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Femme sautant dans les airs dans un studio de yoga
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Le yoga est-il réservé aux personnes minces, blanches, et riches ? Le studio Body Positive nous rappelle que non

08 août 2021 14

Qui n’a jamais eu peur de prendre un cours de sport, par peur de ne pas être assez mince, assez douée, assez bien habillée ? Au Body Positive Studio d’Ylan Pham, la question ne se pose pas : la seule règle, c’est la bienveillance.

Quels sont les prérequis pour faire du yoga ? À en croire l’imaginaire collectif (et une grande partie d’Instagram), un corps mince et blanc, les moyens de s’offrir des tapis et des vêtements à la mode, et une souplesse innée.

Alors, quand elle a décidé d’ouvrir son studio, Ylan Pham a décidé d’offrir une autre manière de vivre cette discipline : bienveillante, ouverte à toutes et à tous, et en accord avec sa philosophie. En gros, une approche du yoga qui serait body positive.

La pratique sportive n’est qu’une partie du yoga

Ylan l’explique : né en Inde il y a 5000 ans, le yoga s’accompagne d’une philosophie et d’un ensemble valeurs dont il est dommageable de l’extraire.

« Quand j’ai découvert le yoga, je me suis demandé ce qui faisait la différence entre cette discipline et la gym ou la contorsion, que j’ai pratiquées pendant longtemps et qui cultivent des postures parfois similaires.

En me formant, j’ai compris que c’était un état d’esprit entièrement différent : quel que soit le niveau auquel on le pratique, le but n’est pas de se pousser vers la performance. Le yoga a été conçu comme une préparation à la méditation. On essaie plutôt d’ouvrir des espaces, de libérer des émotions, dans l’écoute et le respect de soi. Ce n’est pas qu’un sport, c’est aussi un ensemble de valeurs qu’il est important de connaître et de comprendre. »

Selon l’entrepreneuse de 31 ans, l’un des fondements du yoga est la non-violence, tant dans le rapport aux autres que dans le rapport à soi. Ce qu’elle essaie de transmettre, c’est donc de se regarder et de regarder les autres avec bienveillance, et de ne pas s’autoflageller quand on n’arrive pas à faire quelque chose.

« Il y a une valeur d’acceptation, de soi et des autres tels que nous sommes aujourd’hui : nos corps fluctuent, il faut en prendre ce que nous pouvons prendre à l’instant T. »

La genèse de Body Positive Studio

Des valeurs qui ne sont pas sans rappeler celles du mouvement body positive, si cher à Ylan. Car dans l’imaginaire collectif, le yoga est associé à une typologie de corps très spécifique : minces, féminins, blancs, et performants. Et même si — heureusement —  des yogis de genres et de morphologies variées se réapproprient la discipline sur les plateformes ce n’est pas le cas partout.

L’entrepreneuse en a fait l’expérience.

En 2020, en pleine crise sanitaire, Ylan travaille encore en marketing dans une start-up. Sportive depuis toute jeune, elle donne déjà des cours particuliers de yoga à des débutants, pour le plaisir de transmettre.

Petit à petit, l’idée d’ouvrir son propre studio fait son chemin et elle envisage d’y donner des cours le soir, après son travail salarié. Les étoiles s’alignent : elle trouve une opportunité de local qui lui plaît, et se lance dans de la prospection. Quelques temps après cette décision, la crise du Covid amène son entreprise à licencier une partie de ses salariés, dont elle. Elle décide alors se se mettre sur son projet à temps plein.

« Quand j’ai eu l’idée d’ouvrir mon studio, j’ai fait un benchmark et je suis allée voir 20 studios différents, plutôt “stylés » dans Paris. Et ce que j’ai remarqué de manière flagrante, c’est le peu de diversité au sein des élèves. »

Un monde codifié très éloigné de ce qu’elle avait pu expérimenter dans d’autres disciplines.

« Mon parcours sportif s’est fait dans des milieux où les gens ne se prennent pas la tête : la danse contemporaine, le cirque, ce sont des endroits où l’on croise des gens aux physiques et aux modes de vie très différents, où tout le monde est habillé à la cool.

