Cannes : le VIP Room et les complexes qui déboulent

Cette semaine, SPP a découvert deux endroits particulièrement différents qui l'ont pourtant mise un peu mal à l'aise : le VIP Room et un rendez-vous raté avec l'Albane.

Cannes : le VIP Room et les complexes qui déboulent

Ça fait une semaine que je suis à Cannes et je commence un peu à fatiguer. Je crois que c’est humain. Hier, au bord de la crise d’angoisse, j’ai eu l’impression que j’avais hâte de rentrer chez moi et de ne jamais ressortir. Et pourtant, je sais que je vais déprimer sévère et ce sera un peu comme une gueule de bois géante, comme si je m’étais pintée à l’alcool à 90 pendant 10 ans sans m’arrêter.

Les journées passent vite, les soirées aussi et j’ai du mal à réaliser que dans 3 jours, soit un lavage de cheveux et 6 Coca Light, je serai rentrée chez moi. Je suis pas plus prête à me casser que je n’étais prête à débarquer mercredi 15 en début d’après-midi. Ce séjour est définitivement plein de contradictions, et je pense qu’il est impossible de mieux l’illustrer qu’en te racontant mes deux dernières soirées dans des mondes bien distincts.

Le VIP Room : l’antre de l’enfer

Il y a un truc à savoir : je n’ai rien contre les boîtes de nuit, tant que je n’y fous pas un pied. L’autre jour, on sortait tranquillement de la Villa UGC, où je suis allée boire des cocktails à s’en taper les fesses contre les murs à l’étage, sans avoir l’air trop pathétique dans les escaliers longés par une piscine. J’y serais bien restée POUR TOUJOURS afin de goûter les breuvages de toutes les couleurs du monde en regardant la vue sublime, moulée dans ma robe bustier qui m’a enfoncé la cage thoracique, à discuter avec le plus de personnes possibles. C’était pas gagné parce que j’ai passé au moins 20 minutes à faire des exercices de respiration et à envoyer des textos dans un coin désert du lieu pour m’habituer à l’idée d’aller causer à des inconnus.

Au bout d’un moment, on a dû se résigner à partir mais il était beaucoup trop tôt pour aller au lit. Faut que tu me comprennes : ici, j’ai un rythme. Alors on s’est mis en route pour aller dans un pub ou sur une terrasse sympa. C’était sans compter sur le fait qu’à Cannes, on croise des gens, qui peuvent éventuellement connaître les gens avec qui tu es. Et c’est ainsi qu’un monsieur très motivé qui a tous les soirs sa tête à la télé a réussi à convaincre notre accompagnateur de le suivre au VIP Room, la boîte de Jean-Roch. « Venez on va dans la bouche de l’enfer » nous a-t-il dit pour nous motiver. Alors forcément, pour les amateurs, c’est un peu un must dans le genre « je te mets des paillettes plein les yeux et tant pis pour les dégâts sur ta rétine parce que yolo ». Déjà, en arrivant, tu es accueillie par un tapis rouge à paillettes. Ça te donne le ton.

La seconde chose que j’ai vue en entrant dans l’antre de mes plus gros cauchemars, c’est un monsieur visiblement intéressée par moi pour des raisons évidemment spirituelles qui m’a fait de l’oeil avec un sourire en coin. En posant une main sur mon épaule, il m’a dit un truc (j’ai vu ses lèvres bouger). Je savais même pas que ce genre de techniques pouvaient encore être utilisées de nos jours, dans la vraie vie. En traversant la grande et sombre salle, j’ai remarqué des mascottes étranges, en plumes, avec des gens dedans, qui dansaient au rythme de Sean Paul avec plus ou moins de talent. J’étais pas tranquille : elles me donnaient l’impression d’être dans un livre de la collection Chair de poule avec des marionnettes.

Alors que j’étais presque cachée derrière un pylône à jouer avec des glaçons en faisant ma déficiente sociale, Fab, en bon patron, m’a soumis l’idée de me sortir les doigts de ma torpeur et d’aller explorer l’endroit. Ce que je fis non sans grogner, les épaules voûtées, la tête pendante. Étant une prêtresse de la lose, je n’ai pas remarqué, en me dirigeant vers le milieu du public, le tapis tournant au milieu. Croyant à une simple estrade, j’ai voulu prendre appui dessus pour éviter de me faire renverser de l’alcool sur la poitrine par un trentenaire. La demi-chute fut, malheureusement, inévitable.

