Childfree depuis toujours, j’ai décidé de me faire stériliser


Cette Rockie a décidé de se faire ligaturer les trompes par choix, pour être certaine de ne pas avoir d'enfant. Elle nous explique son parcours.

Childfree depuis toujours, j’ai décidé de me faire stériliser

J’ai 27 ans, et, il y a une semaine, j’ai fait une opération de stérilisation. Désormais, mes chances de tomber enceinte sont presque inexistantes, et le fait de le savoir me rend très sereine. Voici comment j’en suis arrivée à prendre cette décision.

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Ligature des trompes : une décision mûrement réfléchie

Je n’ai jamais aimé les enfants. Alors attention, je ne dis pas non plus que je déteste les gosses. C’est juste que je ne les trouve pas mignons. Jusqu’à un âge assez avancé, je croyais fermement que tous les gens qui devenaient tout sucre avec un enfant faisaient semblant de le trouver adorable. Quelle déception d’apprendre que ce n’était pas le cas ! Et quelle incompréhension de ma part, surtout !

Je sais que quand je dis que je n’aime pas les enfants, beaucoup de gens ont du mal à imaginer comment c’est possible. Les arguments vont de « Mais c’est naturel pour une femme » à « Ça sera différent avec ton enfant ». Que puis-je vous dire… Non, ça ne marche pas comme ça, pas pour moi en tout cas.

En fait, dès que je dis que les enfants, c’est pas pour moi, les gens en face attendent de moi que j’argumente ma position. Pourtant, s’il s’agissait de prendre une autre décision qui changerait radicalement mon quotidien, me coûterait très cher en termes d’argent et de santé et qui serait irréversible, on me dirait bien l’inverse : « Mais tu es sûre de vouloir le faire ? »

Mais quand il s’agit d’enfants, c’est le fait de ne pas en vouloir qui pose question.

Autre paradoxe : tout le monde semble être d’accord sur le fait que les gens qui ne veulent pas de gosses ne doivent pas en faire, mais dès qu’il y a une vraie personne en face qui dit clairement être childfree, on l’interroge comme si c’était un crime de guerre.

Stérilisation : ne pas vouloir voir mes choix remis en question

Personnellement, j’aime ma vie telle qu’elle est. Je n’ai pas envie de passer des heures et des heures à m’occuper d’un enfant. Je veux garder ma liberté de dormir et de me reposer autant que je veux. J’ai des passe-temps qui m’intéressent bien plus que les livres de maternelle et des dessins aux crayons de couleur. Et finalement, le plus important : je ne veux pas d’enfants. 

À un moment donné, il faut accepter que les gens comme moi, on existe.

« Oui, mais une stérilisation, c’est un peu une solution radicale, non ? »

Oui. C’est exactement l’objectif : je veux être sûre de ne pas tomber enceinte. Les politiques autour de l’IVG évoluent tout le temps, et pas forcément dans le bon sens ; vous avez peut-être vu le film Que Sea Ley sur l’avortement en Argentine.

Récemment, en plein milieu de l’UE, la Pologne vient d’interdire l’avortement dans le cas où l’enfant a une pathologie grave. En Pologne, on a désormais le droit d’avorter seulement s’il s’agit d’un viol ou bien si la grossesse est dangereuse pour la vie de la personne qui porte l’enfant.

Je veux être sûre de ne jamais me retrouver dans une position où je ne peux pas recourir à un avortement pas cher et réalisé dans un hôpital.

Je ne veux pas avorter avec un cintre, tout comme je ne veux pas donner la vie à un enfant et l’abandonner à la naissance, ou pire, lui faire ressentir toute sa vie qu’il n’était pas le bienvenu. Vraiment, la stérilisation, c’est la meilleure option pour moi.

Une préparation à l’opération en amont

En France, toute personne majeure peut décider de recourir à une stérilisation ou une vasectomie. Pour cela, il faut le faire savoir à son médecin qui donnera les informations nécessaires et signera avec vous un papier officiel qui indique que vous avez été informée de tous les risques.

Après cela, la loi impose un délai de réflexion de quatre mois avant de faire l’opération, qui est remboursée par la Sécu. C’est la théorie.

En réalité, cela dépend pas mal des médecins sur lesquels on peut tomber. J’ai eu de la chance : ma gynécologue m’a tout de suite soutenue et m’a donné le numéro d’une chirurgienne qui réalise ce type d’opération.

Au bout de deux mois, j’ai eu un rendez-vous à l’hôpital, durant lequel la chirurgienne m’a expliqué les risques liés à l’opération de ligature des trompes. Il y a, en gros, deux types de risques : ceux liés à l’anesthésie générale et ceux liés à l’intervention.

Quels sont les risques de cette intervention ?

