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Américaine et childfree, la loi anti-IVG au Texas m’a poussée à me faire stériliser

24 juin 2022 12
Linda est américaine, childfree, et vit dans un État conservateur au sud du pays. Après le passage, au Texas, de lois qui restreignent l’accès à l’avortement de manière drastique, elle a dû prendre des décisions.

Le 11 septembre 2021

Alors que les juges de la Cour Suprême des États-Unis viennent de révoquer l’arrêt Roe vs. Wade qui garantissait le droit à l’avortement sur le territoire, ce témoignage de Linda rappelle les conséquences dangereuses de cette décision pour les femmes et toutes les personnes menstruées.

Je vis dans ce qu’on considère être le Sud profond des États-Unis. J’aime mon lieu de vie, sa culture qui est aussi la mienne, et j’ai la chance immense de vivre ma trentaine non loin de ma famille et de ma ville d’origine.

J’ai passé ma vie entière à devoir écouter des gens débattre de mes libertés

Les « débats » autour de l’avortement son récurrents aux États-Unis, et ont toujours été une question très sensible pour moi. J’ai passé ma vie entière à devoir supporter d’entendre des gens débattre du degré d’autonomie auquel je devais avoir droit, et des limites qui devaient m’être imposées.

On essaie de me faire honte si j’aime le sexe, de me faire honte si je n’aime pas ça, et surtout, de me faire comprendre que ma punition, pour toute irresponsabilité, serait une grossesse forcée.

Grossesse forcée qui pourrait déboucher sur une parentalité forcée, le tout sans aucune sécurité sociale.

« C’est un message qui nous est adressé clairement : nous ne sommes pas en sécurité. Nous ne sommes pas considérées comme des adultes en capacité de consentir, mais comme des corps hôtes. »

Les femmes, cette minorité immense

Il ne faut pas se leurrer : le cœur de la constitution américaine, c’est que les droits y sont seulement garantis pour les hommes blancs propriétaires. Ils en sont bien conscients, et ne l’oublient jamais. Ce sont eux, qui à chaque progrès s’interrogent entre eux :

« Quelles libertés devrait-on laisser aux femmes, et aux personnes racisées ? »

C’est un véritable problème de fond aux États-Unis, et j’espère que ces hommes se rendent compte que ce système est sur le point de prendre fin. J’aimerais sincèrement croire que les lois rétrogrades que nous voyons naître en ce moment ne sont que leur dernier tour de force, avant de perdre ce pouvoir.

Après l’abortion ban, ma première réaction a été la peur

Cette loi qui a été actée il y a quelques jours au Texas n’a évidemment pas manqué de donner des idées à d’autres États conservateurs, qui servent le même agenda politique. Moi, ma première réaction a été la peur : celle de ce que les années à venir pourraient apporter. Et puis, celle de me retrouver menacée directement.

J’ai commencé à scanner mon passé, à réfléchir aux choses qui pourraient être utilisées contre moi.

J’ai divorcé il y a quelques années, et j’ai fait trois fausses couches durant ce mariage. Mon ex est abusif, et vindicatif. J’ai commencé à m’inquiéter : est-ce que, d’ici quelques années, il ne pourrait pas m’accuser d’avoir provoqué volontairement ces fausses couches pour me soutirer de l’argent, par exemple ?

Et puis, j’ai pensé à ce qu’il y avait ensuite sur la liste des droits que ces hommes espèrent pouvoir ôter aux femmes. Si cette loi a pu passer, la prochaine étape est très certainement une manière de nous restreindre l’accès à la contraception.

Et moi, je ne peux pas prendre le risque de tomber enceinte.

« Je ne peux pas risquer d’être enceinte » : je me suis fait stériliser

Car après ces trois fausses couches, j’ai réalisé que je ne savais pas vraiment pourquoi je tenais à tomber enceinte. J’ai compris qu’enfanter ce n’était pas quelque chose que je voulais, mais plutôt quelque chose qui était attendu de moi et dont je n’avais pas envie.

Par ailleurs, une réalité médicale dangereuse accompagne la grossesse : les États-Unis ont un des taux de mortalité maternelle en couche les plus élevés des pays occidentaux. Je refuse de me retrouver dans une situation d’urgence médicale, et de tomber dans un hôpital catholique qui refuserait par principe d’interrompre une grossesse dangereuse pour ma vie, par exemple.

