Partir vivre à l’étranger a ravager mon français

Cassandre est partie vivre un an à Los Angeles et ça lui en a fait perdre son latin. Elle t’explique sa nouvelle relation avec le français et toutes ses règles orthographiques machiavéliques.

Partir vivre à l’étranger a ravager mon français

Attention, ce texte va « peut-être » contenir des fautes…

Je voudrais te partager mon expérience avec l’orthographe.

Je suis pas la pire, je suis pas non plus la best.

Je pars en Californie pour y parler anglais

Je suis comme une athlète à la retraite : à un moment, l’orthographe et la grammaire, je pensais qu’à ça, j’étais bonne, j’étais entraînée, j’étais performante, j’étais même tatillonne !

Puis, je suis partie vivre un an en Californie (L.A. baby).

J’étais vraiment en full immersion, je parlais anglais H24. Étant dans une université très réputée et exigeante, le niveau était soulevé, j’étais donc ultra stimulée.

Je pondais des dissert de 20 pages en anglais comme on enfile des perles, je lisais minium 2 bouquins par semaines, j’ai même joué une pièce en anglais shakespearien !

« O Romeo, Romeo! Wherefore art thou Romeo?
Deny thy father and refuse thy name »

Autant te dire que les premiers mois, mon cerveau ressemblait à ça :

La langue de Molière n’avait plus que très peu de place dans ma vie. En gros, mes appels avec ma famille ressemblaient environ à ça :

— Yes Maman, je suis a bit overwhelmed par mes papers mais je suis fine.

Oui, insup la meuf !

Et quand je faisais pas du franglais, c’était pas bien plus glorieux, mon français ne ressemblais à RIEN !

Revenir de l’étranger, reparler français

Vivre un an à l’étranger, parler une autre langue H24 à clairement dégommer mon français et mon orthographe… s’en remet-on jamais ?

J’en suis à un an et demi post-partum et je vois pas d’amélioration folle sur mon périnée orthographique.

Au début j’étais hyper frustrée et agacée d’avoir perdu en orthographe.

J’ai essayé de beaucoup lire en français, de me replonger dans les règles de bases, j’ai même fait des dictées, DES DICTÉES !!

J’ai certes retrouvé une bonne partie de mon niveau au fil du temps, mais ça m’a surtout permis de me poser des questions sur le fait de maîtriser le français à l’écrit.

L’orthographe, est-ce si essentiel ?

Pourquoi l’orthographe c’est si grave ? Pourquoi c’est si compliqué ? Pourquoi on juge autant une personne a son orthographe qu’au contenu de ce qu’elle écrit ?

Pourquoi on porte un regard vachement plus judgmental sur ce que j’écris maintenant par rapport à ce que j’écrivais avant de partir à l’étranger ?

J’ai les mêmes idées fulgurantes nan ? C’est juste que certains mots sont parfois juste mal encodés. Après tout, l’orthographe c’est juste une histoire d’encodage de mots sujets à des règles.

J’aimerais un monde plus cool sur l’encodage de nos mots.

Je comprends bien qu’un mot bien écrit, c’est joli, c’est satisfaisant, c’est peut-être même un peu ASMR pour les puristes.

Mais bon c’est pas graveee nan ?

Ça fait pas de moi, de toi ou de Jean Kevin une personne plus brillante ou plus naze selon son niveau de maitrise du Bécherel.

Perdre en niveau de français, gagner une langue étrangère

Alors oui, j’ai perdu de mes capacités en français, oui je laisse passer des coquilles sur des participes, oui je suis cette meuf insup qui place des mots comme « judgmental » dans ses textes…

Mais J’AI GAGNÉ LA MAÎTRISE D’UNE LANGUE ÉTRANGÈRE !

Franchement, perdre 20% de son français pour gagner 125% de son anglais, c’est un bon deal nan ?

Alors, oui, je suis plus aussi performante. Je suis une athlète orthographique à la retraite, je ne joue plus que le dimanche avant d’aller mater Drucker à la télé.

Je sais que je ne suis pas la seule, que chaque année de jeunes baroudeuses reviennent d’une année loin de chez elles en parlant franglais, frespagol, frallemand ou bien encore Ch’ti !

Peut-être que c’est ton cas a toi aussi, alors je voulais te dire que tu n’a pas a complexer, que c’est normal, c’est même une force.

J’ai longtemps psychoté, complexé, été frustrée… Maintenant plus, c’est d’ailleurs pour rendre honneur a mon franglais que j’ai décidé de ni relire ni corriger cet article !

That’s it for me, je rends the antenne.

À lire aussi : Je suis mauvaise en orthographe (mais s’est pas très grave)

CassouletOuais

CassouletOuais

Idéaliste tout terrain Un peu con-con mais pas bê-bête. J'aime les pique-niques et danser la macarena​

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Commentaires

Nastja

Il paraît que notre orthographe si compliquée n'est pas tant un moyen de rester entre érudits et pour que les gens simples n'aient pas accès aux livres mais plutôt une manière d'être compris dans toute la France qui parlait des dialectes variés.
Genre les consonnes muettes de fin servent pour les régions qui prononcent des mots plus "romans ou latinisés" (je ne sais pas comment le dire désolée).

Genre on écrit "manger" (avec le "r" à la fin qui ne s'entend pas parce qu'il y avait des régions où ils prononçaient une sorte de "mangere" (que je viens d'inventer) et donc le "r" leur permettait de comprendre plus ou moins le mot par rapport à "mangé" par exemple.

L'argument de l'élitisme ne tient pas trop pour moi dans le sens où les autres langues romanes ont des orthographes beaucoup plus simples et ça ne leur a pas empêché d'avoir des analphabètes en grand nombre jusqu'au milieu du 20è.
Alors certes la langue française a l'air plus savante (un peu comme l'anglais avec son orthographe) mais je crois que c'est propre des pays qui ont vu plusieurs langues cohabiter ensemble (et surtout des langues assez éloignées dans leurs racines comme du provençal vs breton comparé à du castillan et du catalan qui sont compréhensibles entre eux plus ou moins). On se retrouve avec des orthographes un peu farfelues qui avaient pour but de rendre un texte compréhensible par le plus grand nombre (de ceux qui savaient lire, les autres ils ne savaient ni lire ni écrire peu importe la facilité).

Nota bene : je ne suis pas linguiste
 

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