Carla Bruni : pas féministe, mais « vraie bourge »

Pondu par Sophie-Pierre Pernaut le 27 novembre 2012     

Invitée d’honneur du magazine Vogue, Carla Bruni-Sarkozy a eu une phrase malheureuse sur le féminisme. Un mini-scandale qu’on décrypte pour vous.

Edit, le 27 novembre à 18h15 - Osez le féminisme lance le hashtag #cherecarlabruni sur Twitter par le biais duquel tu peux expliquer à la chanteuse pourquoi ta génération – et toutes les autres – a besoin de féminisme.

Le 27 novembre à 17h - Interviewée par le magazine Vogue, Carla Bruni-Sarkozy a expliqué qu’elle ne se sentait pas féministe et qu’elle était une « vraie bourge ». Je cite :

« Dans ma génération, on n’a pas besoin d’être féministe. Il y a des pionnières qui ont ouvert la brèche. Je ne suis pas du tout militante féministe. En revanche, je suis bourgeoise. J’aime la vie de famille, j’aime faire tous les jours la même chose. j’aime maintenant avoir un mari. Je suis une vraie bourge ! »

Cette phrase, un peu kamoulox quand on s’y attarde, peut se diviser en deux parties. La première, je la renommerai « C’est bon les zouz, on est tranquille, y a les Simones qu’ont fait le boulot » : en estimant que sa génération n’a pas besoin d’être féministe, l’ancienne première Dame de France ne récuserait-elle pas le travail pourtant essentiel de certains groupes actuels de militantisme féministe ? Alors certes, les femmes ont eu un accès légal à l’IVG en 1974, grâce à Simone Veil. Ok, elles peuvent voter depuis 1944. Avec le temps, les femmes ont gagné un tas de combat. Mais quid de l’égalité salariale entre hommes et femmes, de l’accès aux postes à responsabilité, du sexisme au quotidien, parfois même propagé par des femmes ? Et le combat des violences faites aux femmes n’est-il pas au moins aussi important, aussi primordial que toutes les avancées qui ont changé les vies des femmes dans l’Histoire ?

Se dire féministe, c’est affirmer vouloir que les sexes soient mis sur un pied d’égalité, sans rapport de force dans un sens ou dans un autre. C’est reconnaître que ce n’est pas parce qu’on a un vagin qu’on doit être considérée, concrètement et/ou abstraitement, plus faible que les gens qui ont un pénis. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Et dans la bouche d’une femme de 44 ans a priori bien dans son époque, c’est un nouveau coup dur, un nouveau rejet pour un combat qui devrait être naturel à tou-te-s, pour tou-te-s. C’est d’autant plus étonnant de lire ces mots de la part de Carla Bruni-Sarkozy : rappelons qu’en mai 2011, elle avait signé l’appel contre le sexisme lancé par Osez le féminisme et la Barbe peu après les propos misogynes d’une partie de la classe politique suite à l’affaire DSK.

La deuxième partie de la phrase se concentre sur le train de vie de la chanteuse. Un train de vie qu’elle semble résumer en un mot : « bourgeoise ». Un terme qui mérite un peu d’explication, puisqu’on peut dire qu’il a deux sens. Le premier l’oppose à la France d’en bas et à la noblesse. C’est un terme désuet qui vise à décrire la classe moyenne. Mais il y a davantage de chances pour que Carla Bruni-Sarkozy l’emploie dans le sens d’épouse et maîtresse de maison. Avec l’enchaînement « Je ne suis pas féministe. En revanche, je suis bourgeoise », la chanteuse implique qu’on ne peut pas être les deux à la fois, mais surtout qu’elle ne peut pas être les deux à la fois. À moins qu’elle n’ait tout simplement pas envie.

Sur Facebook, bon nombre d’entre vous ont jugé qu’elle faisait preuve dans son choix de mots de « je m’en foutisme ». Mais s’agit-il vraiment de ça ou d’une méconnaissance du féminisme ? Niaina, sur Facebook, table plutôt sur une déconnexion totale avec la vie des gens « « ordinaires » » :

« Elle vit vraiment dans sa cage dorée et est complètement déconnectée de la réalité. Le féminisme en 2012 n’est certes plus celui des années 70 car la société a tout de même changé (et heureusement d’ailleurs…), mais les combats restent hélas encore les mêmes : que fait-elle de tous les pays du monde où la femme est opprimée et ne bénéficie d’aucun droit ? De l’excision des petites filles en Afrique ? De l’inégalité de salaire entre hommes et femmes encore en France ? Des femmes qui ne peuvent s’habiller comme elles le souhaitent en France sans être sifflées comme du bétail ? Et par ailleurs, je ne vois pas en quoi « être féministe » s’opposerait à un choix de vie de famille traditionnel. »

À moins qu’elle estime n’avoir aucun effort à faire pour s’imposer dans la vie professionnelle, ce qui est probablement plus évident qu’ailleurs quand on a été mannequin et qu’on partage sa vie entre le métier d’auteur-compositeur-interprète et son statut d’épouse et de parent.

