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Source : Pexels / Mikhail Nilov
Célib

Elia, 25 ans : « Le concept d’âme sœur, c’est de la toxicité pure »

Chaque semaine dans Célib, des personnes en tout genre nous racontent les joies et les questionnements de leur célibat, qu’il soit choisi ou subi. Aujourd’hui, Elia, 25 ans, partage la confusion ressentie après sa dernière rupture.
  • Prénom : Elia
  • Âge : 25 ans
  • Célibataire depuis : 8 mois 
  • Pronoms : elle/elle
  • Orientation sexuelle et romantique : hétéro
  • Lieu de vie : Paris

Depuis combien de temps êtes-vous célibataire ?

Je suis célibataire depuis 8 mois. Avant ça, j’étais en couple pendant 3 ans (2 ans en couple exclusif, 1 an en couple ouvert).

J’étais en relation avec une personne très saine, respectueuse, à l’écoute, mimi, qui ne m’a causé absolument aucun mal et ne m’a apporté que de l’amour et du bonheur. S’il y a pu avoir des aspects négatifs au fait d’être en couple, ce n’est pas dû à cette personne mais au couple, fondamentalement.

Quel est votre rapport au célibat ?

Quand on est en couple, on peut avoir tendance à fusionner avec l’autre. Dans mon cas, j’ai été en couple à une période charnière de ma vie, entre mes 21 et 24 ans. Autant dire que j’ai beaucoup grandi à cette période, et que j’ai évolué avec mon partenaire. Le moment de la rupture et les semaines qui ont suivi m’ont fait comprendre que le couple avait énormément influencé mon rapport au monde et à moi-même, sans que je ne m’en rende compte. Je ne savais pas, par exemple, que je n’avais jamais appris à être seule.

C’est extrêmement difficile de « défusionner » de quelqu’un. Mais ce qu’on en tire comme recul, comme renaissance, comme enseignements sur soi-même et son rapport aux autres n’a pas de prix. Depuis, je me suis retrouvée.

Votre célibat a-t-il une incidence sur votre vie amicale ou familiale ?

J’ai notamment pris conscience que mon couple avait exacerbé (ou peut être même provoqué, je ne sais pas) une peur viscérale de la solitude. Avec du recul, j’ai réalisé que je suis restée en couple, même en étant très très très malheureuse dans ce couple en apparence parfait, pour cette raison.

Aujourd’hui, cette peur est sincèrement comblée par ma famille. Mais à l’avenir, je souhaite me débarrasser de cette hantise concernant les amis et les amoureux, car je ne pense pas que ça soit sain, ça devient une forme de dépendance à une personne. Se débarrasser de cette peur, c’est être plus en paix avec ses relations amicales romantiques et amoureuses, de les rendre plus saines, plus légères, plus sincères.

« J’ai arrêté de chercher la validation de garçons médiocres »

Le féminisme a clairement été le facteur le plus déterminant de ma vie émotionnelle, romantique et sexuelle.

Quand j’étais ado, je m’efforçais d’être dans les normes de féminité au détriment de moi-même, je courais après la validation de garçons (par ailleurs médiocres). Ensuite, le féminisme m’a fait me questionner sur mon identité de genre, sur la norme hétérosexuelle, sur le patriarcat, sur le racisme aussi car en tant que personne racisée, il m’est aussi arrivé d’être l’objet de fantasmes fétichisants, que « j’acceptais », faute de vraiment comprendre ce qui se passait.

À ce moment-là, j’ai été beaucoup plus en paix avec moi-même, je n’ai plus jamais cherché la validation de qui que ce soit, et j’ai rencontré la personne avec qui j’ai été en couple 3 ans. C’était une personne féministe, si bien que nous avons construit notre relation en apprenant ensemble, en lisant des bouquins, en échangeant énormément sur ces sujets. Un détail important : cette personne était extrêmement gentille et je sais qu’avant d’être féministe, je ne lui aurais pas donné l’heure. Je préférais les personnes un peu plus vilaines et inatteignables, en gros, les personnes que la culture et les représentations nous apprennent à considérer comme désirables.

Le couple m’a appris à voir ses qualités dont j’avais besoin entre 21 et 24 ans : le féminisme, l’écoute, la gentillesse, et à me poser plutôt que courir partout après de la validation. Aujourd’hui, j’ai digéré toutes ses étapes et je suis en paix seule.

