Les premiers déclics et combats féministes de la rédac’ — Témoignages

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Les Conquérantes, c'est l'histoire d'une prise de conscience féministe à l'échelle d'un village. À la rédaction, Esther en a profité pour demander quels avaient été les déclics féministes des unes et des autres !

Les premiers déclics et combats féministes de la rédac’ — Témoignages

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Condor Distribution.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Je pense qu’on ne naît pas féministe.

On n’est pas confronté•es tout de suite aux inégalités, d’une part. Ou bien elles sont notre « normal », on ne perçoit pas vraiment que ça cloche… Jusqu’à ce que.

Un événement, un détail, une injustice nous saute aux yeux.

Les Conquérantes, l’histoire d’un déclic féministe à l’échelle d’un village

Dans Les Conquérantes, Nora n’est pas spécialement militante féministe. Jusqu’à ce qu’elle prenne conscience de certains faits.

Oui, elle veut donner son avis et avoir le droit de voter, elle aussi. Non, ce n’est pas normal que son mari se permette de lui interdire de travailler au prétexte que ça porterait atteinte à son image virile.

Non, enfermer une jeune fille au prétexte qu’elle a des « moeurs légères » n’est pas juste. Oui, elle a le droit d’exiger de jouir.

Alors peu à peu, elle s’éveille au féminisme, et devient une pionnière de ces combats dans son village au fin fond de la Suisse.

Et moi, quel a été mon déclic ?

En sortant de la projection, je me suis demandé comment moi, j’étais devenue féministe. Et honnêtement, je ne sais pas très bien je crois.

En fait, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu montrer que j’étais aussi capable que les garçons, et tant pis si la grammaire disait le contraire. Que j’étais forte. Et que je ne me laissais pas faire.

Mais si je dois mettre le doigt sur l’événement qui m’a fait verbaliser ce féminisme pour la première fois, c’est lorsque j’ai découvert que dans le collège de ma cousine, en sport, les filles faisaient de la danse pendant que les garçons jouaient au rugby.

Dans le mien, tout le monde faisait rugby, et j’ai imaginé qu’on me contraigne à faire de la danse à la place… J’aurais trouvé ça tellement injuste, de ne pas avoir le choix. 

À force de réfléchir, j’ai décidé de demander à la rédac quels avaient été les déclics féministes des unes et des autres, les premiers combats menés.

Le Slut-shaming, cette plaie à éradiquer.

Un peu comme moi, Anouk a toujours eu cette vibe féministe.

« J’ai grandi dans une famille ouvertement féministe. Du coup, ma mère m’a toujours laissée faire ce que je veux, m’habiller comme je veux, et j’ai toujours eu relativement conscience que le reste de la société n’était pas aussi avancé.

C’était souvent sur des faits subtils, comme quand je lisais dans des magazines, ou que j’entendais à la télé que les meufs qui s’habillent trop courts sont vulgaires ou ce genre de remarques.

Je savais que c’était de la merde mais comme je grandissais depuis toujours dans ce monde, ça n’a jamais retenu mon attention plus que ça, ou mis en colère. Je me disais juste que les gens étaient cons, point. »

Mais ce qui l’a extrêmement saoulée à un moment, c’est l’idée qu’une fille qui couche, c’est une salope :

« Enfin ça, c’est jusqu’au jour où je suis partie en colo de vacances à 15 ans, et qu’un couple a été chopé en train de niquer. Le mec a été vu comme un héros, et des gars ont créé une chanson en soumsoum sur « la plus grosse salope du camp ».

Du coup, comme c’était une colonie musicale, j’ai écrit un rap sur ce double standard et même si j’étais une piètre rappeuse, je peux vous dire que j’ai reçu une ovation ! Mic drop. »

Il faut parler de masturbation féminine !

Tant qu’on parle un peu sexualité, Elise, en stage d’observation d’une semaine, m’a raconté son premier combat, à l’échelle de son lycée.

« J’étais en quatrième quand j’ai rencontré ma meilleure amie, et avec elle, tout mon groupe de potes. Pour nous, c’était le début des grosses discussions que les parents et les profs ne devaient pas entendre.

Ce dont on parlait beaucoup, c’était la masturbation des gars. Eh oui, seulement la leur !

J’en ai parlé à ma meilleure amie, qui m’a répondu, scandalisée « quoi tu te masturbes pas ? Mais meuf essaye c’est de la balle ».

L’expérience fut concluante et j’ai trouvé dégueulasse que l’on puisse parler de masturbation masculine sans que ça pose problème et qu’à l’opposé, l’on doive baisser les yeux et avoir l’air gênée quand on est une fille. »

À lire aussi : Comment (bien) toucher une vulve ?

Alors ni une ni deux, Elise a pris la parole.

« Pour contrer ce sentiment, j’en ai parlé à tout le monde, tout le temps.

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je sais pas si c’est un peu grâce à moi et aux potes qui ont suivi, mais les choses commencent un peu à bouger, dans mon lycée au moins. »

Le partage des tâches ménagères, un cheval de bataille toujours actuel

Pour d’autres, c’est au sein de leur famille qu’elles ont eu le sentiment de subir leur première injustice. C’est le cas d’Alison.

