Décryptage : la crise syrienne

Pondu par L. M. le 11 mai 2012     

Depuis mars 2011, la Syrie est au coeur de l’actualité. Secouée par une révolte violemment réprimée qui a déjà fait près de 12 000 morts, le pays semble dans l’impasse. Retour sur cette dramatique situation.

Située au croisement de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe, la République arabe syrienne est un petit État de 23 millions d’habitants dirigé depuis 1964 par la famille el-Assad. Bordée par l’Irak, Israël, le Liban, la Turquie et la Jordanie et placée à proximité de l’Iran, l’Arabie Saoudite et l’Égypte, la Syrie est dans une région particulièrement stratégique et sensible.

Son économie est essentiellement tournée vers le commerce international, puisque 70% de son PIB provient des exportations de fruits et légumes, de pétrole et de bétail, mais est fortement corrompue.

La population syrienne est jeune (77% de moins de 35 ans), essentiellement urbaine et éduquée, composée de 90% de musulmans (dont 74% de sunnites et 10% de alaouites, dont sont issus les el-Assad) et 10% de chrétiens.

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On est là !

La Syrie a accédé à l’indépendance en 1946 et a vu 21 gouvernements se succéder pendant les 24 années suivantes, jusqu’au coup d’État ayant porté Hafez el-Assad (le père de Bachar) au pouvoir en 1964. Celui-ci rédige alors une nouvelle Constitution instaurant un régime républicain dans lequel le Président, qui bénéficie d’importants pouvoirs, est nommé par le Parlement et doit être plébiscité par référendum tous les 7 ans. Mais Hafez el-Assad déclare rapidement l’état d’urgence, en le justifiant par la menace représentée par Israël, et peut ainsi promulguer des lois sans les soumettre au Parlement, détruisant ainsi la nature républicaine dont se prévaut pourtant son pays. En réaction, des insurrections menées par les Frères Musulmans éclatent dès les années 1970 et aboutissent au siège de Hama en 1982 qui fait près de 20 000 morts civils.

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Bachar el-Assad, "en phase avec les préoccupations du peuple"

Bachar el-Assad, qui ne se destinait pas à une carrière politique (il est ophtalmologiste de formation), est « élu » président en 2000 à la mort de son père. Les espoirs de démocratisation nés de son arrivée au pouvoir sont rapidement balayés. Bachar el-Assad est entouré par le parti Baas et par un monde des affaires complètement corrompu. L’armée syrienne, particulièrement puissante, est l’un des piliers du pouvoir. Férocement opposée aux réformes, elle est la 5ème armée mondiale en terme de recrues et dispose du soutien du Hezbollah libanais.

En 2005, les relations historiques entre la Syrie et son voisin libanais prennent un tournant complexe : l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri est assassiné et la Syrie est accusée de cet attentat. Elle est ensuite contrainte par la communauté internationale à retirer ses troupes du territoire libanais dont elle influençait la politique depuis des années. La Syrie est alors mise au ban des relations internationales jusqu’en 2007, date à laquelle la diplomatie française décide de faire du régime syrien l’un de ses alliés pour maintenir la stabilité au Proche-Orient.

La révolte

Le Printemps arabe, qui a débuté en décembre 2010, incite les Syriens las de 48 ans de dictature à faire valoir leurs revendications de démocratisation. Contrairement à l’Egypte, la Tunisie ou encore la Libye, il n’est d’abord pas question pour la population de faire chuter le régime, simplement de pousser le gouvernement à engager des réformes. Bachar el-Assad affirmait en janvier 2011 que les révolutions arabes n’atteindraient pas la Syrie car le gouvernement prenait en compte « la dignité et les sentiments du peuple, qui participe aux décisions de son pays » et qu’il « faut rester en phase avec les préoccupations du peuple« .

