Elles ont vu dans cela « la preuve que l’écart initial entre les genres est le fruit de croyances différentes entre les hommes et les femmes dans la propension des un•es ou des autres à s’investir ».

Pour faire simple, les femmes comme les hommes pensent que l’on attend davantage d’elles qu’elles prennent la responsabilité d’effectuer ce genre de tâches… ce qui les conduit à ne pas oser dire « non » et à influencer négativement leur carrière. Bonjour le cercle vicieux !

À lire aussi : Comment avoir confiance en soi quand on est une femme ?

Apprenons à dire « non » !

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Maintenant qu’on a ces explications, quelles sont les solutions ? La première est de sensibiliser les manager•euses pour qu’ils/elles soient plus vigilant•es et confient ces tâches secondaires de manière équitable.

Mais les chercheuses expliquent aussi avoir elles-mêmes remédié à ce problème en créant un « I Just Can’t Say No group » : l’idée est de se soutenir lorsque l’on doit faire face à ce type de demandes pour, d’une part, analyser correctement le rapport coût-bénéfice de la mission, et de l’autre, s’épauler pour trouver des manières de dire « non ».

Alors, qu’est-ce qu’on attend pour se demander à nous-mêmes ce que nous sacrifions en répondant positivement à une faveur, et pour enfin oser dire « non » ?

N’hésitez pas à en parler dans les commentaires, car comme le confirme Laurie Weingart, l’une des chercheuses :

« On a réussi parce qu’on a dit « oui »… mais c’était en prenant les bonnes décisions. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Destiny Nova
    Destiny Nova, Le 7 juillet 2016 à 19h04

    Je vous encourage vraiment à dire "non".
    Honnêtement, ça ne changera rien à votre statut.
    De toute façon, dire tout le temps "oui" ne changera rien non plus. Enfin si, mais généralement, on va vous en demander toujours plus.
    Je travaille depuis une dizaine d'années et c'est toujours le même refrain:
    il y a des gens qui disent tout le temps non, qui rouspètent dès qu'iels sont obligé.e.s de faire des choses en plus, et résultat, ce n'est pas à ces personnes qu'on demande quelque chose en priorité.
    Il y a toujours des gens sympa qui disent oui et à qui on demande, encore et encore. Ces personnes ne sont pas payées plus, c'est souvent galère pour elles de poser des congés et si par malheur, iels posent les pieds ds la plat en disant "non", il y a des retours de manivelles (sur mon lieu de travail, deux collègues ont dit qu'elles ne feraient pas d'heure sup', qu'elles avaient autre chose à faire chez elle. Cela fait des mois que mes collègues font des heures sup' dans le cadre de l'accréditation qualité (moi, un peu moins, je suis là en CDD et je pars fin août, donc j'accumule pas trop parce que je récupère mes heures sup', hors de question d'en faire cadeau). Hé bien certaines de mes autres collègues les ont prises en grippe et ont râlé parce qu'elles sont parties à l'heure...).
    Il y a toujours des gens paresseux qui arrivent en retard le matin et partent à l'heure le soir. Personne ne leur dit rien. Si vous arrivez un jour en retard à cause d'un problème avec les transports en commun alors qu'aucune grève n'est annoncée, ils vont vérifier si ce que vous dites est vrai.
    Avec tout ça, quand j'arrive pour un nouveau travail, je ne dis pas oui à tout, voire je prétexte des rendez-vous médicaux (il est alors très facile de partir à l'heure voulue puisque vous ne devez pas arriver en retard, et que bon, j'aurais pu avoir mon rendez-vous pendant mes heures de travail, ce qui aurait impliqué que je prenne congé...).
    Vous devez absolument être la personne qui pose les limites en premier, même si c'est dur parce que vous êtes d'un caractère conciliant, ce sont de futures tensions que vous évitez. Après, il sera trop tard ou plus difficile de vous faire respecter.

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