Alors j’ai appelé mon docteur et planifié une opération de stérilisation volontaire, pour me faire ligaturer les trompes.

D’un point de vue individuel, c’est selon moi la meilleure chose à faire. Et si d’autres femmes prennent la même décision dans les mois à venir, partout aux États-Unis, je ne serai pas étonnée.

« Des femmes vont mourir en tentant d’avorter. Des femmes vont être faussement accusées d’avoir avorté quand elles feront des fausses couches. Et les moyens de contraception pourront être pris pour cible. »

« Cette loi donne plus de droits aux violeurs qu’aux femmes »

Les lois comme celles qui viennent de passer au Texas affectent les femmes bien au-delà de ce qu’on imagine.

C’est un message qui nous est adressé clairement : nous ne sommes pas en sécurité. Nous ne sommes pas considérées comme des adultes en capacité de consentir, mais comme des corps hôtes.

Et cela affecte chaque aspect de notre vie quotidienne, c’est un rappel quotidien de la manière dont nous sommes perçues. 

Cette loi donne plus de droits aux violeurs qu’aux femmes, et affirme que nous sommes en tort quoi qu’il arrive, y compris d’un point de vue biologique. C’est une réalité extrêmement douloureuse, pour les femmes de ce pays, et avec laquelle nous devons vivre, chaque heure, chaque jour, chaque année.

Il est répugnant de forcer des femmes à tomber enceinte

J’ai la chance d’avoir un partenaire incroyable, qui me soutient et me comprend sur la question de la (non-)parentalité. Il s’engage sur la question des droits des femmes, là où beaucoup d’hommes sont étrangement silencieux. Cette loi n’affecte donc pas notre vie sexuelle, mais je sais que toutes les femmes ne seront pas aussi chanceuses que moi. 

Pour nombre d’entre elles, coucher avec un homme pourra devenir synonyme de se mettre en danger.

Je me doute que de nouvelles lois plus restrictives sont au programme. Commencer par interdire et limiter l’avortement, cela augure un futur où on peut pénaliser la pratique, et durcir les lois envers les femmes qui veulent y avoir recours. 

Le problème, c’est que des femmes vont mourir en tentant d’avorter. Des femmes vont être faussement accusées d’avoir avorté quand elles feront des fausses couches. Et les moyens de contraception pourront être pris pour cible, accusés d’être des méthodes abortives.

Tout ça est terrifiant.

Le concept même d’obliger des femmes à tomber enceinte est barbare, et répugnant. Et il faut absolument savoir que la plupart des gens ne veulent pas de ces lois et de cette oppression : c’est un groupe minoritaire qui utilise des ressorts légaux pour opprimer les femmes.

Peut-être qu’un jour, nous deviendront une communauté protégée par la constitution ? En tout cas, je l’espère.

De l’importance de lutter

Même si je me sens en danger dans l’État où je réside, je n’ai pas l’intention de déménager dans un État plus progressiste du pays. Je vais rester, et lutter.

Je suis personnellement engagée dans des collectifs féministes, et nous travaillons à communiquer avec nos représentants politiques, pour essayer d’assurer un dialogue.

Je suis aussi membre du Temple Satanique. Aux États-Unis, ils agissent comme un groupe non-théiste qui travaille à empêcher la mainmise de la religion sur les lois. Actuellement, il se mobilise contre cette loi anti-avortement au Texas.

Les femmes ne sont pas des hôtes, ou des poules pondeuses. Ce sont des personnes, avec des vies et des buts. Toute conversation autour de la question du « début de la vie » ou des « limites » de l’avortement est une distraction de cette réalité.

Les États-Unis ne sont pas une théocratie, et les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps.

Il est frustrant de devoir réaffirmer, encore et encore, que les décisions que prennent les femmes aux côtés de leurs médecins leur appartiennent, et n’ont pas à être débattues. Ce débat n’existe pas : soit on pense les femmes comme capable de prendre les décisions qu’elles souhaitent au sujet de leur propre corps, soit on est dans le faux.

Nos corps et nos choix nous appartiennent.

À lire aussi : Childfree depuis toujours, j’ai décidé de me faire stériliser

Crédit photo : Karolina Grabowska

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Avatar de Ripley.
26 juin 2022 à 17h20
Ripley.
Des féministes se sont organisées.
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