Je suis agoraphobe – Témoignage

Je suis agoraphobe – Témoignage

L’agoraphobie, qu’est-ce que c’est ? Comment vit-on avec ? Voici le témoignage d’une madmoiZelle qui souffre de cette maladie et qui essaie de guérir, petit à petit.

À chaque fois que j’annonce à quelqu’un que je suis agoraphobe, on pense que c’est « juste » une simple peur de la foule. C’est un peu plus vicieux que ça… Être agoraphobe, c’est une peur irrationnelle de sortir de chez soi. C’est une véritable épreuve pour moi : pourtant, habitant dans un petit village, il y a peu de risques que je croise une foule de gens en allant à la boulangerie. Mais chaque sortie de mon appartement est une croisade, une guerre contre mes peurs et mes angoisses. Au début, je mettais ça sur le compte de la flemme (« Oh non, j’ai la flemme d’aller faire les courses, de toute façon il me reste quelques pâtes, ça suffira pour manger »), mais au fur et à mesure, j’ai réalisé que ce trouble avait une emprise beaucoup plus grande sur mon quotidien. En fait, mon agoraphobie est ce qui a construit mon style de vie.

Ça s’est installé progressivement, de manière très pernicieuse, de sorte qu’encore aujourd’hui, je réalise que j’ai pris la plupart de mes décisions dans ma vie en fonction de ce handicap. Sans même m’en rendre compte, dès ma préadolescence, j’ai commencé à ressentir de l’angoisse à chaque fois que je sortais ou que je prévoyais de sortir. À mes 14 ans, en plein cours de physique, j’ai eu ma première vraie crise d’angoisse. Ce jour-là, j’ai cru que j’étais en train de devenir folle : j’ai fait une crise de déréalisation. Brusquement, le monde autour de moi m’est apparu très différent, hostile, bizarre. Pourtant, tout était comme avant, les tables, les chaises, les murs, le prof et les élèves. Mais quelque chose de très angoissant était en train de se produire, sans que je puisse expliquer quoi. Dans ma tête, ces phrases tournaient en boucle : « Je suis là… je suis vraiment là… c’est moi qui suis là… », et à chaque fois, je me sentais de plus en plus en danger, comme si ma carapace se brisait. Jusqu’au point où c’est devenu insupportable. Le bruit et la luminosité, tout était trop fort. J’ai bouché mes oreilles, caché mes yeux et baissé la tête sur la table. Le plus « drôle » dans tout ça, c’est que le cours de physique a continué comme si de rien n’était. Je ressemblais juste à une élève de 3ème qui se faisait royalement chier en cours.

À partir de ce moment-là, les crises ont continué. Je n’arrivais pas à mettre des mots dessus, à expliquer. J’avais beau essayer, tous les gens à qui j’en parlais s’éloignaient petit à petit de moi en pensant que j’étais cinglée. Au fond, je le pensais aussi. Progressivement, j’ai remarqué que les crises n’arrivaient jamais lorsque j’étais chez mes parents, et c’est là que le cercle vicieux s’est mis en place : j’étais bien à la maison, et à chaque fois qu’il fallait sortir, c’était l’épreuve, car il y avait de grandes chances pour que la crise arrive. Et même si je la dissimulais très facilement aux yeux des autres, elle était horriblement éprouvante pour moi. Au fil des années, c’est la dépression qui s’est installée : à force, on se sent incapable de faire quoi que ce soit qui implique de sortir (même aller ouvrir la boîte aux lettres), on anticipe chaque sortie (prévoir le chemin, ne pas y aller seule, éviter l’heure de pointe, prévoir les conversations, penser à tout ce qui pourrait mal tourner…) et on finit par en perdre toute confiance en soi.