Une autre possibilité, c’est qu’elle se rejette en tant que féministe parce qu’elle est mère, épouse, apparemment casanière et qu’elle aime ça. Bah oui mais… Non. Faut pas. Comme le rappelle Ludivine, une des idées du féminisme, c’est de faire ses propres choix en tant que femme, en tant qu’individu :

« Après pour le fait d’être féministe et mère au foyer je ne considère pas ça comme incompatible, si on est mère au foyer par choix et qu’on ne le fait pas par « soumission » à un homme, après tout le féminisme tel que je le conçois revendique avant tout la liberté pour les gens de choisir leur voie professionnelle. Et si un homme ou une femme a envie d’être parent au foyer, je veux qu’ils puissent le faire. »

Car des féministes mères de famille et épouses épanouies, il y en a eu, il y en a, il y en aura encore. Ce n’est pas parce qu’elles ont trouvé un équilibre au sein de leur famille qu’elles ne réalisent pas les combats qu’il y a à mener au-dehors. 

C’est un mode de vie que Carla Bruni-Sarkozy a choisi et elle semble bien installée dans son cocon au point de, peut-être, en oublier les combats plus ou moins loin d’être gagnés ; si elle n’a pas envie d’être une militante féministe, soit, qui pourrait la blâmer, qui pourrait la forcer ?

En revanche, prétendre que sa génération n’a pas besoin du féminisme est moins compréhensible. Cette phrase sonne un peu comme une erreur de communication de la part d’une célèbre chanteuse et épouse d’un ancien chef d’État. Au final, un commentaire totalement subjectif et à mon humble avis symptomatique d’une certaine méconnaissance du sujet. À moins que ce ne soit tout simplement qu’une pure provocation…

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Sophie-Pierre Pernaut (dite SPP, dite Sophie) écrit pour madmoiZelle depuis l'an 2011. Elle s'est donnée pour mission de vous informer, de vous divertir et d'éventuellement vous faire rigoler avec son humour somme toute assez crétin. Elle aime la tartiflette et les chèques en blanc.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. BaltoBalto

    Le 27 novembre 2012 à 22:16

    C'est marrant ces comparaisons avec vos mères, la mienne a 4 ans d'écart à peine avec Carla Bruni et est pourtant plus que consciente de la nécessité du féminisme aujourd'hui.
  2. 25abril197425abril1974

    Le 27 novembre 2012 à 22:50

    "Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités, une loi contre toute notre indifférence, que personne ne soit oublié!"


    TU PARLES, HYPOCRITE (ouais je suis pas naïve, mais je trouvais bien de replacer les paroles d'une de ses chansons dans ce contexte).
  3. LaminaLamina

    Le 27 novembre 2012 à 22:51

    Posted by Lady Stardust
    Je pense que la question n'est pas là, et que ce n'est pas ça qui lui est reproché: effectivement, ce n'est pas grave si elle ne s'engage pas, si elle ne fait rien de concret, on est la majorité à faire comme elle. Le problème de ses propos, ce n'est pas qu'elle dise "Je ne suis pas du tout militante féministe", c'est qu'elle dise "Dans ma génération, on n’a pas besoin d’être féministe." Je pense que c'est ça qui ne passe pas… Qu'elle n'en ait rien à faire, ok, pas de souci, mais pourquoi se permet-elle ce jugement?!