Mais les promesses du gouvernement ne convainquent pas, et après plusieurs appels à manifester vivement sanctionnés en février, des milliers de personnes descendent dans les rues à partir du 15 mars. Des groupes de manifestants recourent finalement à la violence en incendiant des bâtiments publics, et l’armée réprime de plus en plus brutalement les rassemblements. La révolte prend de l’envergure et l’escalade de la violence continue. Le gouvernement tente d’apaiser les troubles en relâchant des prisonniers politiques ainsi qu’en abrogeant l’état d’urgence en vigueur depuis 48 ans, mais le point de non-retour est atteint et les manifestants réclament sa chute. La rébellion s’organise difficilement. Des comités locaux se fédèrent en Conseil National Syrien, et une Armée syrienne libre se met en place, mais sans faire le poids face à l’armée régulière.

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Terminator party à Damas

Au cours des 14 mois qui suivent, la protestation ne faiblit pas malgré la disproportion des moyens utilisés par l’armée face à la population. 12 000 personnes sont mortes depuis le début des troubles et des dizaines de milliers d’autres sont arrêtées, souvent torturées par les forces loyales au régime. Les civils, y compris les enfants, ne sont pas épargnés. L’armée syrienne pilonne lourdement les villes (notamment Homs), et l’ONG Human Right Watch rapportait dès juin 2011 qu’elle n’avait « jamais vu pareille horreur ». Amnesty International recense quant à elle 31 formes de tortures utilisées par les forces syriennes.

Pourquoi la communauté internationale n’agit-elle pas ?

L’expert Michael Weiss constate que la révolte syrienne est « la plus libérale et la plus pro-Occident de tous les soulèvements du printemps arabe. C’est aussi celle qui est la moins soutenue par l’Occident« . Alors comment expliquer l’inaction de la communauté internationale ?

La Syrie occupe une place stratégique au Proche Orient. Sa place au carrefour de trois continents, son accès direct à la Méditerranée, sa frontière avec le Liban, Israël et l’Irak et la proximité de l’Iran poussent l’historien français Olivier Roy à affirmer que « la Syrie est presque le seul pays où le printemps soi-disant arabe pourrait changer le concept géostratégique de la région« . Le maintien ou la chute du régime de Bachar el-Assad est donc un enjeu considérable, non seulement pour le Proche et Moyen-Orient, mais également pour tous les États ayant un intérêt dans la région… Et ils sont nombreux !

La Russie, par exemple, a perdu  un certain nombre d’alliés dans cette zone du monde à cause du Printemps arabe et attache une importance particulière au maintien de ses liens historiques avec la Syrie et les el-Assad. Entre 2007 et 2010, elle aurait vendu au régime syrien du matériel militaire pour 4,7 milliards de dollars, et continuerait à fournir à Damas des armes (malgré l’embargo international), de la nourriture et des médicaments. Au Conseil de sécurité, la Russie bloque systématiquement tout projet des Nations-Unies évoquant une intervention armée, et empêche donc toute action internationale légale.

C’est également le cas de la Chine, qui, prônant comme à son habitude la suprématie du principe de droit international qu’est la non-ingérence dans les affaires d’un État, s’appuie sur l’échec qu’a représenté pour elle l’intervention militaire en Libye (l’OTAN aurait dépassé son mandat de protection de la population en n’arrêtant les hostilités qu’à la mort de Kadhafi) pour refuser un nouveau recours à la force.

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Kofi Annan, l'homme de la situation ?

L’Organisation des Nations Unies, dont le Conseil de sécurité est contraint à ne prendre que des déclarations sans réel impact pour le régime syrien, a peut-être trouvé un début de solution en nommant son ancien Secrétaire Général Kofi Annan au poste de médiateur. Celui-ci a proposé un plan de paix en 6 points (fin de la violence, dialogue politique, aide humanitaire, fin des détentions arbitraires, liberté pour les journalistes et libertés civiques pour les Syriens) et l’envoi de 300 observateurs sur place, mais sans effets positifs pour le moment. Un convoi d’observateurs a d’ailleurs été attaqué hier matin, faisant au moins 40 morts et 170 blessés.

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  1. leochleoch

    Le 11 mai 2012 à 23:46

    c'est terrible tout de même.. et dire que j'ai une amie syrienne qui soutien le gouvernement.. Sa famille fait partie de la minorité chrétienne, assez fortunée. Elle (et sa famille) sont totalement endoctrinés, c'est insupportable. Elle vit en France mais même sa famille en Syrie nie les faits..

