Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d’un policier

Que faire en cas d'agression sexuelle, comment porter plainte ? Nous avons posé mille questions à un fonctionnaire de police, qui a accepté de nous répondre sans détour ni langue de bois.

Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d’un policier

Il y a quelques semaines, nous avons publié le témoignage d’une lectrice qui avait échappé à une tentative de viol. Après avoir été menacée par son agresseur, elle s’était sentie incapable de porter plainte, de peur que ce soit pour lui un excellent moyen de la retrouver. Elle n’est pas la seule. Dans les commentaires sous l’article, ailleurs sur Internet, on peut lire des témoignages de personnes qui n’ont pas pu s’y résoudre pour des raisons diverses. La preuve : l’année dernière, le hashtag #jenaipasportéplainte récoltait quotidiennement des milliers de tweets de personnes qui racontaient les raisons de leur non-recours à la justice. Peur de se faire mal recevoir par la police au moment de déposer sa plainte, peur des représailles, d’avoir à raconter ce qu’on préférerait oublier ou peut-être un mélange de tout ça… Les raisons étaient nombreuses et personne ne peut vraiment les juger. Pour en savoir plus, pour éviter à celles qui ont subi une agression sexuelle d’avoir à chercher par elles-mêmes les moyens pour elles de se défendre dans une situation déjà difficile et traumatisante, nous avons donc contacté un policier qui a accepté de répondre à toutes nos questions et que l’on remercie encore chaudement.

Dépôt de plainte et enquête

Comment se passe un dépôt de plainte ? Comme nous l’a expliqué le policier que nous avons contacté, le déroulement est le suivant : la personne vient, dépose sa plainte. Les policier-e-s se doivent de ménager la victime sans pour autant prendre tout ce qu’elle raconte pour argent comptant : les faits doivent être vérifiés. Après que la plainte a été déposée, l’enquête commence, menée par une brigade spécialisée. Le/la procureur-e donne alors les instructions. Des examens physiques en milieu hospitalier et psychologiques sont alors prodigués sur le/la plaignant-e. Selon l’ancienneté des faits (si une personne décide de porter plainte plus ou moins longtemps après que l’agression a eu lieu), l’examen physique ne donnera rien et il ne restera aucune trace. Toutefois, notre représentant des forces de l’ordre précise qu’il y a de fortes chances pour que le retentissement psychologique se ressente. Des expert-e-s s’entretiennent alors avec la victime et donnent un avis qui leur est propre (d’un-e expert-e à l’autre, bien sûr, l’avis peut différer).

Si les faits se sont déroulés peu de temps avant, le/la plaignant-e est l’objet un examen physique et de prélèvements pour rechercher des traces sur ses habits et son corps, dans le but d’identifier les auteur-e-s et de prouver l’agression. Une fois que suffisamment de preuves ont été récoltées, le/la procureur-e demande aux policier-e-s d’aller chercher l’agresseur-se. « Il faut impérativement que ce genre de délinquant soit dénoncé et reconnu comme tel. Cela évite la récidive qui peut parfois aller crescendo dans les actes », explique-t-il.

Peut-on rester anonyme ?

Il est impossible de porter plainte sous X (sauf dans des cas très particuliers ou lors de témoignages), qu’une menace orale ait été prononcée par l’agresseur (comme dans le témoignage publié récemment) ou non. Même l’auteur présumé est informé de la plainte et du nom de la victime. « Pour pouvoir interroger l’auteur présumé, il faut bien lui présenter des faits établis », explique le policier. Mais est-il en accord avec cette façon de procéder ? Pas à 100% : « J’ai le sentiment qu’on protège davantage les auteur-e-s que les victimes. Autre exemple : quand l’agresseur présumé est mis en garde à vue, on lui propose un avocat, un médecin, d’appeler sa famille… La victime, elle, peut être très bien accueillie par un-e fonctionnaire respecteux-se, qui la soutient et fait bien son travail… ou pas ».

Que faire si l’accueil n’est pas bon ?