Et là, je débarquais avec mes fringues à 10€ dans un milieu où il fallait avoir le dernier ensemble à la mode. Même en étant très sportive et déjà formée, il m’est arrivé de ne pas me sentir à ma place. Pour celles et ceux qui débutent, je n’imagine même pas. »

https://www.instagram.com/p/CJ6X4hMlDAp/?utm_source=ig_web_copy_link

La nécessité d’un yoga body positive

Réaliser qu’elle ne voulait pas de ces implicites élitistes l’a naturellement amenée vers ce qu’elle voulait voir exister : un cours de yoga où tout le monde puisse se sentir à l’aise, quel que soit son physique, ses aptitudes sportives ou son parcours.

Une nécessité qui ne vient pas de nulle part : sa vision du sport, et du monde, est très influencée par le mouvement body positive.

« Le body positive, c’est tout simplement l’acceptation de son corps, quel qu’en soit la forme. Mais certaines personnes ont soulevé que c’était une injonction, et qu’accepter son corps n’était pas si simple. J’aime aussi l’idée de body neutrality : il y a des jours où tu peux te kiffer, d’autres moins, mais il ne faut pas non plus se détester de ne pas réussir à aimer son corps. »

C’est donc autour de toute cette idée qu’elle a construit son offre. Sur son site comme sur Instagram, elle l’affirme : chacun est le bienvenu, et accueilli de la même façon, sans jugement. Et parce qu’il ne suffit pas de l’affirmer pour en faire une réalité, la professeure de yoga met tout en œuvre pour mettre ses élèves à l’aise.

Comment créer un espace de sport bienveillant ?

Pour commencer, Ylan Pham privilégie le contact en petit groupe. Son studio, aux atours intimistes, ne peut pas accueillir plus d’une dizaine de personnes en même temps, et c’est exactement ce qu’elle souhaite.

« Je ne donne que des cours en petit comité : en période de Covid, je prends les élèves par trois au maximum, et cinq en temps normal.

C’est important pour moi de connaître personnellement toutes les personnes avec qui je travaille, de saisir ce qui les touche, de déceler leurs insécurités : cela me permet de les accompagner au mieux ! Parfois, je peux rester au studio à discuter avec une élève jusqu’à 22h30. »

Au début de chaque cours, après s’être installée face à ses élèves, elle pose des questions qui peuvent paraître simples, mais d’une empathie et d’une attention rare dans ce genre d’endroit. « Comment est-ce que tu vas, en ce moment ? Est-ce que ton épaule va mieux ? Est-ce qu’il faut qu’on fasse attention à quelque chose de particulier dans notre pratique ? »

Dans les réponses rien n’est tabou : on peut aussi bien parler d’endométriose que de syndrome prémenstruels, de rapport à son corps où à la manière dont il s’est construit… Ylan partage aussi ses faiblesses avec ses élèves, et dédramatise leurs complexes.

Changer de regard sur soi

Quand elle partage les histoires de ses élèves, Ylan Pham aime mettre en avant la manière dont, au-delà de leurs performances, leur rapport à leur corps a changé. C’est ce que permet la pratique sportive — cette passionnée ne le sait que trop.

« Parmi mes élèves, il y a des personnes grosses qui ont subi des moqueries et ont été rabaissées en cours de sport. Elles ont longtemps cru que ce n’était tout simplement pas pour elles, et qu’elles ne pourraient jamais faire de sport. Mais parce qu’elles ont le message body positive de mon travail, elles ont réussi à franchir le cap de venir me voir ! »

https://www.instagram.com/p/CLSHc5qq4V5/?utm_source=ig_web_copy_link

Avec cette approche bienveillante du yoga et du corps, Ylan et ses élèves peuvent construire à leur rythme une nouvelle manière de se perçevoir — et de se réapproprier — leur corps.

« Récemment, une de mes élèves m’a dit : “Au début, je détestais me voir dans le miroir du studio. Maintenant, quand je m’y vois en train de réussir des postures de yoga improbables, je me trouve belle !