    Enfin bon, espérons que ça finisse enfin par s'arranger!..
  2. TanteJuliaTanteJulia

    Le 12 mai 2012 à 13:19

    @leoch entre autre:

    J'ai plusieurs connaissances sur place, suite à un voyage et ils m'ont rapporté des choses différentes de ce qu'on peut voir dans les média, notamment que lorsque les révoltes ont commencé, en demandant notamment une augmentation des salaires, le gouvernement a mis en place des mesures pour y répondre favorablement.
    Le problème s'est posé à partir du moment où des partis extrémistes de l'opposition ont décidé de s'y mêler, en étant à l'origine de plusieurs explosions. C'est à partir de ce moment-là que les forces armées sont intervenues (en même temps, quoi de plus normal? Quand des bureaux de fonctionnaires avec des gens innocents sautent…). Certains de mes connaissances sur place m'ont même dit qu'elles avaient tellement peur des extrémistes qui essayaient de prendre le pouvoir dans certains quartiers qu'elles mettaient le voile en rentrant chez elles alors qu'elles ne le portaient à la base.

    En passant, certaines de mes connaissances sont de l'opposition, l'affiche clairement et n'ont jamais été menacé de quoique ce soit.

    Je ne dis pas que tout est rose là-bas, loin de là même, mais simplement que les différences entre les sources sont assez étonnantes et, à partir de là, il est difficile de se forger une opinion claire de la situation sur place (et accessoirement, je pense, à titre personnel, que l'occident devrait éviter de s'en mêler: d'une part, parce qu'elle a ses propres soucis à régler et d'autres part, parce qu'à chaque fois que ça a été le cas, la situation dans les pays concernés sont passés de pas top à horrible).

    (petit ps: on dit ophtalmologue, pas ophtalmologiste ;) ).
  3. L. M.L. M.

    Le 12 mai 2012 à 21:07

    Posted by Scapula
    (petit ps: on dit ophtalmologue, pas ophtalmologiste ).

    On peut dire les deux, je m'étais renseignée. ;)

    Ton témoignage est très intéressant ! Il est vrai que Bachar el-Assad a quelque peu amélioré la situation du pays, il n'en reste cependant pas moins qu'il n'a pas été démocratiquement élu, qu'il a fait arrêter des dizaines d'intellectuels, que des milliers de civils sont morts à cause de sa politique, et quela torture est monnaie courante en ce moment. D'un point de vue personnel, je ne pense pas qu'un homme capable de commanditer de tels massacres doive rester au pouvoir, quelles que soient les circonstances.

    Par contre, je suis d'accord avec toi, je ne pense pas que l'Occident doive intervenir pour l'instant puisque les syriens eux-même (au contraire des libyens) ne le demandent pas. Mais je ne pense pas non plus qu'on doive rester à ne rien faire. :)
  4. chb17chb17

    Le 12 mai 2012 à 22:10

    Je serais plus raide que Scapula : je trouve que cet article fait un peu trop de propagande.

    Laura dit que le commerce d'armes avec la Russie et la Chine fait des paquets de milliards, mais elle ne dit rien des armes des pays voisins.

    Elle nous parle des milliers de rebelles, mais pas de millions de gens normaux. C'est parce que la famille de Scapula ne passe pas sur Youtube ?

    Elle dit que c'est le "point de non retour", mais elle ne comprend pas que personne en Syrie ne veut que le pays tombe dans le même chaos que la Lybie.

    On sait bien que la famille el Assad n'est pas exemplaire, et on n'aime pas la répression, mais pourquoi faudrait-il « changer le concept géostratégique de la région« sans s'occuper des élections qui se sont tenues dans le pays ? A la limite, on se demande si la démocratie qu'on veut pour la Syrie, c'est le droit de vote, ou si c'est les attentats qui font plaisir aux Etats ayant un intérêt dans la région? Y compris ceux qui font de la répression ! !