Le Dr Philippe Deruelle, gynécologue, avait expliqué au Journal des Femmes que « les complications au cours de l’opération restent très rares, mais au moment de l’introduction des trocarts (petites tiges cylindriques), un vaisseau sanguin, un nerf avoisinant ou une partie de l’intestin peuvent être blessés, ou en étant sectionnée, la trompe peut se mettre à saigner. (…)

Par ailleurs, le réveil lié à l’anesthésie peut quant à lui être difficile et des petites douleurs dans l’abdomen – qui disparaissent heureusement quelques jours après – peuvent survenir. Enfin, comme pour toute intervention chirurgicale, il y a un risque d’infection. »

Le jour de l’opération est arrivée, enfin

L’opération a été programmée quatre mois plus tard, donc au total j’ai attendu un peu plus que le délai légal de réflexion, mais au vu de la situation avec le Covid, j’étais simplement contente que mon opération soit maintenue malgré son caractère non urgent.

C’est une opération de jour : ça veut dire qu’on arrive à l’hôpital le matin et qu’on sort le soir, accompagnée d’un proche. Avant d’arriver, il faut enlever tous les piercings et boucles d’oreille, retirer le vernis sur les ongles, s’épiler avec une crème dépilatoire et – surprise ! – mettre des bas de contention.

J’ai fait tout ce qu’on m’a demandé, on a bien rigolé avec mon copain, parce que les bas de contention font de n’importe qui un saucisson, et je suis partie à l’hôpital. On m’a vite fait grondée parce que j’ai oublié d’enlever le vernis sur mes orteils (ne faites pas comme moi !), et on m’a fait patienter dans plusieurs salles d’attentes consécutives. Finalement, on m’a posé une perfusion, et j’étais prête pour l’opération.

Après l’opération, qui a duré quarante minutes environ, je me suis réveillée dans la salle de réveil, où un infirmier m’a reproché d’avoir mordu le tuyau qui aide à la respiration quand on voulait me le retirer.

J’ai commencé à culpabiliser, mais dix minutes plus tard j’ai vu un autre patient à côté moi faire la même chose, alors je crois que c’est fréquent. Ensuite j’ai été transférée dans une chambre où un gentil monsieur m’a donné un sandwich et une compote.

Je suis repartie chez moi le soir même avec trois pansements sur le ventre et un arrêt de travail de quatre jours. Le rétablissement s’est bien passé : j’ai eu quelques douleurs qui ressemblaient à des courbatures, mais rien de plus.

La seule contrainte qui dure, c’est l’interdiction de faire de l’escalade (que je pratique) pendant au moins deux mois, sinon je risquerais de me faire une hernie. Mais actuellement, avec les salles de sport fermées, je ne peux pas y aller dans tous les cas.

Ma stérilisation et le drama familial

De manière générale, j’ai un entourage qui me soutient beaucoup dans ma décision. Mon copain et mes amis respectent mes choix et sont toujours là si j’ai besoin de leur aide, et c’est génial.

Chose que je ne peux pas dire de mon cercle familial qui, globalement, vit dans le déni de la personne que je suis devenue. Mes valeurs féministes et de gauche leur sont complètement étrangères, et mes parents n’ont jamais perdu l’espoir qu’un jour, je dépasserais cette « crise d’adolescence » et retournerais sur le droit chemin.

J’ignorais moi-même à quel point ils ne me prenaient pas au sérieux jusqu’au jour où je leur ai parlé de la stérilisation.

J’ai décidé de leur en parler parce qu’ils habitent loin, et si un des risques opératoires devenait bien réel, ils l’apprendraient par le biais de mon copain. Je me suis mise à leur place, et j’ai décidé qu’il était mieux si je leur annonçais la nouvelle moi-même.

Ce qui a suivi est un drama pur et dur. Voici un petit récapitulatif des réactions :

  • Ma vie est terminée, elle n’a plus aucun sens, ainsi que leurs vies à eux ;
  • « Tu vas faire quoi de ta vie, aller au boulot et répondre à ton téléphone de merde ? » ;
  • Mon mec me quittera pour une « vraie femme » ;
  • De toute façon, ce que je veux, visiblement, c’est de sauter d’un mec à l’autre jusqu’à la fin de mes jours ;
  • Je suis une pute ;
  • Autant écrire directement sur mon front que je suis tarée, tout le monde le sait déjà ;
  • Etc., etc.

J’ai essayé de les calmer, de leur expliquer mon choix, j’ai insisté sur le fait qu’on n’a pas besoin d’être d’accord là-dessus pour avancer en tant que familleIls ne voulaient rien entendre.

Actuellement, on ne se parle plus, on verra bien si ça change avec le temps.

Bien sûr, ce n’est pas agréable de vivre une situation comme ça, mais il y avait tellement de tensions dans mes relations avec mes parents, que le conflit devait bien arriver un jour. La stérilisation, c’est la goutte qui a fait déborder le vase, alors je ne regrette pas de leur en avoir parlé.

Pour moi, la stérilisation est une expérience libératrice. J’y ai suffisamment réfléchi pour être sûre que c’est ce qui me rendrait heureuse et, franchement, il n’y a rien de comparable à la réalisation que je peux contrôler mon corps et mon futur.

Je suis finalement sereine dans la certitude que mon corps ne me trahira pas, et que je pourrai vivre ma vie telle que j’en ai envie.

Manon Portanier

Manon Portanier


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