    Et pourquoi elle ne devrai pas se permettre ce jugement ? C'est juste une opinion d'une ex première dame dans un magasine de mode. Fin pour moi toute la subitilité :p de son propos se cache dans le dans ma génération. Je ne pense pas que la vision du féminisme était la même au temp de Carla Bruni et aujourd'hui. Donc on peu supposer qu'une partie des combats menés à son époque ont aboutit, du coup il n y aurai plus rien a faire.
  4. super-fluesuper-flue
  5. Lady StardustLady Stardust

    Le 27 novembre 2012 à 23:11

    Posted by Lamina
    Et pourquoi elle ne devrai pas se permettre ce jugement ? C'est juste une opinion d'une ex première dame dans un magasine de mode. Fin pour moi toute la subitilité :p de son propos se cache dans le dans ma génération. Je ne pense pas que la vision du féminisme était la même au temp de Carla Bruni et aujourd'hui. Donc on peu supposer qu'une partie des combats menés à son époque ont aboutit, du coup il n y aurai plus rien a faire.


    Elle ne devrait pas se permettre ce jugement car elle généralise à toutes les femmes de sa génération, et présente ça comme une vérité générale (pas de "je pense" etc), du coup pas comme son opinion… les mots sont importants il me semble.
    Je reprends cet exemple, mais Virginie Despentes a seulement deux ans de moins que Carla Bruni, et quelque chose me dit qu'elles n'ont pas du tout la même vision du féminisme, que ce soit celui de l'époque de leur jeunesse, et de celui de maintenant.
    Je comprends ce que tu veux dire et je comprends pourquoi Carla Bruni a dit ça: les "gros" combats étaient derrière elle et sa génération (contraception, avortement…) seulement ça ne justifie ni sa généralisation ni le fait de présenter cela comme une vérité générale. Elle sous-entend aussi que si il y a encore des combats à mener, les filles de sa génération n'ont rien à faire dedans, ce que je trouve assez égoïste (je le répète, je ne critique pas le fait qu'elle ne s'engage pas en tant que militante, mais le fait qu'elle dise qu'elle (ainsi que les femmes de son âge) n'ont pas besoin d'être féministe. Ce qui laisse entendre aussi que le problème du "renouveau" du sexisme de nos jours ne touche que les jeunes femmes, ce qui est faux, je pense mettre sans problème ma main à couper qu'il y a des nos jours en France des femmes de plus de 40 ans battues, violées etc.

    Je comprends qu'elle ait une vision du féminisme dépassée, ok, mais dans ce cas pourquoi en parler en la présentant comme une vérité générale dans un magasine à fort tirage? (même si c'est un magasine de mode, qui pourrait laisser présager qu'on lui accorde de raconter des choses "futiles"). Ses mots ont un impact, mais ça elle a pas l'air d'en être très consciente… du coup si elle dit des conneries, on est en droit de la critiquer, je m'explique ses propos, peut comprendre ses maladresses mais ça n'excuse rien!
  6. ApaloosaApaloosa

    Le 27 novembre 2012 à 23:49

    Posted by Irma Bud
    ça c'était pas trop trop obligé de le dire en fait …
    je crois que le seul truc qui m'exaspère autant que le sexisme c'est la "mise à l'écart" permanente des riches :erf:



    Justement, j'ai utilisé le terme "privilégié" plutôt que riche pour désigner un milieu aisé financièrement certes, mais aussi éduqué, et ouvert d'esprit.

    Mon intention n'était pas de faire de la généralisation abusive, et par là de procéder à une critique en filigrane des riches, mais il est admis aujourd'hui que plus une femme provient d'un milieu privilégié, plus elle sera en mesure de maîtriser sa vie, financièrement, professionnellement, affectivement parlant.

    Bien sûr que nous sommes toutes concernées par ce que j'appelle la violence "directe" : le viol, le harcèlement de rue, la violence conjugale (quoique dans ce dernier cas, une femme qui ne dépend pas financièrement de son mari peut éventuellement le quitter, alors qu'on entend tellement d'histoires tragiques de femmes résolues à partir, mais qui ne le peuvent car elles n'ont nulle part où aller). Par contre, pour tout ce qui concerne la violence institutionnelle et culturelle, plus un on vient d'un milieu favorisé, moins on aura à l'éprouver, et plus on aura d'armes pour l'affronter le jour où il le faudra.

    Une fois encore, je parle de manière générale, je reste consciente qu'une multitude de cas particuliers n'obéissent pas à ces grandes tendances.
  7. DestyNovaDestyNova

    Le 28 novembre 2012 à 00:01

    Bah alors évidemment, ce qu'elle dit est con, par contre je suis quand même moyennement étonnée, enfin c'est Vogue quoi…
    C'est pas méchant mais le féminisme et les magazines de mode c'est quasi antithétique.
  8. Polly MaggooPolly Maggoo

    Le 28 novembre 2012 à 01:53

    Posted by sabrinalafraise
    Bah alors évidemment, ce qu'elle dit est con, par contre je suis quand même moyennement étonnée, enfin c'est Vogue quoi…
    C'est pas méchant mais le féminisme et les magazines de mode c'est quasi antithétique.

    Oh le beau cliché tout droit sorti des cours de récré !
  9. DestyNovaDestyNova

    Le 28 novembre 2012 à 10:18

    Posted by Polly Maggoo
    Oh le beau cliché tout droit sorti des cours de récré !


    Ah bah écoute si tu veux bien prendre cinq minutes pour me démontrer le contraire je suis tout ouïe. Alors ÉVIDEMMENT ya des (enfin 2 ou 3) magazines qui sortent du lot, mais globalement ce genre de magazine, en plus d’imposer le dictat de la minceur (que dis-je, maigre, cf une des dernières couvertures de ELLE « accepter son corps » avec Kate Moss en maillot de bain pour l’illustrer. LOL), ne présente souvent la beauté que comme le fait de femmes blanches (ah si pardon, les femmes noires ont droit à leur chapitre dans les pages « culture » avec des photos genre National Géographic), et je précise, femme blanche, jeune, sans rides, sans boutons, sans imperfections, pas trop grosse mais attention pas trop musclée non plus, pas blafarde, mais pas trop bronzée non plus, sans poils, sans expression, etc.
    Donc on est quand même loin d'un discours de liberté du corps de la femme et plus près d'un enfermement dans un modèle fixe et objetisant (et encore, je ne cite même pas les belles déclarations de notre ami Karl sur sa vision de l'anorexie/la boulimie qui font froid dans le dos, où le fait qu'il dise de ses mannequins qu'ils ne sont QUE des portes-manteaux (je reconnais que dans la mode le vêtement est en avant mais c'est pas avec des mentalités comme ça qu'on ressortira des Top modèles avec de la personnalité et des courbes comme Naomi Campbell Claudia Shieffer etc etc).

    Quand tu lis ELLE tu reconnais bien l’espèce d’univers « bourge » dans lequel se définit Carla Bruni. Ya tellement d’articles qu’on pourrait reprendre qui démontrent l’état d’esprit dans lequel sont les rédactrices/rédacteurs. L’image de la femme revendiquée dans ces trucs est souvent superficielle, supérieure (j’avais lu un article sur la pauvreté des étudiants dont le seul problème était apparemment de devoir demander de l’argent de poche à leurs parents pour payer leurs clopes), etc.
    Mais… Je crois qu’il y a même eu une étude de faite sur les magazines féminins dont le site madmoizelle avait parlé.
    Enfin bref, ya pas mal de points à aborder sur ce sujet mais si tu as un autre point de vue je serais intéressée d’en débattre.
  10. ShirakawaShirakawa

    Le 02 décembre 2012 à 11:48

    Posted by Cécilia L.
    Donc pour toi, on n'est pas féministe tant qu'on passe pas nos journées à faire des manifs ou à écrire des articles luttant pour l'égalité ? Y a effectivement un problème sur la définition là. Je n'agis probablement pas concrètement, mais quand j'en ai l'occasion, je remets à sa place quiconque lance un propos qui me semble sexiste. Je me considère féministe dans le sens où je souhaite l'égalité homme/femme. On n'est pas féministe que sur un plan matériel. Ca se passe aussi, et avant tout, dans les esprits. C'est avant tout une théorie, des idées auxquelles ont adhère ou pas.


    Bah oui. Pour moi, quelqu'un qui se revendique féministe c'est quelqu'un qui agit concrètement pour faire valoir l'égalité homme-femme. Et à plus grande échelle que le revendiquer quand on entend quelqu'un faire une remarque dans l'autre sens, où le souhaiter passivement.
    Certes, je souhaite l'égalité homme-femme, je remballe les gens qui vantent la supériorité évidente de l'homme par rapport à la femme, et j'ai même fait un exposé pour dénoncé cela ! Mais, je me considère pas féministe.
    Comme je me considère pas écolo' parce que je trie mes déchets, râle contre les gens qui jettent leurs papier par terre, et fait du covoiturage.
    Comme je me revendique pas pacifiste parce que je suis pour la paix dans le monde.
    Je considère que c'est des mouvements qui impliquent plus d'actions que ça, et qui passent pas seulement par une manière de penser. Pour moi, ça va bien au delà ! Donc oui, je pense pas du tout comme toi =)

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