    Finalement, on dirait que l'impasse comme vous dites dans le titre, c'est ça que vous souhaitez, pour que les rebelles gagnent. En attendant, c'est eux qui ont intérêt à faire peur et à détruire. Parce que plus ils feront de victimes, plus on entendra que « l'ONU ne fait rien » contre Bachar, et hop l'humanitaire soit disant.

    Au moins, la Terminator Party de votre photo, avec des matraques pas si sympa, a l'air plus cool que les barbus kamikazes.
  5. TanteJuliaTanteJulia

    Le 13 mai 2012 à 01:24

    Posted by Laura Minelli
    On peut dire les deux, je m'étais renseignée. ;)


    Ah, dans ce cas, autant pour moi :)

    J'aimerais connaître tes sources pour l'arrêt des intellectuels (quand on sait qu'au contraire, le président actuel a fait passer plusieurs réformes pour permettre aux étudiants de mener à bien leurs études et de s'instruire afin d'avoir une population d'intellectuel nécessaire au développement du pays - lui-même ayant fait ses études au Royaume-Uni) et la mort des civils.
    Quant à la torture, je ne défendrais pas cela, bien entendu, je dirais même que ça m'horrifie.
    Ceci étant dit, dans un pays qui a longtemps été sous le commandement d'Hafez El Assad et où la torture était monnaie courante, quelle peut être l'implication de l'actuel président et à quel degré? Et si l'actuel président tombe, qui prendra la relève? Je me pose la question tout en sachant que la majorité de l'opposition consiste en des extrémistes religieux et les restants ont un passé assez tumultueux les rendant peu crédibles.

    Quant à ta conclusion, je la trouve ambiguë, je suppose que c'est voulu. Effectivement, le peuple syrien ne demande l'intervention de personne pour le moment (combien y a-t-il de "révolutionnaire" sur les plus de 20 millions d'habitants, d'ailleurs?) et quand bien même intervention, il doit y avoir, elle se devra d'être pacifique et faite par l'ONU et non par les pays occidentaux, surtout quand on sait qu'ils y ont des nombreux intérêts stratégiques (géographiquement, de par son accès à la mer méditerranée notamment et politiquement, de part son rôle dans la coalition de certains pays arabes).

    Et encore une fois, je suis loin de nier qu'il existe des problèmes, je sais pertinemment que tout n'est pas rose-bonbon-les-licornes-font-des-arcs-en-ciel, Je m’interroge exclusivement dans l'intérêt du peuple syrien, sans défendre aucune idéologie politique finalement.
  6. L. M.L. M.

    Le 13 mai 2012 à 10:41

    @Scapula Pour les intellectuels, je fais référence aux événements qui ont suivi le printemps de Damas en 2001. L'un des exemples de ces intellectuels est là, une rapide recherche sur Google te confirmera la vague d'arrestations qui a suivi le début d'ouverture du pays à cette époque.

    Quant aux civils, sur les 12000 personnes mortes lors des 14 derniers mois, il y avait (mardi dernier) 8515 civils, et 3410 militaires (dont 700 dissidents).

    Pour ton paragraphe sur la relève de el-Assad, je suis d'accord, l'incertitude règne et le résultat ne sera pas forcément positif mais ça aura forcément un impact sur la région, c'est ce que j'essayais de dire en citant Olivier Roy.


    Posted by chb17
    On sait bien que la famille el Assad n'est pas exemplaire, et on n'aime pas la répression, mais pourquoi faudrait-il « changer le concept géostratégique de la région« sans s'occuper des élections qui se sont tenues dans le pays ? A la limite, on se demande si la démocratie qu'on veut pour la Syrie, c'est le droit de vote, ou si c'est les attentats qui font plaisir aux Etats ayant un intérêt dans la région? Y compris ceux qui font de la répression ! !