À ce sujet, il arrive qu’au moment de déposer sa plainte, on se retrouve face à un-e policier-e peu enclin-e à nous soutenir sans jugement. Le représentant des forces de l’ordre en est conscient :

« La police fait preuve d’empathie, elle a bien évolué. Il y a des fonctionnaires spécialisé-e-s, qui reçoivent des formations. Mais nous ne sommes pas tous à égalité sur là-dessus, et il peut malheureusement arriver de tomber sur un-e policier-e « maladroit-e ». Moi, par exemple, quand je sens que la victime est mal à l’aise avec moi, j’ai le réflexe d’aller chercher une collègue féminine, mais tout le monde ne le fait pas. Si la victime ne le sent pas, si au moment du dépôt de plainte, elle se sent mal considérée par les fonctionnaires qui la reçoivent, qu’elle n’hésite pas à laisser tomber et revenir plus tard. Je me doute que c’est difficile de faire le geste de revenir plus tard alors qu’on s’était décidé, mais c’est probablement mieux pour elle. »

Conseils pour les personnes qui ne veulent pas porter plainte

Le fonctionnaire de police avec qui nous avons discuté est formel : il faut porter plainte en cas d’agression sexuelle :

« Il faut porter plainte, même si on a peur des représailles. Si les faits sont avérés, tout est fait pour que les auteurs soient condamnés avec interdiction de côtoyer la victime. Il ne faut pas baisser les bras, il faut déposer la plainte, et surtout ne pas garder ça en soi. C’est extrêmement destructeur et les chances pour que le traumatisme refasse surface sont énormes. Pour se reconstruire, il est primordial de porter plainte. Il faut prendre le risque que, parfois, l’agresseur ne soit pas forcément reconnu en tant que tel ».

Toutefois, que faire si la victime ne veut vraiment pas porter plainte sur le moment ? Le policier donne deux conseils primordiaux pour celles qui ne se sentent pas capables de prendre cette décision tout de suite :

  • Se rapprocher d’associations qui aident les victimes de viol. Là-bas, les gens les écouteront, leur donneront des conseils, feront en sorte que les victimes se reconstruisent et pourront même accompagner la personne qui ne veut pas aller porter plainte seule. Ex : SOS Viol, SOS Femmes Accueil, ou encore le Collectif Féministe contre le viol.
  • Surtout, que la victime ne lave pas les vêtements qu’elle portait au moment de l’agression. Les traces qu’on pourrait y trouver sont beaucoup trop importantes et pourraient permettre d’identifier l’agresseur. Le policier conseille de les entreposer dans un sac en papier, à l’abri de la lumière et de l’humidité, et les apporter avec elle le jour où elle aura décidé de porter plainte.

On espère très sincèrement que tous ces conseils prodigués par le policier ne vous seront jamais utiles. Mais en attendant, ces informations permettront peut-être à celles qui ont subi une agression sexuelle de savoir comment réagir.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mageria
    Mageria, Le 7 mars 2013 à 12h45

    Même l’auteur présumé est informé de la plainte et du nom de la victime. « Pour pouvoir interroger l’auteur présumé, il faut bien lui présenter des faits établis »



    Même si cela peut paraître normal, je trouve ça assez con tout de même... si aucune charge n'a été retenue contre le violeur présumé, celui-ci peut donc sans scrupule retrouver celle qui l'a dénoncé avec son nom et prénom.

    Je trouve ça assez hallucinant. Certes, durant les procès, les noms sont donnés mais dans le cas où l'enquête s'arrête assez vite et qu'aucune suite n'est donnée, je trouve ça assez dérangeant comme principe.

    @djahane07

    Vraiment désolée de ce qui t'es arrivé.
    C'est dans ces cas comme ça où l'on se dit que porter plainte ne sert, au final, à rien.

    J'ai connu une autre fille qui a subit la même chose étant mineure et cela fait des années que l'enquête suit son cours (pourtant, ils ont l'identité de l'agresseur) et toujours rien de concret.
    C'est malheureux d'avoir tous les éléments et preuves en main pour n'aboutir à rien.
    Mais heureusement qu'une partie des agressions trouvent justice.

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