Dans la Sarthe, un hopital public ne pratique plus les IVG

Dans la Sarthe, un hôpital public est incapable d'assurer les IVG depuis janvier en vertu de la clause de conscience invoquée par trois de ses médecins.

Dans la Sarthe, un hopital public ne pratique plus les IVG

France, 2018. La loi Veil a 43 ans. 43 ans que les femmes ont le droit d’avorter légalement.

Il s’en est passé des choses, depuis 1975. On a ajouté un certain nombre de garanties dans la loi, comme le délit d’entrave à l’IVG et sa version numérique.

Ils visent à punir celles et ceux qui voudraient empêcher les femmes d’avoir recours à l’avortement, soit en bloquant l’entrée des centres de santé, soit en divulguant de fausses informations.

On a beau subir les attaques régulières des conservateurs, qui innovent sans arrêt en termes de campagne de désinformation, on croit que ce droit est acquis.

On oublie en réalité les mots d’une autre Simone, Simone de Beauvoir, qui nous avertissait déjà :

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis.

Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

L’accès à l’IVG inégal sur le territoire français

En effet vendredi dernier, j’ai découvert par le biais du journal Ouest France qu’en Sarthe, un hôpital public ne pratique plus les IVG.

Depuis le départ à la retraite d’un praticien, sur les quatre médecins habilités à le faire, trois invoquent leur clause de conscience.

Cette disposition légale permet à un médecin de refuser de pratiquer un acte médicale allant à l’encontre de ses convictions personnelles ou professionnelles, tant que la santé ou la vie de la patiente n’est pas en danger. Elle s’accompagne de l’obligation de référer la patiente à un médecin pouvant pratiquer l’acte médical en question.

Elles est présente dans le Code de la Santé Publique à la fois dans les dispositions générales  et dans les textes concernant précisément l’avortement.

La suppression de cette « double » clause de conscience dans le cas de l’avortement avait été recommandée par le Haut Conseil à l’Égalité dès 2013. Puisqu’elle est déjà assurée par les dispositions d’ordre générale, le second texte la garantissant dans le cadre de l’IVG est inutile et ne fait que renforcer l’idée qu’il s’agit d’un acte médical « à part ».

Quid du quatrième médecin ? À temps partiel, il ne peut répondre seul à la demande. Faute de moyens et au vue de la pénurie de praticiens qualifiés acceptant de pratiquer l’IVG, l’hôpital n’avait jusqu’à présent pas trouvé de solutions.

Dans la Sarthe, une solution pour l’accès des patientes à l’IVG

Voilà pourquoi depuis janvier, les personnes souhaitant avoir recours à l’avortement sont redirigées vers d’autres centres de santé, au Mans ou à Angers.

Cette situation a été légitimement dénoncée par Nadine Grelet-Certenais, Sénatrice Socialiste de la Sarthe, le 31 juillet dernier.

Mardi 7 août, la ministre de la Santé Agnès Buzin, a annoncé qu’une solution était en passe d’être trouvée pour reprendre ces activités dès septembre comme le rapporte le Maine Libre :

« Un praticien a notamment accepté d’augmenter son temps de travail et un médecin généraliste de Saumur qui est titulaire du diplôme universitaire en gynécologie, accepterait de venir à hauteur de 20% de son temps de travail, au sein de cet hôpital. Si cette piste est confirmée, l’activité pourrait redémarrer début septembre. »

L’appuis de l’hôpital du Mans et du CHU d’Angers pourraient par ailleurs contribuer à la reprise de ces services essentiels.

Il n’en demeure pas moins que durant au moins sept mois, les patientes se référant à l’Hôpital de la Flèche étaient contraintes d’être redirigées ailleurs. Un exemple de rupture de l’égalité d’accès aux soins sur le territoire.

Pourquoi est-ce que cela doit nous alerter ?

Si j’estime que le sujet est important et grave, c’est parce que nous sommes actuellement dans un contexte où les anti-choix  contre-attaquent. C’est vrai au niveau global, il suffit de jeter un oeil à ce qui se passe à l’étranger, en particulier aux États-Unis.

C’est vrai aussi en France, avec des campagnes qui se sont multipliées ces dernières années : la marche pour la vie, les différents sites anti-IVG déguisés qu’ils soient d’apparence institutionnelle ou millenial, les campagnes d’affichage sauvages, jusqu’aux publications ciblées sur Facebook.

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Le fait que trois médecins invoquant leur clause de conscience soient en grande partie à l’origine de cette situation me paraît être un signal supplémentaire.

Cette situation semble certes isolée pour l’heure en France, mais je ne peux m’empêcher de penser au cas de l’Italie par exemple, où la très grande majorité des médecins refusent de pratiquer l’avortement, rendant la démarche complexe pour les femmes.

Un rapport du Commissaire aux Droits humains du Conseil de l’Europe indiquait même en décembre 2017 que les droits sexuels et reproductifs reculent sur le continent.

Cette situation sonne donc comme un rappel à ne pas baisser la garde.

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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