Partir vivre à l’étranger a ravager mon français

Cassandre est partie vivre un an à Los Angeles et ça lui en a fait perdre son latin. Elle t’explique sa nouvelle relation avec le français et toutes ses règles orthographiques machiavéliques.

Partir vivre à l’étranger a ravager mon français

Initialement publié le 23 mai

Attention, ce texte va « peut-être » contenir des fautes…

Je voudrais te partager mon expérience avec l’orthographe.

Je suis pas la pire, je suis pas non plus la best.

Je pars en Californie pour y parler anglais

Je suis comme une athlète à la retraite : à un moment, l’orthographe et la grammaire, je pensais qu’à ça, j’étais bonne, j’étais entraînée, j’étais performante, j’étais même tatillonne !

Puis, je suis partie vivre un an en Californie (L.A. baby).

J’étais vraiment en full immersion, je parlais anglais H24. Étant dans une université très réputée et exigeante, le niveau était soulevé, j’étais donc ultra stimulée.

Je pondais des dissert de 20 pages en anglais comme on enfile des perles, je lisais minium 2 bouquins par semaines, j’ai même joué une pièce en anglais shakespearien !

« O Romeo, Romeo! Wherefore art thou Romeo?
Deny thy father and refuse thy name »

Autant te dire que les premiers mois, mon cerveau ressemblait à ça :

La langue de Molière n’avait plus que très peu de place dans ma vie. En gros, mes appels avec ma famille ressemblaient environ à ça :

— Yes Maman, je suis a bit overwhelmed par mes papers mais je suis fine.

Oui, insup la meuf !

Et quand je faisais pas du franglais, c’était pas bien plus glorieux, mon français ne ressemblais à RIEN !

Revenir de l’étranger, reparler français

Vivre un an à l’étranger, parler une autre langue H24 à clairement dégommer mon français et mon orthographe… s’en remet-on jamais ?

J’en suis à un an et demi post-partum et je vois pas d’amélioration folle sur mon périnée orthographique.

Au début j’étais hyper frustrée et agacée d’avoir perdu en orthographe.

J’ai essayé de beaucoup lire en français, de me replonger dans les règles de bases, j’ai même fait des dictées, DES DICTÉES !!

J’ai certes retrouvé une bonne partie de mon niveau au fil du temps, mais ça m’a surtout permis de me poser des questions sur le fait de maîtriser le français à l’écrit.

L’orthographe, est-ce si essentiel ?

Pourquoi l’orthographe c’est si grave ? Pourquoi c’est si compliqué ? Pourquoi on juge autant une personne a son orthographe qu’au contenu de ce qu’elle écrit ?

Pourquoi on porte un regard vachement plus judgmental sur ce que j’écris maintenant par rapport à ce que j’écrivais avant de partir à l’étranger ?

J’ai les mêmes idées fulgurantes nan ? C’est juste que certains mots sont parfois juste mal encodés. Après tout, l’orthographe c’est juste une histoire d’encodage de mots sujets à des règles.

J’aimerais un monde plus cool sur l’encodage de nos mots.

Je comprends bien qu’un mot bien écrit, c’est joli, c’est satisfaisant, c’est peut-être même un peu ASMR pour les puristes.

Mais bon c’est pas graveee nan ?

Ça fait pas de moi, de toi ou de Jean Kevin une personne plus brillante ou plus naze selon son niveau de maitrise du Bécherel.

Perdre en niveau de français, gagner une langue étrangère

Alors oui, j’ai perdu de mes capacités en français, oui je laisse passer des coquilles sur des participes, oui je suis cette meuf insup qui place des mots comme « judgmental » dans ses textes…

Mais J’AI GAGNÉ LA MAÎTRISE D’UNE LANGUE ÉTRANGÈRE !

Franchement, perdre 20% de son français pour gagner 125% de son anglais, c’est un bon deal nan ?

Alors, oui, je suis plus aussi performante. Je suis une athlète orthographique à la retraite, je ne joue plus que le dimanche avant d’aller mater Drucker à la télé.

Je sais que je ne suis pas la seule, que chaque année de jeunes baroudeuses reviennent d’une année loin de chez elles en parlant franglais, frespagol, frallemand ou bien encore Ch’ti !

Peut-être que c’est ton cas a toi aussi, alors je voulais te dire que tu n’a pas a complexer, que c’est normal, c’est même une force.

J’ai longtemps psychoté, complexé, été frustrée… Maintenant plus, c’est d’ailleurs pour rendre honneur a mon franglais que j’ai décidé de ni relire ni corriger cet article !

That’s it for me, je rends the antenne.

À lire aussi : Je suis mauvaise en orthographe (mais s’est pas très grave)

Cassandre

Cassandre

Idéaliste tout terrain Un peu con-con mais pas bê-bête. J'aime les pique-niques et danser la macarena​

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Commentaires

Mijou

A la ressortie de cet article, après lecture de certains des derniers messages, et devant les diversité d'opinions, je me dis aussi que les différences de sensibilité aux fautes de français (qu'elles soient écrites ou orales) viennent peut-être et en partie du type de fonctionnement de notre cerveau/mémoire : certaines personnes ont une mémoire photographique des mots, d'autres auditive, etc... de même les techniques de lecture ne sont pas les même pour tout le monde, comme un message l'évoquait plus haut... d'où différence de tolérance/sensibilité ?

Perso, j'ai une mémoire plutôt visuelle de l'orthographe, quand j'ai un doute sur une orthographe, j'écris systématiquement le mot. Par contre, je peux le lire 12 fois à voix haute, je sèche toujours.
J'ai été et suis encore un peu (quand j'ai le temps) une dévoreuse de livres en tout genre, ceci explique peut-être cela ? A force de voir les mots couchés sur le papier, on se les approprie ?

Du coup, j'ai énormément de mal à lire un texte blindé de fautes (on parle pas de quelques coquilles par-ci par-là, ou des concordances de temps bancales, moi-même j'en laisse souvent ! mais de grosses fautes type "sa/ça" ou accords...), vraiment ça m'agresse les yeux et ça me demande un gros gros effort pour déchiffrer et en tirer du sens (et parfois je n'y arrive même pas, ou alors faut que je ré-écrive). Et c'est un exercice vraiment pénible pour moi (que du coup j'évite la plupart du temps).

Par contre, à l'oral, les fautes ne me dérangent absolument pas, d'ailleurs j'en fais moi-même régulièrement, et au contraire, je trouve ça souvent assez rigolo et toujours hyper intéressant de déchiffrer le parler d'une personne étrangère par exemple, et d'essayer de lui faire comprendre des choses, que ce soit dans ma langue ou dans la sienne.

Mon conjoint par contre, c'est l'inverse. Il ne supporte pas les fautes à l'oral (type concordance des temps par exemple) mais à l'écrit, ça le gène beaucoup moins que moi.
 

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