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Pilule et cancer : comment décrypter les « selon une étude » alarmistes ?

Une nouvelle étude établit un lien entre pilule et cancer du sein. Faut-il s’en inquiéter ? Esther fait le point sur ces messages alarmistes récurrents, avec l’aide d’une spécialiste.

Lundi 24 septembre 2018, c’est la journée mondiale de la contraception ! Est-ce que tu te considères bien informée sur la contraception ? Tu peux relire nos articles sur la contraception pour en savoir plus, et participer à la diffusion de l’information en partageant ces contenus à tes proches !

– Article initialement publié le 12 décembre 2017

Nouvelle semaine, nouvelle mise en cause de la pilule. Le 7 décembre dernier, une nouvelle étude sur la pilule et le cancer était publiée dans The New England Journal of Medicine.

Une nouvelle fois, des articles ont donné l’air de tirer sur la sonnette d’alarme, une nouvelle fois, la pilule est soupçonnée d’augmenter des risques de cancer, et sauve-qui-peut voulez-vous bien me jeter immédiatement ces hormones à la poubelle svp ?

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Pilule et cancer : que dit vraiment cette étude ?

On parle ça et là d’une augmentation du risque de cancer de 20%. Certes, mais il faut les remettre en perspective ! En réalité, ce que dit l’étude, c’est que :

« Comparé avec les femmes qui n’ont jamais pris de contraception hormonales, le risque relatif de cancer du sein parmi toutes les personnes en ayant pris actuellement ou récemment est à 1,20%.

Ce risque augmente de 1,09 quand on l’a pris moins d’un an, à 1,38 quand on l’a pris plus de 10 ans. »

20% de risque de cancer en plus si je prends la pilule ? Non

D’où sortent donc ces 20% ? J’ai demandé à Danielle Gaudry, gynécologue au planning familial, de m’expliquer :

« C‘est le pourcentage d’augmentation, pas le pourcentage de risque de cancer. »

Donc en clair, si ton risque de développer un cancer est faible, très faible, une augmentation du risque de 20%, ça reste très faible. Et ce n’est bien sûr pas la même chose qu’avoir 20% de chances d’avoir un cancer.

Alors, ce risque de cancer, est-il important ou non ? Parce que la réponse à cette question influence directement l’importance que l’augmentation de ce risque va avoir.

Or, les auteurs de l’étude indiquent eux-mêmes :

« Le risque de cancer du sein est plus haut parmi les femmes qui utilisent actuellement ou ont récemment utilisé ces contraceptifs hormonaux comparé à celles qui n’ont jamais utilisé de contraceptif hormonal, et ce risque augmente avec la durée de l’usage du contraceptif; cependant, l’augmentation absolue du risque est mineure. »

Il y a quand même un risque à prendre la pilule, alors ?

Prendre un contraceptif hormonal peut avoir une influence sur le risque de développer certains cancers, en effet, et on va revenir sur ce lien juste après un premier point.

Avant de se précipiter pour jeter ses plaquettes à la poubelle, creusons un peu ce que veux dire « pilule » ici. Danielle Gaudry m’explique :

« Ce sur-risque est présent chez celles qui utilisent une contraception œstro-progestative. Ce sont les pilules « combinées », c’est à dire celles qui contiennent des œstrogènes, et de la progestérone, mais aussi les anneaux, les patchs.

En revanche ça ne parle pas de la contraception progestative seule : l’implant, les pilules micro-dosées, le DIU Mirena, etc. »

Maintenant, concernant le lien entre ces contraceptifs œstro-progestatifs et les cancers, qu’en est-il ? Il faut mettre ce léger risque supplémentaire concernant le cancer du sein en comparaison avec les bénéfices de la pilule :

« Ce sur-risque apparaît très faible, et comme par ailleurs la pilule réduit d’autres cancers comme celui des ovaires ou de l’endomètre, dans une stratégie de santé publique, le bénéfice d’une contraception hormonal reste supérieure. »

En effet, chaque médicament sur le marché est analysé en fonction de la balance bénéfice/risques. Pour ce qui est de la pilule, celle-ci reste positive malgré les résultats de cette étude, d’autant plus que comme le rappelle Danielle Gaudry :

« Ce n’est pas vraiment une info nouvelle, ça confirme des données qu’on avait déjà. »

Nous sommes donc en présence d’un médicament, dont les effets sont majoritairement positifs, mais qui présente des risques d’effets secondaires indésirables. Écrire des titres alarmistes sur la question, c’est donc prendre le risque de mal informer.

