Ces clichés que j’entends trop en tant qu’auxiliaire de puériculture

Noémie est étudiante auxiliaire de puériculture, et elle en a sacrément marre des clichés qu'elle entend par (presque) milliers sur les métiers de la petite enfance.

Ces clichés que j’entends trop en tant qu’auxiliaire de puériculture

J’ai vingt-deux ans et je suis étudiante auxiliaire de puériculture. Après trois années de fac, je me suis réorientée, j’ai choisi de passer mon CAP petite enfance et de faire des concours en parallèle pour être éducatrice de jeunes enfants ou auxiliaire de puériculture. J’ai réussi celui d’auxiliaire du premier coup, et c’est une formation qui me convient parfaitement.

Le Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) explique que le titulaire du CAP Petite enfance (qui se fait généralement en deux ans) exerce six activités principales :

  • accueil, information, conseil des parents
  • aide à la prise des repas, aux soins d’hygiène corporelle à partir d’observations et de consignes
  • aide à l’acquisition de l’autonomie et contribution à l’éducation (vestimentaire, alimentaire, motrice)
  • participation au développement affectif et intellectuel par des animations de jeux et d’activités socio-éducatives
  • entretien courant et hygiène des locaux, des équipements et du matériel

Ainsi :

« Il exerce le plus souvent ses activités, au sein d’équipes pluridisciplinaires, dans des structures d’accueil de la petite enfance et de l’enfance (école maternelle, garderie périscolaire, crèche collective, halte garderie, centre de vacances) mais il peut également intervenir au domicile de parents ou dans le cadre d’une crèche familiale ou encore à son propre domicile (dans des conditions d’agrément réglementées. Le CAP Petite enfance donne accès au métier d’agent territorial des services en école maternelle (ATSEM), au métier d’assistante maternelle. »

Quant au diplôme d’auxiliaire de puériculture, le Ministère des affaires sociales, de la Santé et des droits des femmes explique qu’il se prépare en dix mois, et que « la formation, payante, comprenant une formation théorique et des stages pratiques est ouverte aux personnes de 17 ans au moins, sans condition de diplôme ».

J’en ai entendu des remarques idiotes ou même carrément déplacées à propos des métiers de la petite enfance. J’aimerais donc aujourd’hui mettre un grand coup de pied dans ces clichés qui me hérissent le poil à chaque fois que je les entends !

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« En gros, ton métier, c’est être payée pour changer des couches »

Oui, on commence avec du lourd… Alors, on ne va pas se mentir, ça fait effectivement partie de mon métier : je change des couches, plusieurs fois par jour même. Mais est-ce une raison pour résumer ce métier à cela ?

Mon boulot, c’est de faire en sorte de répondre aux besoins de chaque enfant pour qu’il puisse grandir et s’épanouir de la meilleure des façons, et surtout d’une manière qui lui est adaptée — que ce soit un besoin de nourriture, de sommeil, de jeux, de soin, de découverte, d’autonomie, d’affection… Vous avez déjà essayé de vous épanouir avec vos excréments collés aux fesses ? Voilà.

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Voilà.

Donc oui, je change des couches, parce que c’est aussi ce qui va faire que l’enfant se sente bien et en confiance. L’hygiène fait partie de l’intégrité d’une personne, c’est difficile de se construire et de s’intégrer en société sans celle-ci. Je le fais donc parce que ça me paraît normal, personne n’adore le faire mais ça ne me dérange absolument pas. Changer les couches est effectivement l’une des centaines de choses que nous faisons pour le bien-être des enfants, et heureusement, notre métier ne se résume absolument pas à ça !

En quoi consiste précisément le travail d’auxiliaire de puériculture ? Le Ministère des affaires sociales, de la Santé et des droits des femmes explique :

« L’auxiliaire de puériculture réalise des activités d’éveil et des soins visant au bien-être, à l’autonomie et au développement de l’enfant. Son rôle s’inscrit dans une approche globale et prend en compte la dimension relationnelle des soins ainsi que la communication avec la famille dans le cadre du soutien à la parentalité. L’auxiliaire de puériculture participe à l’accueil des enfants et à l’intégration sociale d’enfants porteurs de handicap, atteints de maladies chroniques ou en situation de risque d’exclusion.

L’auxiliaire travaille le plus souvent dans une équipe pluri-professionnelle et dans des structures sanitaires ou sociales, en collaboration et sous la responsabilité de l’infirmier ou de la puéricultrice. »

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« Ah, donc tu fais ce métier parce que tu aimes les enfants ! »

C’est la plus gentille des remarques. Mais il faut savoir que si l’on se présente à un concours et qu’on dit qu’on aime les enfants, on nous répondra que Dutroux aussi (je vous assure que certains jurys le disent). Je ne m’occupe pas d’enfants parce que je les aime ; disons que ça me plaît de les voir grandir au quotidien, de participer à leur éducation pour qu’ils découvrent le monde, qu’ils deviennent des citoyens autonomes, confiants, respectueux et tolérants.

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Ça me plaît de les voir gravir chaque jour les échelons pour devenir des grands. J’aurais peut-être l’air sans coeur en disant cela, mais je ne suis pas là pour les aimer. Bien sûr, il y a parfois des liens affectifs, parfois. Mais ça ne change en rien ma façon de m’occuper de chacun d’eux ; ils sont tous différents et c’est ce qui fait la richesse de ce métier !

