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Sport

Comment le Tour de France Femmes est rené de ses cendres et a conquis le public

Pour son grand retour, le Tour de France Femmes a été couronné de succès, tant sur les routes qu’à la télévision. Pourtant, ce retour en grâce de cette grande compétition de cyclisme était loin d’être une évidence. Sans oublier que le sexisme n’est jamais loin quand il s’agit de montrer des sportives dans les médias.

Elles étaient 144 à s’élancer pour 8 jours de courses. Le Tour de France Femmes et ses 1033 kilomètres s’est achevé le 30 juillet, avec la victoire de la néerlandaise Annemiek van Vleuten.

Longtemps absent, il a remporté un franc succès tant en termes de présence sur les bords des routes pour encourager les coureuses, que devant le petit écran : France Télévisions peut se targuer d’audiences impressionnantes et inattendues, avec 2,1 millions de téléspectateurs en moyenne en après-midi et un total de 19,8 millions de Français ayant regardé cette première édition.

De quoi laisser espérer d’autres éditions ? Comment expliquer ce succès qui donne de l’espoir aux coureuses, mais aussi à l’ensemble du sport féminin ? Quelques éléments de réponse avec Marion Philippe, historienne du sport et spécialiste de la place des femmes dans le sport.

tour de france femmes 2022
Eurosport (capture Youtube

La longue absence du tour de France

Un retour en force d’une compétition qu’on n’avait plus vu sur les routes depuis 1989.

« Il a existé des courses féminines en France après 1989 qui cherchait à déjouer cet arrêt de la marque Tour de France. La sauce n’a pas pris et donc, il y a eu des difficultés économiques », explique Marion Philippe auprès de Madmoizelle.

Un argument finalement courant quand il est question de restreindre la présence des femmes dans les compétitions sportives : « Un peu comme Coubertin en 1912 qui avait utilisé, entre autres, des arguments économiques pour justifier l’impossibilité de proposer de Jeux pour les femmes. »

Depuis les années 90, on a donc assisté à plusieurs courses similaires, dont les organisateurs n’ont pas pu utiliser la marque « Tour de France » : le Tour de la CEE féminin, puis la Grande Boucle jusqu’en 2009. Entre 2014 et 2021, le relais est pris par La course by Le Tour de France, qui se tient alors pendant le Tour de France hommes. Difficile donc de capter l’attention médiatique déjà accaparée par l’épreuve.

Ce n’est donc que cette année que le Tour de France Femmes a fait son grand retour officiel.

Des grandes disparités entre le Tour des hommes et celui des femmes

À bien des niveaux, le Tour de France Femmes ne possède pas les moyens du Tour des hommes. Un reflet des disparités entre hommes et femmes dans le cyclisme :

« Déjà, il y a une distinction dans le fait que les cyclistes sur le Tour de France Femmes étaient peu à être professionnelles alors que sur le Tour de France masculin, tous les hommes étaient des professionnels », souligne Marion Philippe. « Ensuite il y a une différence de traitement assez importante en termes de gains financiers à l’issue des différentes courses. »

Les participantes reçoivent, tout comme leurs homologues masculins, des primes. Tandis que les 176 coureurs hommes du Tour de France 2022 se sont réparti 2,3 millions d’euros sur une course de 23 jours en 21 étapes, les femmes ont quant à elles du se départager… 274 530 euros.

« Sur le tour de France les primes de participation et la prime de victoire pour la gagnante sont 10 fois moins importantes que sur le tour de France masculin », confirme Marion Philippe.

« L’explication la plus plausible pourrait résider dans le fait que le Tour de France féminin ait moins de sponsors que le Tour de France masculin. Cependant, je pense que le succès médiatique et la masse des spectateurs sur le bord de la route vont rapidement permettre une arrivée de différents sponsors qui permettront d’augmenter les primes des sportifs. Du moins, je l’espère.

Dans différentes autres compétitions, la prime a connu une augmentation progressive au fil des années, donc j’espère qu’il en sera de même pour le Tour de France Féminin. »

Un engouement pas si étonnant

Pour Marion Philippe, l’essor médiatique et populaire de cette première édition du Tour de France Femmes n’est pas si surprenant et s’inscrit dans une évolution globale autour du sport féminin, dont le public semble de plus en plus friand, et de sa médiatisation :

« Je pense que le Tour de France Femmes profite de l’engouement général en faveur de la marque Tour de France qui est un réel évènement populaire depuis plus d’un siècle, mais aussi de la médiatisation du sport au féminin.

Sur les routes, il semble y avoir eu beaucoup de monde, et quand on regarde les audiences de France Télévisions, on peut être aussi satisfait étant donné qu’il y a eu plus de 19 millions de téléspectateurs sur la globalité du tour et que la dernière épreuve a regroupé plus de 3 millions de téléspectateurs. Cela n’est clairement pas ridicule face au tour de France dit masculin. »

Dans la foulée du Tour de France Femmes, c’est aussi l’Euro 2022 qui même s’il n’a pas égalé en France les audiences records du Mondial féminin de 2019, a tout de même été largement suivi, notamment avec 7 millions de personnes devant leur écran pour assister à la demi-finale de la France contre l’Allemagne. Preuve que les performances des sportives féminines sont de plus en plus suivies :

« On voit de plus en plus de sport au féminin et les femmes osent, si je puis dire, regarder du sport au féminin, mais les hommes aussi et sans forcément tous être critiques », affirme Marion Philippe.