    Je crois que tu fais référence à ça :

    « la Syrie est presque le seul pays où le printemps soi-disant arabe pourrait changer le concept géostratégique de la région« . Le maintien ou la chute du régime de el-Assad est donc un enjeu considérable non seulement pour le Proche et Moyen Orient, mais également pour tous les Etats ayant un intérêt dans la région… Et ils sont nombreux !A mon humble avis, ce paragraphe est suffisamment neutre pour englober tous les cas de figure. Oui, bien sûr, l'Occident a des intérêts dans la région, tout comme Moscou, le Liban, L'Iran, etc. Et il serait à mon avis bien naïf de considérer que les volontés d'intervention comme celles de non intervention sont dénuées de tout intérêt. Quelles que soit les circonstances, les intérêts du peuple passeront après les intérêts économiques et militaires.
    De plus, je ne vois pas comment tu peux parler de respect de la démocratie pour justifier la non intervention, étant donné que el-Assad a été réélu (sans opposant) à 97,62 % en 2007. Les syriens n'ont pas eu le choix, la démocratie n'existe pas, elle ne peut donc pas être respectée.



    Posted by chb17
    Finalement, on dirait que l'impasse comme vous dites dans le titre, c'est ça que vous souhaitez, pour que les rebelles gagnent. En attendant, c'est eux qui ont intérêt à faire peur et à détruire. Parce que plus ils feront de victimes, plus on entendra que « l'ONU ne fait rien » contre Bachar, et hop l'humanitaire soit disant.

    Au moins, la Terminator Party de votre photo, avec des matraques pas si sympa, a l'air plus cool que les barbus kamikazes.


    Non, je ne souhaite pas particulièrement la victoire des rebelles, mais oui, je souhaite à titre personnel (et à mon avis sans que cela apparaisse dans mon article) la chute du régime parce que je ne vois pas comment le pays pourra aller de l'avant avec des dirigeants capables de réprimer si durement des demandes d'ouverture.
    Quand aux extrémistes, certains d'entre eux font partie de l'opposition, mais ils sont en minorité. Je t'invite à lire cet article particulièrement intéressant sur la nature de l'opposition syrienne.
  7. TanteJuliaTanteJulia

    Le 13 mai 2012 à 11:51

    Posted by Laura Minelli
    @Quant aux civils, sur les 12000 personnes mortes lors des 14 derniers mois, il y avait (mardi dernier) 8515 civils, et 3410 militaires (dont 700 dissidents).

    (…)

    Quand aux extrémistes, certains d'entre eux font partie de l'opposition, mais ils sont en minorité. Je t'invite à lire cet article particulièrement intéressant sur la nature de l'opposition syrienne.


    Pour la mort des civils, ces révoltes ayant été particulièrement dangereuses, j'ai du mal à me prononcer. Vraiment. D'un côté, je trouve ça anormal. D'un autre côté, la violence d'une partie des manifestants armés étaient tout aussi anormal.
    Sur ces 8515 civils, combien sont du au gouvernement? Combien sont du aux personnes armées durant les manifestations? (j'ai notamment en tête des bombes posées dans des centres de fonctionnaires et dans la rue par l'opposition, tuant ainsi plusieurs dizaines/centaines de personnes n'ayant aucun lien direct avec cette révolution).
    En tout cas, une chose est sûre, le nombre sera bien plus élevé s'il y a intervention des forces extérieures, il suffit de voir les 160 000 morts de la guerre en Irak, même si la situation est différente (d'ailleurs, ça me fait doucement vomir quand le gouvernement français se "vante" de n'avoir eu que 10 soldats français décédés en Irak… Parce que les Irakiens, par contre, c'est pas grave hein… Bref, je divague, désolée).

    Quant à l'article de Slate, il est tellement parti pris que difficile de le lire 5 min sans bondir. Tout d'abord, parce que le président syrien n'a accusé personne d'avoir manigancé les manifestations au début - il a même accédé à la majorité des requêtes de l'époque, ce n'est que lors de l'escalade de la violence que ces accusations ont commencé.
    L'enfant martyr dont ils parlent a-t-il réellement été enlevé par l'armée syrienne? Si oui, tu penses réellement que le président a dit de torturer les enfants et de leur couper le pénis pour le plaisir? C'est tellement gros que j'ai du mal à y croire, je pense plutôt à un dérapement de l'armée qui mérite effectivement de lourdes sanctions.
    Quand je vois les réclamations faites, par exemple la demande d'une société religieusement tolérante, je sais que c'était déjà le cas en Syrie. Comme je l'ai dit plus tôt, le président a été le premier a enlevé la stupide loi demandant d'écrire sa religion d'origine sur la carte d'identité.