De la même façon, les professionnels de la petite enfance ne « gagatisent » pas devant les bébés comme devant des vidéos de chats mignons. Je parle aux enfants comme à des adultes : j’adapte mon vocabulaire pour qu’il soit accessible, mais jamais on ne me verra faire « Eeeh coucou le bébé, eeeh gaga gougou areuh areuh ! ». On nous apprend que les enfants sont des personnes comme les autres, que ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas parler qu’ils ne comprennent pas, et qu’ils n’ont pas un langage top secret de bébé qui fait qu’ils comprennent mieux les onomatopées et les voix suraiguës.

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« C’est bien un métier de fille que tu fais »

Celle là, je l’ai BEAUCOUP (trop) entendue, à ma grande tristesse. Il y a effectivement plus de filles que de garçons, c’est un fait. Mais messieurs, sachez que vous êtes les bienvenus, osez nous rejoindre ! Comment voulez-vous qu’on éduque des enfants à l’égalité entre hommes et femmes s’il n’y a que des femmes qui s’occupent d’eux ? On a besoin de vous les gars, c’est ensemble qu’on va casser les clichés !

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À vos plus belles marionnettes.

Certains pensent que pour faire ce métier, il faut une sensibilité qu’on attribue à tort à la femme pour son « côté maternel », mais de toute façon nous ne sommes pas des mamans de substitution. De plus, il faut une sensibilité mesurée pour exercer cette profession car nous pouvons avoir affaire à des enfants maltraités, malades, handicapés, abandonnés, ou même en fin de vie, et nous nous devons d’avoir un regard professionnel sur leur situation — que ce soit un regard d’homme ou de femme ne change rien.

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Cependant je vous l’accorde, ce n’est pas non plus un métier où on vous fait spécialement des cadeaux ; si certains parents ne verront aucun mal à ce qu’un homme s’occupe de leur petite tête blonde (ou pas, cette expression est nulle), d’autres y verront le loup qui est entré dans la bergerie et iront parfois même jusqu’à retirer leurs enfants de la structure d’accueil…

Mais j’en suis convaincue, si vous continuez de croire en ce que vous faites, si vous aimez ce métier, ça se ressentira, et vous gagnerez la confiance des plus craintifs. Une fois encore, on ne pourra pas empêcher les gens de considérer les hommes comme dangereux pour les enfants sans vous les gars ! Et croyez-moi, c’est un métier tellement enrichissant ! Certes on apprend des choses aux enfants, mais bien souvent, ce sont aussi eux qui nous apprennent beaucoup.

« Les enfants ça crie tout le temps, je sais pas comment tu fais pour supporter ça »

Les enfants ne crient pas tout le temps, et ils ne pleurent pas à longueur de journée non plus, d’ailleurs. Ils sont même parfois calmes, tous en même temps. Si si, je vous jure. Bon, je l’avoue, on triche un peu : étant donné que nous sommes formé•e•s pour, on sait comment gérer certaines situations.

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Déjà, nous avons appris des tas de choses sur le développement de l’enfant, notamment à comprendre pourquoi ils pleurent et crient. On perçoit tout de suite la situation différemment quand on la comprend, du coup elle génère moins de stress, et elle peut donc être vue sous un autre angle ou résolue plus facilement. Nous sommes formé•e•s pour ne pas être dépassé•e•s par les évènements, ce que les parents apprennent sur le tas (ou pas), et c’est aussi ce qui fait la différence.

En formation, nous apprenons à tout verbaliser pour que l’enfant comprenne ce qu’il se passe, mais aussi pour l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent. Les petits sont parfois simplement frustrés de ne pas pouvoir exprimer leurs émotions, donc ils font avec les moyens du bord. Quelques mots peuvent suffire à apaiser une situation.

Il faut aussi savoir que les enfants ont besoin de pleurer et de crier, ça fait partie de leur développement. Comme ils ne savent pas encore tout gérer du haut de leur jeune âge émotionnellement parlant, c’est une façon de s’exprimer, avant qu’elle ne soit remplacée par une autre. Chaque chose qui leur arrive est nouvelle pour eux, et comme nous, ils ne savent pas toujours comment la prendre.

Bon bien sûr, nous ne sommes pas magiciens non plus ; le niveau sonore reste élevé, mais on sait le contrôler, et comme nous le percevons différemment des « non-professionnels », il n’est pas si dérangeant !

Pour finir, si vous vous posez des questions sur le fonctionnement des jeunes enfants, comme pourquoi ils préfèrent jouer avec l’emballage plutôt qu’avec le cadeau, pourquoi ils montent le toboggan à l’envers ou mangent les crayons, je vous invite à lire le livre de Laurence Rameau, Pourquoi les bébés jouent ? : il permet de voir les jeunes enfants (et donc les métiers de la petite enfance) sous un oeil différent !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lexie 137
    Lexie 137, Le 1 octobre 2015 à 6h01

    Toutes les étudiantes auxiliaire de puériculture de la Croix-Rouge d'Aix-en-Provence te remercie pour cet article si juste sur le métiers que nous avons choisi...

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