Aujourd’hui, j’ai 22 ans. Cela fait maintenant 10 ans que j’ai eu pour la première fois l’envie de mettre fin à ma vie. Pendant mon adolescence, j’avais souvent essayé de voir des psychologues et des psychiatres, mais sans succès, étant donné que je n’arrivais pas à expliquer mes crises de déréalisation (c’est un grand soulagement pour moi, 8 ans après, de pouvoir leur donner un nom). Mais fin 2012, j’étais sur le point de craquer, pratiquement incapable de sortir de chez moi, incroyablement irritable, et très en proie aux idées noires. J’ai parlé à mon médecin généraliste, j’ai vu une psychiatre qui m’a donné des antidépresseurs et des anxiolytiques. J’ai ensuite vu un autre psychiatre, spécialisé dans l’angoisse, et au vu de mon récit, il m’a dit que je souffrais d’un trouble panique avec agoraphobie et que ça se soignait très bien. Je n’ai pas pu retenir mes larmes, j’ai pleuré de tout mon corps : enfin un nom sur cette maladie, enfin l’espoir, enfin la reconnaissance de ma souffrance, et enfin ce mot, « guérir ».

On m’a rapidement inscrite à l’hôpital de jour avec d’autres personnes souffrant du même trouble, et nous avons passé de longues séances de groupe à cibler nos sensations corporelles au moment de l’angoisse. On a étudié le cercle vicieux, l’anticipation, l’angoisse, les pensées… Et surtout, on a appris que ce qui déclenche l’angoisse dans tout ça, c’est l’hyperventilation. Là, tout s’est éclairé : cette impression de devenir folle, que le monde était étrange, ne plus me reconnaître dans le miroir… Tout ça, ça venait du manque d’oxygénation du cerveau, dû à l’hyperventilation ! J’ai encore les larmes aux yeux quand j’y repense. Je ne suis pas folle.

Malgré tous mes progrès durant des 3 mois, ça n’efface pas ces dix années de conditionnement. Je ne supporte plus qu’on me mette la pression, et suite à un objectif tout simple que m’avait fixé mon psy, j’ai complètement perdu les pédales et j’ai récemment fait une tentative de suicide. Maintenant je me repose dans une clinique, j’ai commencé à communiquer avec mes parents sur la pression qu’ils me font subir et j’essaie de devenir plus forte. J’ai énormément de soutien de la part de mon copain, ma famille, mes amis et les madmoiZelles, que je remercie tout particulièrement.

À toutes les madmoizelles qui souffrent de ne pas réussir à sortir de chez elles, qui n’ont plus confiance en elles, n’oubliez pas qu’il reste de l’espoir, qu’il reste toujours de la force pour se battre.

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  • Suomi
    Suomi, Le 4 février 2013 à 15h51

    Merci beaucoup pour ton témoignage. Le problème avec la médecine douce, c'est qu'on ne sait jamais si ça va marcher. Sur certaines personnes, ça fait des miracles, sur d'autres c'est beaucoup plus difficile. Je fais de la sophro car cela rentre dans mon budget, mais je pense que je devrais essayer l'hypnose. Le problème, c'est toujours l'argent. Si on me disait : 100% garanti, je serais capable de faire un prêt à la banque pour guérir car c'est tellement handicapant ! Mais si ça ne marche pas, j'aurai toujours mon problème à traiter et je devrai trouver une autre solution coûteuse. C'est nuuuul !

  • Versus
    Versus, Le 4 février 2013 à 16h24

    suomi;3907110
    Merci beaucoup pour ton témoignage. Le problème avec la médecine douce, c'est qu'on ne sait jamais si ça va marcher. Sur certaines personnes, ça fait des miracles, sur d'autres c'est beaucoup plus difficile. Je fais de la sophro car cela rentre dans mon budget, mais je pense que je devrais essayer l'hypnose. Le problème, c'est toujours l'argent. Si on me disait : 100% garanti, je serais capable de faire un prêt à la banque pour guérir car c'est tellement handicapant ! Mais si ça ne marche pas, j'aurai toujours mon problème à traiter et je devrai trouver une autre solution coûteuse. C'est nuuuul !
    Pour ma part, l'hypnose a été beaucoup plus efficace que la psychothérapie... Il y a même eu un psychiatre qui a dit dès la première séance qu'il ne pouvait rien pour moi ! Mais c'est plus coûteux, c'est sur.