Un succès pas épargné par le sexisme

Une vidéo de Brut montrait tout récemment le traitement réservé à la cycliste maintes fois championne du monde, Jeannie Longo, face à des cyclistes hommes, dont Marc Madiot, aujourd’hui patron de l’équipe Groupama-FDJ.

On serait tenté d’y voir une séquence venue d’un temps révolu. Pourtant, c’est loin d’être le cas.

Quand Jeannie Longo répondait aux critiques misogynes des cyclistes

« Les paroles de Marc Madiot résonnent sur les réseaux sociaux depuis quelques jours maintenant, mais il s’agit d’une pensée globale », tient à préciser Marion Philippe.

« Rien ne sert de blâmer un homme alors que des milliers d’autres pensent pareil à cette époque. Bien sûr, ça n’a pas arrangé les affaires des cyclistes féminines qui souffrent depuis bien longtemps des stéréotypes liés à la pratique du vélo au départ puis au cyclisme ensuite. »

Lors de l’étape du 28 juillet qui reliait Bar-le-Duc à Saint-Dié-des-Vosges, une chute collective a créé un amoncellement de vélos en travers de la route. Un carambolage comme on en voit bien souvent dans les épreuves de courses cyclistes. Sauf qu’ici, ce sont des femmes qui tiennent le guidon et forcément, les blagues sur les petites roues, ou la prétendue dangerosité de la conduite des femmes sont allées bon train.

Rien de vraiment surprenant, commente Marion Philippe : « Il s’agit de choses que l’on a finalement l’habitude de voir lorsque l’on travaille sur le sport au féminin et que l’on regarde les réseaux sociaux. Le football féminin qui était largement médiatisé à la même période que le tour de France a subi les mêmes séismes. »

Des remarques sexistes et ô combien subversives et piquantes (non), y compris venant d’un ancien journaliste sportif comme Pierre Salviac, se demandant si « les femmes sont prêtes pour ce niveau de compétition. »

Les cyclistes elles-mêmes ont tenu à répondre à ces attaques misogynes :

« Wow, les hommes ont l’air de souvent avoir des accidents quand ils font du vélo. Peut-être qu’ils ne sont pas prêts pour ce niveau de compétition ? »

« Pour les haters… dois-je continuer ? »

Si le discours d’un Marc Madiot reste tristement d’actualité et malgré une persistance de ce type de commentaires, il y a aussi un élan en direction du sport féminin en général, qui dépasse ces clichés sexistes :

« Les commentaires sont d’une violence inouïe, mais semble être issus de personnes qui n’y connaissent pas grand-chose au cyclisme », tempère Marion Philippe.

« Finalement les chutes font partie du sport et montrent une nouvelle fois qu’il n’y a pas de distinction entre ce qu’on pourrait appeler un cyclisme féminin et un cyclisme masculin mais il y a bien un cyclisme pratiqué à la fois par les hommes et par les femmes. »

Malgré un sexisme malheureusement très prévisible, cette première édition a ravi les commentateurs sportifs autant que le public. C’est d’ailleurs Marion Rousse, la directrice du Tour féminin, qui en parle le mieux sur France Bleu :

« Les gens ont réalisé que c’est un vrai Tour, peu importe que ce soit des hommes ou des femmes. Il y a beaucoup de monde aux départs et aux arrivées, mais aussi tout au long du parcours. Et de voir des gamins sur le bord des routes venir encourager les athlètes féminines, ou bien des gens qui se déguisent et font des panneaux comme on a l’habitude de le voir sur les routes du mois de juillet, c’est un pari réussi. »

Rendez-vous en 2023 ?

À lire aussi : Inclusion des personnes trans dans le sport : pourquoi la nouvelle politique de la Fina est loin d’être une bonne nouvelle

Crédit photo : Eurosport (capture Youtube)

Les Commentaires
11

Avatar de LRD
8 août 2022 à 14h34
LRD
Je ne critique pas l'autrice, je critiquais la formulation, ce sont deux choses différentes. Madmoizelle est un média web, ce n'est peut-être même pas elle qui a rédigé le titre.
Ensuite, pour rentrer dans les détails : les sources ne concordent pas. Pour le Larousse, cette forme n'existe pas. Ailleurs, elle est dite inusitée. Je n'ai pas ma GMF avec moi, mais en creusant, c'est bien possible que ce mot soit un cas tangeant comme la langue française en compte des milliers.
J'ai le droit de ne pas être d'accord. J'ai dit que j'avais fait une erreur, en vérifiant de plus près, non. Je ne sais pas pourquoi ça te chiffonne autant que j'émette une critique, mais elle est valide. Tu peux me faire la leçon autant que tu veux, ça ne change rien.
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