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Comment le novice en politique Jimmy Morales a été élu Président du Guatemala

Ce 25 octobre 2015, l’humoriste Jimmy Morales a été élu Président du Guatemala. Anne-Sophie Thill vous explique ce bouleversement exceptionnel du monde politique.

Revenons sur les raisons d’un bouleversement du monde politique sans précédent : après l’annonce des résultats ce 25 octobre, Jimmy Morales, vêtu du maillot de l’équipe nationale de football, détone. Cet humoriste vient pourtant de remporter les élections présidentielles au Guatemala en totalisant plus de 68% des bulletins. Comment l’expliquer ?

La chute de l’actuel Président : des circonstances politiques exceptionnelles

Au pouvoir depuis 2011, le président Pérez Molina n’entendait pas laisser la main avant janvier 2016 et la fin de son mandat non-reconductible… C’est-à-dire affronter les poursuites pénales lancées par l’ONU à son encontre : fraude fiscale, corruption passive et association de malfaiteurs. Finalement privé de son immunité par le Congrès, le Président a démissionné mais les élections présidentielles n’ont pas été repoussées.

Autrement dit, en moins d’une semaine, le Président a dû quitter ses fonctions, s’est fait inculper et les élections au Guatemala ont commencé dans un climat d’indignation générale. Des élections sous haute tension, donc, mais aussi particulièrement importantes : en plus du Président, la population vote pour élire son vice-président, 158 députés, 20 législateurs et 338 maires !

À lire aussi : Le Président du Guatemala veut légaliser toutes les drogues

La pire crise politique depuis 30 ans

Pour comprendre cette campagne électorale, il faut revenir sur les cinq mois de scandales politiques, d’arrestation et de démission de hauts fonctionnaires de l’État dont la démission du Président n’est que la cristallisation. CNN México explique :

« La pire crise politique en trois décennies au Guatemala a relégué au second plan la campagne électorale : les mobilisations massives exigeant le départ du Président ont escamoté les meetings des candidats organisés pour diffuser leurs propositions. »

La Commission Internationale contre l’Impunité au Guatemala (CICIG) initiée par l’ONU a commencé ses investigations en mai 2014. L’objectif ? Prouver un vaste réseau de corruption dans les plus hautes sphères d’un État où 53,7% de la population vit sous le seuil de pauvreté. En avril 2015, les premiers hauts dirigeants sont arrêtés. Surtout, en mai, la vice-Présidente Baldetti se voit contrainte de démissionner et est mise en détention, tandis que commencent les premiers effets de la révolution civique. Après la démission de Pérez et en l’absence de candidats de taille, la voie est libre pour Morales.

La cruelle absence de candidats faisant le poids

Face à Jimmy Morales, comique et économiste, acteur et professeur, deux candidats plus connus se sont lancés dans la course à la présidentielle. Le premier est Manuel Baldizón, homme d’affaires millionnaire qui a fait fortune dans l’immobilier, ancien rival du Président Pérez mais lui aussi entaché par des scandales de corruption et de blanchiment d’argent

touchant six députés de son parti ainsi que son candidat à la vice-présidence.

Quant à Sandra Torres (UNE), son mariage avec l’ex-Président Álvaro Colom (2008-2012) l’a propulsée sur une scène politique dont elle ne veut pas redescendre. À la fin du mandat de son époux, cette femme prête à tout a voulu se présenter, non sans se heurter aux obstacles constitutionnels (notamment un divorce express !) et juridictionnels, qui l’ont fait patienter quatre années supplémentaires. L’ex-première dame n’était pas habituée à ces contraintes lors du mandat de son mari, elle qui a assumé un pouvoir équivalent au poste d’un Premier ministre et d’un vice-Président, selon l’ex-ministre de l’économie Alberto Fuentes Knight. Elle a donc de l’expérience, certes, mais utilise des procédés qualifiés de « fraude à la loi », des stratagèmes qui n’en font pas non plus un loup blanc.

Une habile ascension politique

Jimmy Morales est un « candidat atypique », un « humoriste », « acteur et animateur de télévision », « sans aucune expérience politique ». Autant de qualificatifs incompatibles avec la présidence d’un État. Vraiment ? Cet outsider, candidat du FCN-Nacion (droite), remporte en 2015 le premier tour avec un quart des suffrages alors qu’il avait échoué aux élections locales en 2011. De ce fait, Morales a plus de chances d’être élu Président aujourd’hui que maire il y a trois ans, lorsqu’il s’était présenté pour diriger la deuxième plus grande ville du Guatemala.

« Malgré l’absence de ligne programmatique claire, le profil atypique et l’absence d’expérience politique de Jimmy Morales ont clairement joué en sa faveur », constate Kevin Parthenay, chercheur à l’Opalc, l’Observatoire sur l’Amérique latine de Sciences Po Paris.

Morales a joué une carte élémentaire : il s’est présenté comme un homme travailleur et honnête, un chrétien évangélique, un antipolitique « ni corrompu, ni voleur » à un moment où les affaires de corruption ont fauché le gouvernement. Le candidat s’est concentré sur trois points-clés : santé, éducation et le développement économique. Ses prises de position ? Tristement fermées : contre l’avortement, le mariage pour tous et la légalisation de la marijuana.

Jimmy Morales et son unique arme, la parole, ont remporté une large victoire au second tour des présidentielles ce 25 octobre. Aussi simple que cela.

À lire aussi : 8 jeunes sur 10 s’intéressent à la politique


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Les Commentaires

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Avatar de Geny
27 octobre 2015 à 12h10
Geny
J'y connais/comprends pas grand-chose en politique, mais peu importe qu'il n'aille pas d'expérience. Il est contre l'avortement et contre le mariage pour tous. Il donne un charmant exemple de fermeture d'esprit selon moi.
Pour la marijuana, notre nouveau premier ministre est pour aussi...
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