« J’étais à un repas de famille, tout le monde venait de finir de manger et c’était le moment de débarrasser les assiettes du plat principal pour passer au dessert.

Tout le monde avait mangé mais seules les femmes et les filles, de toutes les générations, se levaient pour aller dans la cuisine faire la vaisselle. »

Malgré les regards désapprobateurs de certaines femmes de sa famille, Alison a alors décidé que, comme ses cousins, elle ne se lèverait pas pour aider.

« Quand j’ai eu droit à la phrase : « Viens aider à la cuisine », j’ai tout simplement dit que je viendrai, si les garçons aussi se levaient pour venir de faire la vaisselle. J’en avais assez qu’on m’oblige à faire des choses sous prétexte que je suis une fille et qu’on me fasse culpabiliser ou qu’on me réprimande quand je refusais de les faire. »

NOPE. 

« C’était injuste et sexiste. Mes cousins n’ont jamais eu une seule réflexion sur le fait qu’ils restent toujours assis et qu’ils n’aident jamais en cuisine, alors je n’ai plus jamais levé mes fesses pour venir aider.

C’est plus tard que j’ai compris que mon geste était féministe, et que les femmes peuvent aussi contribuer à la perpétuation des inégalités. »

Marre de s’infliger des complexes

Mymy, quant à elle, a eu une prise de conscience progressive à la lecture de certains magazines.

« Pendant des années, ma petite soeur était abonnée à un mensuel féminin. Tous les mois, je le lisais aussi et… je me sentais toujours mal en le terminant.

Ok, je n’ai jamais été très « féminine », j’ai toujours su que j’avais un aspect « garçon manqué » comme on dit, mais là, ça devenait un souci. J’avais l’impression que je ne serai jamais assez bien, jamais assez une femme accomplie, qui mange du quinoa, fait du 36 et gère son couple, ses études, son taf, son envie de changer le monde, son look, son tour de poitrine… tout à la fois.

J’ai fini par avoir un déclic en lisant d’autres sons de cloche sur Internet, par comprendre que cette femme qu’on me vendait, elle n’existe pas, et que je n’avais aucun intérêt à me foutre des complexes tous les mois. »

C’est alors que Mymy s’est mise à chercher d’autre modèles, de ceux qui ne mentent pas, « loin des injonctions ».

« J’ai trouvé sur Internet d’autres voix qui me disent : tu es normale, tu es assez bien, tu es complexe et nuancée, tu es humaine.

Je pense que c’est ça, le premier truc que j’ai voulu changer dans la société : l’écrasant nombre de femmes qui pensaient lire un manuel de la vie heureuse et qui finissaient par lire un guide des complexes mensuel, pour 1€ seulement chez votre marchand de journaux. »

Faire sauter les tabous !

Elise a aussi été confrontée à ce type de décalage, mais plus tard.

« Je pense que je suis dans une démarche féministe depuis longtemps sans avoir vraiment eu de grosse prise de conscience ou d’élément déclencheur notable.

Mais c’est quand j’ai compris le gros décalage entre les médias sur le sujet que ça m’a mis ma première grosse claque.

C’était lors d’une soirée avec des journalistes d’autres magazines d’un peu partout dans le monde.

Je discute avec une de ces personnes qui me dit que dans sa ligne édito de magazine, il y a des sujets dont ils ne parlent pas, qui ne sont « ni glamour ni mode », comme les règles.

J’ai senti un gros noeud dans mes tripes, et c’est là que j’ai réalisé que la route était encore bien longue, surtout pour des médias qui parlent directement aux jeunes femmes. »

Et le tien alors, c’était quoi ? À quel moment tu t’es dit que le féminisme avait encore de longs jours devant lui, et que ta contribution au combat serait bienvenue ? 

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Commentaires
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  • Kmarlou
    Kmarlou, Le 13 novembre 2017 à 12h02

    Je n'ai pas l'impression d'avoir eu un vrai déclic.
    Déjà j'ai eu la chance d'avoir été élevée par des parents qui ne me limitaient pas et sans distinction avec mes 2 petits frères (même si on a été + "éduqués" Par ma mère, Mais justement c'est une féministe dans l'âme, Et en tant que modèle, Elle est très sportive. A rencontré mon père dans une école d'ingénieur informatique ) donc pour moi il n'y avait pas de raison à ce que je sois moins bonne que les garçons en sciences... Et j'étais fière de courir +vite que toutes les filles et que certains garçons.

    Je pense que j'ai été sensibilisée de façon inconsciente et les inégalités me revoltaient déjà.
    Je me souviens qu'en primaire j'avais lu une BD pour donner mon avis dans un magazine pour enfant. J'avais bien aimé la BD et attribué la note de 19. Je n'avais enlevé qu'un point parce que le seule personnage féminin était cantonné au rôle "d'infirmière" de la bande de copain. J'avais expliqué cette raison dans mon commentaire accompagnanila note.
    Quand j'avais vu, lors de la publication du magazine, que ma copine et l'autre enfant chargés de juger avaient mis des notes + basses (genre 16 et 18 ) J'ai regretté de ne pas avoir enlevé+ de point pour ce seul critère...

    Je pense que sinon, madmoizelle m'a permis ces dernières années de prendre encore+ conscience de ces problèmes et à réagir+ souvent, entre autre à faire gaffe au slut-shaming...

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