Faux départ, donc : déboussolée, je suis revenue vers mes accompagnateurs avec la démarche du pingouin pour leur raconter avec force soupirs et me remettre de ma frayeur.

Viens Marcel on se casse, loin de tous ces gourgandins.

Ce à quoi Fab a répondu par un regard plein de sagesse. Un regard qui voulait dire « ne perds pas espoir, le VIP Room, c’est un peu comme le vélo, si tu ne remontes pas tout de suite en selle après être tombée t’es perdue ». À moins que ce ne soit « va voir et r’viens pas tant qu’t’as rien », je ne sais plus. Alors je me suis remise en route vers le centre de la pièce, non sans enchaîner les boulettes comme par exemple vouloir prendre un raccourci en passant par le carré VIP pour faire le tour (autant aller chez le coiffeur en espérant ressortir avec les seins de Jessica Alba, quoi : ça coûte rien d’espérer, mais tu peux toujours courir).

Ce que j’ai vu alors a dépassé toutes mes espérances en matière de dépaysement. Dans un classement des destinations les plus exotiques, le VIP Room passe à mes yeux devant le Sénégal et l’Australie, largement. Évidemment, comme dans toute boîte qui se respecte, on se doit d’essayer de ne pas percuter les couples qui fricotent pour un soir ou plus et pratiquent la parade amoureuse en se chauffant grâce à des bootyshakes et des mains au paquet. La base, dans ces cas-là, c’est de ne pas les déranger pendant ce rapprochement quasiment mystique. Tout le monde le sait.

Non ce qui m’a frappée, c’est l’espèce d’étalage de blaingue-blaingue qu’on peut y trouver. En chemin, j’ai failli me faire cramer de la tête jusqu’aux pieds par un serveur qui apportait leur énorme magnum de Champagne à des clients. Pour les féliciter d’avoir claquer l’équivalent de ton SMIC dans 1,5 litres de vin pétillant, après avoir annoncé leur nom au micro, ils leur apportent directement la bouteille qu’ils mettent dans un petit panier avec des espèces de fumigènes qui font plein de lumières et pointent leurs doigts imaginaires leurs mèches vers les heureux acquéreurs pétés de flouze. Parce qu’il faut les montrer, sinon c’est nul. Pourquoi pas, après tout, mais à mes yeux c’est foutument inconscient. C’est un peu comme se mettre debout, sur la pointe des pieds sur la Croisette, prendre un mégaphone et dire « EH J’AI DE LA THUNE EH, V’NEZ, J’EN AI PLEIN DANS MON PORTE-FEUILLE QUI EST DANS MA POCHE ARRIÈRE ».

Alors personnellement si j’avais le budget de me payer un Magnum, je demanderais la version tranquille, discrète, mais je suis novice à Cannes. Si ça se trouve, dans 10 ans, j’aurai adopté un look pimp et je fumerai le cigare en faisant de l’oeil à des escorts.

Non et puis, au VIP Room, la setlist, c’est pas dingue dingue hein. Disons qu’il faut aimer Beyoncé, Sean Paul et Chris Brown et s’habituer à l’idée qu’une chanson n’est jamais diffusée jusqu’au bout. Si tu es du genre à écouter NRJ en boucle, ça va, tu seras pas déboussolée. On est quand même allés jusqu’à entendre Gangnam Style ; c’est dire la prise de risque énorme du truc. Mais ce manque d’originalité dans les choix musicaux est largement compensé par les danseuses : à moitié cul nu, elles sont recouvertes de paillettes et font des figures dignes d’un concours international de GRS pour faire danser les voiles transparents qui leur servent d’ailes. Évidemment, il serait bien mal à propos d’omettre de parler des avaleurs de feu. Quel métier de merde ça doit être, dites : manger du feu et évoluer dans des odeurs d’alcool à brûler, bonjour l’angoisse. J’ose même pas imaginer leur budget déo. Un véritable spectacle de sons et lumières qui n’a pas été sans me rappeler les feux d’artifice du 14 juillet. Heureusement, les mecs en débardeur fluorescent, tous pectoraux dehors avec de l’huile sèche sur leur peau bronzée m’ont remis les pieds sur Terre fissa.

