Un arrêté « anti-burkini » suspendu par le Conseil d’État : vers la fin d’une indigne polémique ?

Le Conseil d'État a suspendu un arrêté « anti-burkini », arguant qu'il constituait « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales ».

Un arrêté « anti-burkini » suspendu par le Conseil d’État : vers la fin d’une indigne polémique ?
Mise à jour du 26 août — Les choses avancent ! Le Conseil d’État vient de suspendre un arrêté « anti-burkini », celui de Villeneuve-Loubet.

Cela signifie que cet arrêté est suspendu et que cette décision pourra faire jurisprudence si les arrêtés similaires passés dans d’autres communes sont contestés en justice.

Je ne résiste pas à vous partager la conclusion de cet article très accessible du Monde :

L’ordonnance du Conseil d’Etat précise que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

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Allez bisou les rageux

Article du 20 août 2016 — Août 2016. L’actualité ronronne. Toute la France est en vacances. Toute ? Non ! Une poignée de communes résiste encore et toujours à la torpeur.

Depuis le 27 juillet, une douzaine de municipalités françaises a interdit le port du burkini. Ce vêtement de plage couvre généralement tout le corps ainsi que les cheveux, laissant les pieds, les mains et le visage nus. Certaines femmes musulmanes le portent pour se baigner.

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Les deux modèles de burkini commercialisés par Marks & Spencer

Selon les maires des communes où le burkini est proscrit, il constitue un risque de trouble à l’ordre public et enfreint le principe républicain de laïcité : c’est « un vêtement religieux ostentatoire ».

Pourquoi tant s’émouvoir de ce que certaines femmes portent, ou ne portent pas, à la plage ? Pourquoi faire passer des arrêtés pour inscrire dans les règles officielles d’une commune l’interdiction du burkini ? J’ai voulu décrypter les arguments « anti-burkini » et y répondre.

Le burkini, symbole d’une oppression sexiste

Les hommes, même musulmans, ne portent pas le burkini. Comme le voile, il se base sur des principes religieux concernant le corps des femmes, qu’elles se devraient de couvrir « pudiquement ».

En ce sens, certain•es opposant•es au burkini invoquent l’égalité des sexes, voire le féminisme, comme justification de son interdiction.

« Le burkini n’est pas une mode. C’est la traduction d’un projet politique […] fondé sur l’asservissement de la femme »

J’ai réfléchi aux autres oppressions sexistes survenant à la plage, qui ne font pas l’objet d’un arrêté municipal. Pêle-mêle me sont venus en tête les diktats de l’épilation, du corps « beach body ready », débarrassé de ses kilos « superflus », de sa cellulite et de ses vergetures ; celui de la taille des seins, du bronzage à tout prix…

À lire aussi : L’arrivée de mes poils, la plage, les vagues… et mes complexes

Prenons les poils, par exemple. Un très grand nombre de femmes s’épilent plus ou moins avant de se mettre en maillot de bain. Aisselles rasées, maillot bien taillé, jambes glabres sont monnaie courante sur les plages.

Pendant ce temps, les hommes laissent libre cours à leur toison, qu’importe son abondance. De la barbe aux mollets, il est socialement accepté que leurs poils vivent leur vie dans le plus grand des calmes. Ce qui n’empêche pas certains hommes de s’épiler, ni de complexer sur leur pilosité, bien sûr — mais on n’attend pas d’un mec qu’il se débarrasse de ses poils avant de se mettre en maillot.

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CE TORSE VELU !! MES YEUX BRÛLENT !

Je ne vois pas de grandes personnalités politiques s’émouvoir de ce double standard. Je ne vois pas de ministres au micro des radios nationales, dénonçant les dommages causés par la guerre contre la pilosité féminine. Je ne vois pas d’arrêté municipal exigeant le droit aux toisons pour tou•tes, au nom de l’égalité des genres.

Il faut croire qu’une oppression sexiste n’est indésirable, en France, que si elle est liée à une religion, plus précisément ici à l’Islam. On croit aisément ces millions de femmes jurant — et avec sincérité — qu’elles s’épilent, font des régimes et se maquillent « pour elles-mêmes », de leur propre initiative ; pourquoi ne pas accorder aux porteuses de burkini ce droit au libre arbitre ?

Ce qui m’amène à mon deuxième point…

« Libérer » du burkini… en lui interdisant l’espace public ?

Il y a quelques mois, un autre débat agitait la sphère politique : faudrait-il interdire le voile à l’université ? Je me souviens être restée sur le cul, passez-moi l’expression, devant cette idée.

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Espérer « libérer » les femmes musulmanes des oppressions qu’elles « subissent » en leur fermant les portes de l’enseignement supérieur, c’est vraiment pas la stratégie du siècle. J’ai pas fait Sciences Po mais je pense pouvoir déduire ça toute seule.

Une femme portant le burkini, si on l’interdit à la plage, ne va pas soudainement se mettre à faire du topless. Elle va, très probablement, cesser d’aller à la plage. Donc ses libertés seront restreintes, tout ça parce que la tenue qu’elle porte pour se baigner est liée à sa façon d’interpréter sa religion (oui, parce que le Coran ne parle pas de burkini, ça serait quand même surprenant).

J’aimerais, juste pour l’amour du LOL, voir des employés municipaux demander à un prêtre en soutane de quitter une plage car il trouble l’ordre public. J’y crois moyennement, étrangement.

Diluer le burkini dans la normalité

Visualisation : les femmes portant le burkini sont privées de plage. Elles se réunissent donc pour se rafraîchir, par exemple dans la piscine privée de l’une d’entre elles, comme le leur a conseillé Caroline Fourest avec un degré d’empathie frôlant le zéro absolu.

Si le but des détracteurs du burkini est de « libérer » les femmes, de leur « rappeler » (comme c’est gentil) qu’elles sont autorisées à se dénuder, ça me semble mal barré.

Dur de devenir championne olympique de beach volley sans avoir accès à la plage

Rien ne normalise davantage les choses que d’y être confronté•e. J’ai déjà raconté mon rapport plutôt sain à la diversité des corps féminins, issu notamment de ma fréquentation des hammams marocains depuis ma plus tendre enfance. Cette nudité généralisée était tout ce qu’il y a de plus normal à mes yeux, et jamais les femmes qui m’entouraient n’ont été sexualisées.

Alors à tous ceux, toutes celles qui rêvent avant de s’endormir de voir les femmes en burkini déchirer leur tenue de bain façon Superman changeant de costume, je dirai : laissez-les aller à la plage. Laissez-les côtoyer diverses femmes, plus ou moins vêtues, et choisir par elles-mêmes ce qui les inspire.

Et arrêtez de vous sentir aussi concerné•es par ce que portent ou ne portent pas les femmes, bordel. Ça n’a aucune incidence sur votre vie.

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