Pour prendre la pilule en sécurité, il faut respecter les contre-indications

Finalement, la prise de la pilule est équivalente à la prise de tout médicament : il y a des contre-indications dans certains cas. Danielle Gaudry était d’ailleurs déjà revenue avec moi sur celles-ci dans un précédent article sur les « dangers » de la pilule :

« Concernant la pilule œstroprogestative, selon les dosages et types de progestatifs il existe des contre-indications absolues.

Par exemple les problème de coagulation avec des antécédents de phlébite personnelle ou répétées dans la famille, antécédents d’AVC, diabète compliqué, cancer du sein, hypertension…

À propos de la pilule avec seulement un progestatif, il y a très peu de contre-indications : une phlébite en cours, l’acné majeure, mais ce ne sont que des contre-indications rares. »

Aujourd’hui encore, elle confirme ces propos :

« Pour les femmes qui n’ont pas de contre-indications (car il faut respecter celles-ci), et bien la balance bénéfice/risques de ce type de contraception hormonale reste en bénéfice.

C’est un choix, mais on peut le faire sans crainte pour sa santé à partir du moment où on a une consultation médicale correctement faite par un médecin ou une sage femme. »

Finalement, Danielle Gaudry s’interroge sur la récurrence de ces attaques menées contre les contraceptifs :

« Tous les mois ou tous les deux mois, on a une attaque contre la contraception que ce soit hormonale, définitive, DIU…

On a très régulièrement des articles qui sortent et qui arrivent à faire soupçonner et à encourager les femmes à réutiliser des contraceptions dites naturelles, c’est à dire aux yeux des médecins : non fiables.

On est en droit de s’interroger : y a-t-il un lobby anti-contraception qui cherche à faire peur ? »

Cette tendance récurrente à « mal » interpréter les études menées sur les méthodes contraceptives finit par interroger la spécialiste.

Pilule et santé : en cas de doute, il faut consulter !

Alors, prends garde la prochaine fois qu’un « selon une étude on va toutes mourir » débarquera dans ta timeline. C’est peut-être juste un raccourci alarmiste, un titre aguicheur ou la mauvaise interprétation d’une étude.

En cas de doute, le meilleur conseil à suivre est d’aller consulter le ou la professionnelle de santé, spécialisée, qui t’accompagne : médecin gynéco ou sage femme, c’est auprès d’elles et d’eux qu’il faut poser tes questions, partager tes doutes, tes antécédents médicaux, tes habitudes de vie et de consommation, tout ce qui peut avoir une influence sur ta santé.

Autour de la contraception et des différentes options

Pour t’informer davantage sur les différents moyens de contraception existants, tu peux appeler le n° vert « Sexualités, contraception, IVG » : 0800 08 11 11.

Tu peux aussi consulter le site du gouvernement, Choisir Sa Contraception.

Il y a aussi quantité de ressources sur madmoiZelle :

Les Commentaires
33

Avatar de Aska
26 septembre 2018 à 10h58
Aska
Je reste interrogative.
Vu les antécédents de cancer du sein, d'avc et phlebite dans ma famille, je fais partie des contre-indiquées, bien que jai pris malgré tout un traitement hormonal pendant 8 ans. C'est ma gynéco qui m'a encouragée à m'arrêter car il y avait dzs etudes sur les risques de meningiomes. Tiens du coup tout le monde a dû parler du scandale Androcur il y a 2 semaines, ben c'était ça.
Même si les risques sont faibles, ça reste des risques de maladie graves. Je préfère utiliser un préservatif que donner une chance supplémentaire que ca m'arrive en plus du pourcentage génétique...
Puis prendre la pilule pour l'arrêter un jour et avoir de nouveaux poils qui poussent et une peau criblée de boutons alors que je suis déjà mal dans ma peau? Non merci
2
Voir les 33 commentaires

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