Une autre m’a expliqué que vu son poids, elle pensait que son corps ne servait à rien. Après quelques séances, elle m’a dit : “Je me suis rendu compte que j’avais de la force, que j’étais souple, que j’étais capable de plein de choses…” Mon but, c’est ça : pouvoir dire à mes élèves “On a pas le corps qui est montré partout dans les médias, mais ça ne change rien : on peut faire la même chose”. »

Un parcours qui amène à voir son corps autrement qu’à travers l’esthétique, mais aussi à travers ses capacités physiques et sa marge de progression, qu’elle a elle-même connu.

« J’ai toujours été très sportive, et je prends du muscle facilement. On se moquait de mes gros biceps, on me disait que j’étais un camionneur, que ce n’était pas gracieux. Et puis, j’ai changé de regard : ces bras musclés ce sont ceux qui me permettent de faire le drapeau sur une barre de pole dance ! Quand les gens les fixent dans le métro, j’en suis fière. »

L’empowerment pour toutes et tous

C’est peut-être le message le plus important à retenir de cet article : chacun doit pouvoir trouver sa place dans son studio. En associant ses valeurs féministes à son entreprise, Ylan Pham a créé une bulle, à l’extérieur de laquelle on peut poser son stress et ses insécurités, mais aussi un point de vue sur le monde du sport en général, et particulièrement le sport pensé et perçu comme féminin.

Pourquoi est-il aussi difficile de trouver des espaces où les corps qui ne sont pas normés et « performants » peuvent trouver leur place et s’épanouir, y compris dans la pratique sportive ? Pourquoi sommes-nous autant à avoir vécu le sport, des cours d’EPS aux loisirs extra-scolaires comme des traumatismes, quand il est possible de vivre son corps et son potentiel avec une approche bienveillante ?

Sans pouvoir apporter de réponse ici, on se contentera de saluer l’initiative d’Ylan : on en veut plus, partout. En attendant, vous pouvez la retrouver sur son site, ou sur Instagram !

À lire aussi : Elsa a tout plaqué pour devenir prof de yoga

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Les Commentaires
14

Avatar de Heather.
9 août 2021 à 11h17
Heather.
Après effectivement le marché du cours de yoga est super spécifique à Paris, ce qui explique peut être aussi ces différences de perception. Perso je suis curieuse et j'aime vraiment beaucoup le yoga donc j'ai testé pas mal de cours différents dans plusieurs villes et en fait l'opposition cours associatif dans un gymnase avec les mamies du coin VS studio hyper hypé à Paris reste un cliché, en vérité il y a plein de sortes de cours de yoga. J'ai pratiqué surtout dans des cours privés mais de type associatifs, gérés par des profs privés. En fait ce qu'on appelerait des studios à Paris mais c'est assez associé à cette image hype du yoga . Et c'était dans des cadres sympa, à des prix raisonnables, avec des gens de tous les âges et toutes les morphologies... Pour des budgets qui n'excedaient pas les 50 euros pour des cours illimités (on est d'accord que ça reste un budget mais en comptant 2 ou 3 cours par semaine ça fait du cours à 5/6 euros l'unité, ça reste raisonnable). J'entends bien qu'à Paris les tarifs ne peuvent pas être les mêmes à cause des loyers etc, et les 25 euros pour du cours semi privatifs cités plus haut ne me paraissent pas excessifs, mais c'est vrai en revanche que les prix moyens des cours de yoga parisiens dans des studios privés les réservent à une certaine clientèle.
J'ai aussi essayé quelques cours de yoga à Paris dans des studios un peu à la mode et s'il y avait un effort de fait sur la déco, l'ambiance etc, je n'ai pas trouvé que la qualité du cours en elle même était supérieure à ce que j'avais pu trouver dans mes cours bien moins hype de province. Et j'ai aussi fait une formation de yin yoga en ligne avec une prof assez connue, c'était très chouette et bienveillant, mais on ne peut pas nier que le public concerné était plutôt très jeune, blanc et valide.
Notons aussi que certains types de yoga sont plus à la mode et qu'en général on trouve un public plus varié dans un bon vieux cours de hatha que dans un cours de vinyasa.
Du coup dans l'environnement parisien c'est une démarche qui me paraît avoir du sens mais c'est assez spécifique à ce micro-milieu du yoga !
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