Celib_Elia_Citation

Estimez-vous que le célibat affecte votre moral, au quotidien ?

Je suis heureuse depuis que je suis célibataire car je suis profondément libre et indépendante (même si cette phrase est atrocement clichée). Même si j’ai mis des mois à réussir à quitter mon ex, j’ai fini par me prendre par le cou et je me suis dit : sors de ta zone de confort, quitte cette personne et gère-toi enfin comme une personne, pas comme un couple.

Même si le positif est très largement majoritaire, j’ai aussi parfois des crises d’angoisse où je deviens irrationnelle et je me dis, « Oh mon dieu, pourquoi j’ai laissé filer cette personne, je suis seule et c’est ma faute » mais ces crises ne sont jamais très longues.

Pensez-vous qu’être célibataire vous permet des choses que vous ne pourriez pas faire en couple ?

D’un point de vue pragmatique, je n’ai jamais été empêchée par mon couple. Je n’avais aucune restriction. Je me suis mise en couple ouvert pour chercher des relations amicales et sexuelles dès que j’en ai eu envie — j’ai arrêté quand j’ai vu que ça ne servait pas à grand-chose, les autres hommes étant de toute façon nuls, et étaient pour la plupart nuls sexuellement puisque l’éducation sexuelle des hommes cis hétéro est souvent catastrophique.

En revanche, c’est surtout dans mon rapport à moi-même que j’étais empêchée dans mon couple. Par exemple, si des amis m’invitaient à un week-end, je passais les deux mois suivants à réfléchir à inviter ou non mon partenaire. Pour moi, c’était une forme implicite d’empêchement, qui n’existe plus aujourd’hui.

À l’inverse, pensez-vous qu’être célibataire vous empêche de faire des choses que vous pourriez faire si vous étiez en couple ?

Je pense qu’un des pires trucs de la société française capitaliste et individualiste concernant le couple, c’est de sacraliser les couples par rapport aux amitiés. Il en découle qu’il est parfois difficile de s’autoriser à avoir une confiance aveugle en ses amis, de ne pas avoir peur de les déranger. Par exemple, ce n’est pas évident de dire à un ou une amie : « Viens ce week-end, on se pose chez toi et on ne fait rien pendant 2 jours parce que le patriarcat, le capitalisme et le racisme, c’est épuisant» alors que ca semble ok de le faire en couple.

Cherchez-vous activement à trouver une relation amoureuse ?

J’avoue que j’ai besoin d’amour, de tendresse, de rigoler ! Les relations, c’est trop trop génial, même sans forcément s’apparenter au couple.

Ressentez-vous une forme de pression à chercher activement un ou une partenaire ?

Oui ! J’ai remarqué que depuis que j’ai 25 ans, je suis travaillée par le concept « d’âme sœur », alors que je sais que ce n’est que de la toxicité pure. Ça sous-entend que si le destin décide de ne pas de te faire rencontrer ton âme sœur, tu ne seras jamais accomplie ? Tu resteras toujours juste une moitié ? Occupée à être en recherche (ou en attente) au lieu d’être complète ? Et puis c’est une formule qui sort les choses de leur contexte social et donc soumis à des injonctions, des rapports de domination et des normes de genre.

Pourtant, malgré moi, je me dis souvent : imagines que tu ne rencontres personne entre tes 25 et tes 35 ans ? Personne personne ? Ça m’amène, dès que je rencontre quelqu’un, à l’envisager sous l’angle de la séduction ou à me demander : « Eh est-ce que je pourrais pécho cette personne ? ». Je trouve ça nul, c’est quelque chose que je n’aime pas.

 Ressentez-vous une forme d’injonction à être en couple ?

O U I ! Je trouve ça très difficile de ne pas avoir une personne avec qui parler tout le temps et avec qui faire des trucs comme dormir. J’imagine qu’il y a une injonction là-dedans, mais j’ai du mal à voir ce qui dépend de ma personnalité, ma construction sociale et ce qui est de l’injonction collective.

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Les Commentaires

2
Avatar de Rocksteady
12 mars 2023 à 17h03
Rocksteady
Contenu caché du spoiler.
11
Voir les 2 commentaires

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