    Certains thérapeutes pratiquent des réductions ( 60€ pour les chômeurs ou les étudiants). Et comme c'est toujours une thérapie courte (pas plus de 4 séances pour l'agoraphobie selon mon praticien) et que c'est toi qui choisis la fréquence des séances, tu gères à la fois selon tes progrès et ton budget. De toute façon, ça ne sert à rien de faire plusieurs séances dans le mois.

    Je suis sans emploi, je paye 80€, donc je ne peux pas trop trop me permettre - mais en espaçant, c'est gérable.

  • Facebook
    Facebook, Le 4 février 2013 à 18h23

    Merci de ton témoignage et je trouve que tu as eu beaucoup de courage de le faire ! J'espère vraiment que tu sauras guérir ce trouble ..

  • Persee-faune
    Persee-faune, Le 7 février 2013 à 19h33

    Merci pour les témoignages sur l'hypnose. Et personne n'a entendu parler de/pratiqué l'EMDR?

  • Mitchie
    Mitchie, Le 10 février 2013 à 18h23

    J'ai toujours eu une agoraphobie assez légère qui s erenforce quand je suis pas très bien, et qui est souvent une apprehension quand je dois sortir, quand je suis dehors j'ai peur de faire aggresser, je me sens pas en sécurité et j'ai une sensation d' étouffement dans les lieux publiques, et que je peux ressentir aussi à l'intérieur.
    Ca c'était calmé quand je suis allée vivre dans une petite ville maintenant je revis a Paris et mon agoraphobie c'est amplifié j'appréhende beaucoup de sortir et surtout prendre le métro je recommence à avoir des crises d'angoisses dehors et parfois dedans.
    J'espère que en prenant l'habitude de vivre à Paris ça va revenir et je pense que l' appréhension que je ressens dés que je dois sortir n'aide pas non plus, mais il faut que je me force un peu à sortir.

  • Ezmag
    Ezmag, Le 3 avril 2013 à 22h19

    J'ai aussi eu, il y a environ un an, une sorte d'agoraphobie, même si ça n'allait pas si loin. J'étais en 'obésité' et donc complexée et je voulais pas sortir de chez moi,je pensais que tout le monde me regardais quand j'étais dehors, qu'on m'observait, en fait c'était le regard des gens donc je perdais mes amis qui en avaient marre que j'annule les sorties par ' flemme ' selon moi..
    Depuis, je me suis lancée dans un régime, et je suis en 'surpoids léger', j'ai beaucoup perdu et je suis mieux dans ma peau, et dans ma tête :rotate:
    Je sors, et maintenant c'est même moi qui propose des sorties. J'ai commencé à voir la vie différemment je me fatigue beaucoup moins et il m'arrive de ne pas avoir envie de rentrer !
    Beau témoignage, bon courage :happy:

  • RougePivoine
    RougePivoine, Le 16 mai 2013 à 21h58

    Salut Salut :)
    Magnifique témoignage
    Je suis moi même agoraphobe depuis + de 10 ans
    Je serais ravie de parler avec d'autres personnes concernées, n'hésitez pas ! :)

  • So-Ju
    So-Ju, Le 22 septembre 2013 à 20h35

    C'est rassurant de voir que l'on est pas la seule dans ce cas là (même si le mieux serait que cette maladie n'existe pas).

    Pour ma part, on m'a diagnostiquée phobique sociale à l'âge 21 ans, et cela faisait au moins 10 ans que mes angoisses m'empêchaient de vivre normalement. Je ne sortais quasiment jamais de chez moi, sauf pour aller à l'école. Et le premier jour de fac, quand je suis arrivée devant ce grand bâtiment, toute seule au milieu de toutes ces personnes, j'ai fais demi-tour et je suis rentrée à la maison en pleurant. C'était juste pas possible, c'était "trop", pas gérable.