Le VIP Room n’est donc clairement pas un endroit où je me sens à l’aise et l’apothéose a eu lieu quand on m’a tapé sur l’épaule, que je me suis retournée et que j’ai réalisé qu’un photographe officiel de l’établissement était en train de m’immortaliser. Au moment où j’ai compris ça, au moment où j’ouvrais grand la bouche et les yeux pour l’implorer, paniquée, de ne pas appuyer sur le bouton, le flash se déclenchait. Depuis, je consulte régulièrement leur site pour voir si ma face effarée n’apparaît pas dans la catégorie quidam.

Mais il y a pire, non loin de là : quelques étages au-dessus, sur le toit de l’hôtel Marriott, il y a Albane, club éphémère où tu rentres pas en tong. Parce que Cannes c’est aussi ça : des univers différents à mille lieues de ce que j’aime vraiment mais auxquels je finis par m’habituer. Ils sont parfois tellement tape-à-l’oeil que le potentiel standing de l’endroit finit par être un peu assombri par une touche plus ou moins grosse de cheap. Alors oui, je te le dis, j’ai déconné et j’ai réalisé les limites de ma curiosité : le malaise. J’attendais de savoir si on pouvait rentrer. J’étais debout sur le sol tellement propre que j’en voyais ma culotte dans le reflet, avec entre autres l’équipe de Pop Redemption qui connaissait les gens qui connaissaient Fab. Après qu’on m’a fait un tampon invisible sur la main (alerte cheaposse), une première personne pourtant connue et respectée dans le milieu s’est faite recaler parce qu’elle ne portait pas de chemise classique et de veste. Un bref coup d’oeil autour de moi m’a suffi pour réaliser que les seules personnes avec qui j’arrivais à aligner deux mots sans avoir l’impression d’être un parasite étaient en jean/pull. Qu’ils ne pourraient pas rentrer. Que soit je montais avec des inconnus, soit je restais avec les recalés. J’ai vite fait mon choix.

J’ai déconné et j’aurais dû y aller pour pouvoir te retranscrire un peu l’ambiance du lieu, mais en vrai, j’ai des circonstances atténuantes : j’ai passé un quart d’heure à attendre de me faire tamponner le poignet avec Audrey Fleurot à quelques mètres de moi. Et le truc, c’est qu’elle m’a renvoyée à la petite fille moche que j’étais, à la gosse qui se demande si elle sera un peu pareil un jour en regardant des dames superbes qui ont l’air d’être bien dans leurs pompes en toutes circonstances. J’ai pas trop l’habitude d’être impressionnée par quelqu’un, encore moins pour des raisons purement esthétiques, mais c’était le cas et j’ai senti cette putain de boule dans la gorge qui me fait croire à chaque fois que je vaux pas plus qu’une flaque de miction. Je suis pourtant consciente que cette phase ne dure jamais longtemps et que je sais la contrôler, mais j’ai perdu toute mon audace en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « tout le monde tout nu sur la Croisette ». Que ce soit au VIP Room ou dans le hall du Marriott, j’ai nettement pris conscience que sous certains aspects, Cannes n’est qu’une question d’apparence (bonjour, Captain Sophie Obvious pour vous servir). Et quand on est une simple mortelle qui a confiance en elle à 90%, il peut devenir logique d’avoir quelques faiblesses.

C’est pas facile facile d’être à l’aise dans un univers à ce point éloigné du mien, mais je te jure les yeux dans l’écran que si j’ai l’occasion de retourner couvrir le festival, j’aurai ma revanche. Alors je traverserai tous les établissements les plus anxiogènes avec des chaussures qui disent « Bitch, please » à chaque pas et un regard affirmé.

Ouais. Et pour finir en pixels, voilà le photo-matton qu’on a fait avec Fab (on a les mêmes cheveux t’as vu) à la Chivas House :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ghost Town
    Ghost Town, Le 25 mai 2013 à 3h44

    @Sophie-Pierre Pernaut ce que vous etes beaux ! Et je te trouve très courageuse, non mais le VIP room quoi :yawn:.

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