    Et surtout, quand je lis des choses sur les frères musulmans, j'hésite en vomir de dégoût ou pleurer de rage: bordel, on parle quand même d'un parti extrémistes religieux (quoique dise les médias dessus, je suis désolée, c'est le cas) qui réduit la femme au domaine d'objet (notamment: une des premières femmes à militer pour la liberté des femmes avait été enlevé par les frères musulmans… Et écartelé à l'aide de chevaux. Et encore, j'en passe sur les agissements de ce groupe). Ils ont accepté la laïcité? Laissez-moi rire… Si des gens comme eux entrent au gouvernement, même sous couvert de laïcité, je crois que c'est équivalent à abaisser la femme au même niveau que celles en Arabie Saoudite.

    Enfin, cela me fait doucement sourire de lire "l'obligation morale de Washington d'intervenir". Il n'y a rien de moral dans leur envie d'intervenir.

    J'ai l'impression d'être virulente en me relisant, je suis désolée, ce n'est pas le cas :fleurs:
    Je bondis juste quand je lis certaines choses car ayant vécu en Syrie un certain nombre d'années et ayant encore de nombreux contacts sur place, ce sujet me tiens assez à coeur.
  8. L. M.L. M.

    Le 13 mai 2012 à 13:19

    @Scapula L'armée pilonne les villes à coups de mortiers, les dissidents se battent avec des armes datant de la guerre froide. Je suis persuadée que les rebelles ne sont pas entièrement innocents, mais ça m'étonnerai beaucoup qu'ils aient fait plus de victimes que l'armée régulière (en dehors des attentats des intégristes).

    Posted by Scapula
    Tout d'abord, parce que le président syrien n'a accusé personne d'avoir manigancé les manifestations au début - il a même accédé à la majorité des requêtes de l'époque, ce n'est que lors de l'escalade de la violence que ces accusations ont commencé.

    Si, Bachar el-Assad ressortrégulièrement la théorie du complot. ;)

    Posted by Scapula
    Enfin, cela me fait doucement sourire de lire "l'obligation morale de Washington d'intervenir". Il n'y a rien de moral dans leur envie d'intervenir.

    Je suis d'accord, mais c'est un article américain hein, ils raffolent de l'idée de "conduire le monde hors de l'obscurité". :lol:


    Pour le reste, je comprends et je suis plutôt d'accord avec toi, seulement début le début du débat toi et @chb17 avez l'air de penser que la situation se résume à Bacher el-Assad ou les extrémistes, ce qui est à mon avis très réducteur (en plus d'être un argument de propagande pour le régime). :)
  9. TanteJuliaTanteJulia

    Le 13 mai 2012 à 15:04

    Posted by Laura Minelli
    @Scapula L'armée pilonne les villes à coups de mortiers, les dissidents se battent avec des armes datant de la guerre froide. Je suis persuadée que les rebelles ne sont pas entièrement innocents, mais ça m'étonnerai beaucoup qu'ils aient fait plus de victimes que l'armée régulière (en dehors des attentats des intégristes).


    Si, Bachar el-Assad ressortrégulièrement la théorie du complot. ;)


    Je suis d'accord, mais c'est un article américain hein, ils raffolent de l'idée de "conduire le monde hors de l'obscurité". :lol:


    Pour le reste, je comprends et je suis plutôt d'accord avec toi, seulement début le début du débat toi et @chb17 avez l'air de penser que la situation se résume à Bacher el-Assad ou les extrémistes, ce qui est à mon avis très réducteur (en plus d'être un argument de propagande pour le régime). :)


    Je n'ai jamais dit que la situation se résumait à ça, simplement que oui, il y a une grande part d'extrémistes qu'on le veuille ou non. Bien sur que la situation est plus complexe, bien sur qu'il faut que certaines choses changent mais tant que l'opposition ne se séparera pas de cette part, je refuse simplement qu'il prenne la place du gouvernement actuel. Entre le pire et le moins pire, je choisis le moins pire, même si dans l'ideal, il faudrait choisir le mieux.
    Ceci étant dit, les forces extrémistes étant assez "utiles" à l'opposition, je vois mal comment ils pourraient s'en séparer pour le moment. Et encore une fois, des membres de ma famille sont de l'opposition, l'affiche clairement et n'ont jamais été inquiété d'où mon étonnement.

    Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas dit que la théorie du complot n'était pas sortie, simplement qu'elle est arrivée plus tard, quand les choses ont dégénérée. Je ne la soutiens pas mais je ne suis pas sûre qu'elle soit totalement fausse, je ne pense pas être en mesure de me prononcer la dessus.

    Enfin, en ce qui concerne l'armée qui pilonne les villes, c'était justement dans le villes ou ces fameuses armes de la guerre froide sont utilisé contre des gens qui n'ont rien a voir avec tout cela et où des structures étaient détruites, dans le but de calmer les émeutes. Je ne dis pas que c'est une bonne solution, une fois encore, mais j'ai parfois l'impression, en lisant certaines choses, qu'on essai de faire passer le président actuel pour un mec sanguinaire que ça éclate de taper dans le tas et qui n'en a rien à foutre de son peuple à partir du moment ou il reste au pouvoir. Je n'ai pas cette image la donc j'essaie de modérer en apportant un point de vu différent.

    Enfin, comme je l'ai déjà dit, je peux paraître virulente mais c'est simplement que ce sujet me tient à cœur, je trouve tes arguments intéressants :fleurs:

    (d'ailleurs, à aucun moment je n'ai eu l'impression de nier ce qui avait pu se passer, j'essaie simplement de remettre les choses dans leur contexte ;) ).
  10. LuschkaLuschka

    Le 13 mai 2012 à 15:58

    J'ai mis du temps à lire cet article. Et parce que j'en ai marre de lire des inepties (comme j'ai pu en voir dans Grazzia ou autre magasine hautement intellectuel) (mais je fais un minimum confiance à Madmoizelle et j'ai sauté le pas).
    Je te rejoins @Scapula sur plusieurs points.
    Bachar El-Assad est décrit de partout comme un horrible dictateur, on ne prend pas assez le temps de comprendre la différence qu'il y avait entre lui et son père, et les choses positives qu'il a amené petit à petit au pays.
    Je pense aussi qu'il est dans l'intérêt de beaucoup de puissances que le gouvernement tombe, en grande partie pour sa position contre l'état d'Israël qu'il a toujours clairement affiché.
    Enfin, et si j'ai arrêté de lire/d'écouter ce que les médias avaient à dire sur le sujet, c'est que effectivement selon les sources les informations diffèrent énormément, et que j'ai le sentiment avec cette histoire plus que jamais d'être parfois manipulée par les médias, et que l'on ne nous dit qu'une partie des infos, quand ce ne sont pas des informations erronées.

    Posté par Scapula
    Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas dit que la théorie du complot n'était pas sortie, simplement qu'elle est arrivée plus tard, quand les choses ont dégénérée. Je ne la soutiens pas mais je ne suis pas sûre qu'elle soit totalement fausse, je ne pense pas être en mesure de me prononcer la dessus.
    .


    Un ami de mes parents est allé là-bas à plusieurs reprises, et a rencontré beaucoup de manifestants qui avaient été payés pour le faire, et encore plus s'ils acceptaient de porter une arme. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui me donnent le même avis que toi : la théorie du complot peut sembler facile, mais je ne la crois pas si surréaliste que ça.
    Le peuple syrien est conscient, je pense, que si le gouvernement tombe, le pays risque soit de plonger dans la guerre civile, soit de ne plus leur appartenir si l'Occident décide de s'en mêler.

    Bref, je m'exprime mal, j'ai un goût amer, et surtout de plus en plus peur pour ma famille, et pour le pays de mes origines.

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