    Toutes ces angoisses et ce stress accumulés ont mis mon estomac à rude épreuve, j'étais à la limite de l'ulcère (à 18 ans, je vous laisse imaginer la tête du médecin).
    A 14 ans, ma mère m'a emmenée chez une magnétiseuse pour "enlever" mes angoisses (aucun résultats). Puis une psychologue spécialisée dans les troubles pour ados en est arrivée au constat qu'il y avait une tare dans la famille et que j'en étais porteuse...

    Ma famille pensait que j'étais paresseuse, alors que tout ce que je voulais, c'était de découvrir le monde, de voyager, d'être normale. Et puis vers l'âge de 20ans j'ai remarqué que mon comportement s'aggravait, il m'arrivait même de me faire peur.

    Lors de ces crises, je me sentais hors de mon corps, comme si ce n'était pas la réalité. Les personnes en face de moi ne me paraissaient pas réelles, mes yeux commençaient à me brûler, et j'avais la sensation qu'une autre personne était dans ma tête. Parfois même j'étais persuadée que les gens que je croisaient dans la rue préparaient un complot pour m'enlever. Quand je redevenais "lucide" j'étais paniquée à l'idée d'être comme ça. Entre temps les pensées suicidaires s'insinuaient dans ma tête. Je voulais m'endormir, juste mettre le monde sur pause et me reposer, partir pour un monde meilleur sans douleur et sans peur. J'ai aussi l'impression parfois que je ne suis pas faite pour vivre... Il y a des hauts et des bas.

    Il m'est difficile de parler de ces choses là, c'est une partie sombre de ma vie que j'ai encore du mal à accepter. Je suis sous antidépresseurs depuis 1 an maintenant et je ne peux pas nier que cela m'aide beaucoup.

    Aujourd'hui je me suis lancée un challenge, celui de m'installer à Londres, mais je pense que j'ai vu trop grand, je ne sors quasiment pas (difficile pour trouver un job ou un appartement! ^_^).

    Voilà un petit bout de mon histoire personnelle, et je voudrais vous faire partager une maxime qui est devenue mon mantra : "Plutôt que de maudire les ténèbres, allumons une chandelle, si petite soit-elle."

  • Vertigesdemavie
    Vertigesdemavie, Le 29 janvier 2015 à 11h02

    Hello à tous ! je sais que ces messages datent de quelque années ou mois et donc je ne sais pas si c'est toujours d'actu et si les personnes concernées souffrent encore de l'agoraphobie.
    Je voulais vous apporter mon témoignage et mon soutien. J'ai été agoraphobe durant près de 15 ans (j'en ai 39!) et je m'en suis sortie.... pas facilement mais avec la volonté... le courage ... en sortant de ma consultation psy en 2010, j'ai pété un plomb et je me suis dite : stop.. tu peux plus continuer comme ça ! Je me suis achetée un billet d'avion pour Bangkok et je suis partie seule pendant 1 mois !!!! quelle sortie de zone de confort n'est -ce pas ???
    Et bien depuis je vais mieux, ça a été un électro-choc, je suis guérie depuis 2 ans pour de vrai... et j'aide maintenant à ma manière ceux et celles que je peux. J'ai créé un site en décembre dernier dédié à l'agoraphobie. J'espère qu'il aidera un maximum de gens. Je n'ai pas de baguette magique mais le fait de savoir que j'ai passé par le même chemin que vous, ne peut qu'encourager ceux et celles qui veulent s'en sortir. Je suis devenue depuis une boulimique de voyages, je rêve d'ailleurs, de liberté en non-stop et dès que je peux, je pars (cote ouest seule usa 1 mois l'année dernière, canada 3 semaines seule).
    Mon site dédié à l'agoraphobie est : http://www.vertigesdemavie.com
    Et mon blog voyages : http://www.passionvoyageuse.com

    Bonne chance à tous et surtout ne lâchez rien !!!
    Biz

  • Selinde
    Selinde, Le 26 mars 2015 à 22h16

    Super article ! Courage à toutes les personnes souffrant d'agoraphobie :jv: