Baisse les yeux. Tais-toi. Ravale ta colère et déglutis tes larmes.

Jack Parker a été victime d'une agression sexuelle dans le métro. Comme si ça ne suffisait pas, elle s'est aussi fait copieusement insulter sur les réseaux sociaux. Son crime ? Elle s'est défendue, et a dénoncé son agresseur. Oui mais elle portait UNE JUPE. Rendez-vous compte.

Baisse les yeux. Tais-toi. Ravale ta colère et déglutis tes larmes.

Baisse les yeux. Tais-toi. Ravale ta colère et déglutis tes larmes. Ça vous parle ? C’est ce que vous faites quand on vous traite de salope ou de pute dans la rue. Quand on vous met une main au cul dans les transports en commun. Après tout, c’est de votre faute, un peu, quelle idée de mettre une jupe ? Vous choisissez de vous mettre en valeur, il ne faut pas s’étonner qu’on vous remarque, non ?

Non. NON. En quelle langue faudra-t-il le dire, le répéter, le hurler. La jupe n’est pas une invitation, la jupe est un vêtement, qu’on porte généralement en cas de météo favorable. Parce que c’est confortable, parce que c’est pratique, parce qu’on se sent bien, parce que ça nous plait. Parce que c’est notre choix.

Dans quel monde faut-il constamment justifier ses choix vestimentaires ? Dans quel monde enfin, ces choix expliquent, relativisent, excusent des agressions ? Ne cherchez pas : la réponse, c’est aucun. Dans aucun univers la victime n’est responsable de son agression. Le coupable est toujours l’agresseur. Relisez ces phrases, imprimez-les, vraiment.

Le coupable est toujours l’agresseur.

Harcèlement permanent, colère ordinaire

Jack Parker, qui est désormais rédac chef du site Golden Moustache (big up !), a été victime d’une agression sexuelle dans le métro cette semaine (un insupportable écho à son histoire de novembre 2012).

Elle va bien, mais elle est en colère. Si vous ne l’avez pas encore lu, filez lire le récit sur ton tumblr :

« Hier, après une (trop) longue journée, j’ai vécu un moment assez désagréable dans le métro.

Je venais d’entrer dans la rame, j’étais encore debout dans l’attente de trouver une place assise et je tentais de reprendre mon souffle en m’accrochant tant bien que mal à la barre pour ne pas défaillir (mes poumons ayant la taille d’une demi-cacahuète fourrée à la nicotine, il m’en faut peu).

Je n’ai donc pas fait attention au quadra lambda qui se tenait juste derrière moi […]

Du coup, lorsqu’il a fait mine de se baisser pour ramasser un truc par terre, j’ai pas réagi. Et c’est ainsi que j’ai senti ses doigts se faufiler sous ma jupe et s’enfoncer dans mon entrejambe, à travers mes collants. »

La suite à lire sur le Tumblr de Jack

« Trop dur d’être séduisante »

Et ce récit te touche, parce que tu le reconnais. Il met les mots sur une colère qui t’es douloureusement familière. On est au delà des cours de répartie anti-relou, là ce sont des coups qu’on aimerait rendre, mais on n’a pas appris à se battre, on a appris que la violence n’était jamais la solution. La violence, on l’encaisse, et en silence de préférence. Parce que si tu parles, il faudra encaisser la deuxième salve.

Jack a eu l’impudence suprême de rendre coup pour coup puis de raconter son histoire, de lâcher sa colère. Non mais quel culot ! La meuf était EN JUPE. Elle cherche la merde et en plus elle se plaint, non ? Elle n’a que ce qu’elle mérite, donc. La preuve en image :

D’autres commentaires du même acabit sur le tumblr de Jack
vous reprendrez bien une dose de hate-reading ?

Subis, et subis en silence s’il te plaît. Parce que dénoncer une agression quand on porte une putain de jupe, c’est quand même gravement malvenu, hé ! Souviens-toi, pour la prochaine fois : baisse les yeux. Tais-toi. Ravale ta colère et déglutis tes larmes.

Pour reprendre les (très justes) mots de Jack :

« Et après on s’étonne que le premier réflexe soit de fermer sa gueule et de regarder ses pieds en culpabilisant ».

Nous sommes, donc nous provoquons

Insulte, agression. Et si on réagit, on dénonce, on en reprend une couche. Quand est-ce qu’on pourra riposter ? Quand est-ce qu’on aura vraiment les armes pour répondre à ces attaques ?

« Porte plainte ou va voir un psy » recommande un des courageux (lol) commentateurs. Je crois qu’on tient quelque chose, là. Porter plainte. Les bleus, les bosses, les marques des coups portés au corps, celles-là se voient et se constatent.

On porte déjà plainte contre les agressions physiques, merci du conseil. Mais les blessures les plus profondes ne sont pas celles qui marquent la peau. Celles qui mettront le plus longtemps à cicatriser ne sont pas celles qui pourront être constatées par examen.

Celles qui font le plus mal sont trop faciles à infliger.

« Elles s’habillent comme des sacs à bites »

Alors quand est-ce qu’on pourra porter plainte contre ces commentaires ? Car il faut arrêter de croire que leurs auteurs souffrent d’ignorance. Ces attaques sont délibérées, les mots sont sciemment choisis. Ils ne veulent pas entendre que la faute n’est et ne sera jamais dans la jupe ou la plastique de la victime, mais toujours dans le geste et l’intentionalité de l’agresseur.

Ils insistent sur « la provocation », hermétique à toute remise en question de ce raisonnement, selon lequel les femmes sont coupables par nature, responsables des effets que leur apparence provoque sur les hommes. « Provoque », vous voyez. Nous sommes, donc nous provoquons.

Victimes et responsables, elles ont l’outrecuidance de se plaindre de leurs atouts. Connasses !

Combien de temps allons-nous encore supporter cette situation ?

La journaliste Rokhaya Diallo avait obtenu la condamnation de l’internaute qui avait appelé sur Twitter à  « violer cette connasse, comme ça, fini le racisme ».

Faudra-t-il une loi spécifique ?

Je ne suis pas partisane de ces lois-faits-divers, préparées-votées sous le coup de l’émotion populaire. Inadaptées au cas général car pensées en fonction d’une anecdote particulière, elles sont souvent inefficaces et viennent alourdir la législation française déjà bien fournie.

Mais combien de temps allons-nous encore accepter d’être agressées – parce que c’est pas si grave, et puis on l’a bien cherché ! – puis d’être réduites au silence – parce que quand même, tu te fais mousser, meuf !

C’est l’impuissance qui fait mal. Et s’il faut une loi pour que les victimes puissent parler, pour que ce soient les agresseurs qu’on réduise au silence, alors votons une loi.

En janvier, Najat Vallaud-Belkacem dénonçait devant la représentation nationale « cette culture du viol décomplexée » qui s’exprime sur internet. Elle est là, dans ces commentaires, dans ces réactions, dans ces insultes. Elle ne relève pas de la liberté d’expression. Elle relève de l’oppression des femmes, des victimes d’agression. Et elle ne doit plus pouvoir s’exprimer impunément de la sorte.

Baisse les yeux. Tais-toi. Ravale ta colère et déglutis tes larmes. Et quand la colère nous étouffe, on fait comment ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ursinae
    Ursinae, Le 4 octobre 2015 à 19h52

    @A. A. Sasha

    Je fantasme parfois la dessus mais ça serait peu souhaitable en réalité. Par contre, une bd fictive (Les images fonctionnent mieux que les textes dans nos médias actuellement), ou un court métrage mettant en scène ça, ce serait incroyablement novateur et un bel exutoire.

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