Est-ce si grave de ne pas pouvoir baiser Yann Moix ?

Yann Moix fait polémique car il juge qu'une femme au-delà de 25 ans ne peut pas être désirable. Pourquoi diable le monde lui accorde-t-il autant d'attention ?

Est-ce si grave de ne pas pouvoir baiser Yann Moix ?

En cette douce rentrée, je vous propose une bonne résolution pour 2019.

Et si on arrêtait de donner de l’attention aux gens qui ne la méritent pas ?

Yann Moix ne désire pas les femmes de son âge

Yann Moix a été interviewé par Marie Claire à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Rompre. Interrogé sur son « genre » de femmes, il explique :

« À 50 ans, je suis incapable d’aimer une femme de 50 ans. […]

Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir.

Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire. Le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout. »

Internet étant Internet, l’extrait s’est bien entendu retrouvé sur Twitter, sur Facebook, a tourné partout, indigné tout le monde, Yann Moix a été copieusement insulté, les femmes y ont été de leur bon mot, bref vous connaissez la routine.

Ma star.

Qui ça intéresse, la vie sexuelle de Yann Moix ?

Sauf que voilà, est-ce qu’on s’en fout pas un peu de savoir qui Yann Moix trouve désirable, qui il baise et à qui il pense quand il se branle ?

J’ai plus de 25 ans et je ne suis pas asiatique, donc Yann Moix n’a pas envie de me sauter (ah oui, parce qu’il n’aime que les jeunes femmes asiatiques — tellement original) (non).

Eh bien je dois vous dire que me lever un matin avec la certitude que Yann Moix n’a aucune envie de me faire un cunni, ça n’a pas vraiment gâché ma vie.

Rapport que je me demande rarement si un auteur et chroniqueur de 50 piges aurait la gentillesse de vouloir me baiser.

Les goûts et les désirs ne se contrôlent pas…

Yann Moix estime qu’« on n’est pas responsable ni de ses goûts, ni de ses penchants, ni de ses inclinations ». Et il n’a pas tort, écoutez.

On ne contrôle pas ce qu’on désire, il est impossible de se forcer à avoir envie de quelqu’un comme de s’en empêcher. La teub de Yann Moix n’a pas de télécommande.

Peut-être aurait-il dû éviter de généraliser son avis personnel sur les corps des femmes jeunes ou moins jeunes, mais c’est une interview, une discussion, pas un écrit : chaque mot n’est pas pesé avec minutie.

Dans le flux d’un dialogue, il est facile de se laisser aller à des raccourcis.

…mais les désirs disent des choses de notre société

Si les propos de Yann Moix ont enflammé les médias, c’est parce qu’ils ne concernent pas que lui.

Dans la société actuelle, les femmes « périment » plus vite que les hommes ; leur beauté est considérée comme éphémère, et on voit encore peu de quinquagénaires représentées comme désirables.

À ce sujet, je ne peux que vous conseiller à nouveau de regarder Nanette d’Hannah Gadsby, qui parle notamment de Picasso considérant que l’âge d’or d’une femme, c’est… 17 ans. DIX-SEPT ANS.

Plutôt l’âge des cours de code et des boutons que l’âge d’or, si vous voulez mon avis.

Un exemple de ce double standard : les films, qui façonnent l’imaginaire, n’hésitent pas à mettre en couple un acteur vieillissant et une actrice bien plus jeune, comme si une femme du même âge que son compagnon ne pouvait pas être séduisante.

30 ans d’écart entre Michael Keaton et Andrea Riseborough dans Birdman. DÉTENTE.

Problème : la valeur des femmes est encore trop souvent liée à « sont-elles désirables aux yeux d’un homme ? ». Rendre indésirable une femme de 30 ans, c’est lui ôter de la valeur.

Mais bon, ce n’est pas comme si Yann Moix avait inventé ça. Et ce n’est pas comme s’il se sentait au top niveau désir non plus :

« Les femmes de 50 ans ne me voient pas non plus, je ne les intéresse pas, elles ont autre chose à faire que de se trimbaler un névrosé qui passe ses journées à écrire et lire […]

Tant mieux pour les femmes de 50 ans, et tant pis pour moi. »

Yann Moix et la polémique qui marque un ras-le-bol

Il y a cinq, dix, quinze ans, l’interview de Yann Moix n’aurait probablement pas fait polémique. Ce genre de propos était plus accepté, plus normal.

En 2019, les femmes en ont assez de :

  • N’être considérées que par rapport au fait que les hommes les désirent ou non
  • Voir qu’elles sont considérées comme « périmées » à la trentaine, alors que les hommes se « bonifient » avec les années, comme le vin, oui oui (mdr)

Quand tu sirotes un cépage Quinqua Névrosé

Les propos de Yann Moix, je m’en fous, mais je ne me fous pas des réactions qu’ils ont suscitées, et qui sont bien plus intéressantes que les fantasmes d’un auteur quelconque.

Sur Slate, Titiou s’interroge sur la désirabilité de Yann Moix (le meilleur article sur la question selon moi), et Jean-Marc Proust s’interroge sur les gens qui lui envoient des photos de quinquagénaires sexy pour lui prouver qu’il a tort.

Sur le Huffington Post, Charlotte Montpezat intitule « la banalité du mâle »  sa pertinente tribune. Même Miss France a son mot à dire.

En 2019, les opinions poussiéreuses et réchauffées sur les corps des femmes ne sont plus si intéressantes que ça, même si elles font beaucoup réagir. Et ça fait du bien, écoutez.

Yann Moix ne me baisera pas, mais bon je survivrai

Les femmes n’ont pas de chance quand même, parce qu’en y réfléchissant bien, on n’a pas vraiment d’âge d’or.

  • L’adolescence ? Période futile de passion pour des boys band insipides, avec un roller-coaster d’hormones insoutenable.
  • La vingtaine ? Période de bonnassitude (source : Yann Moix), sauf que t’es fauchée et personne veut t’embaucher vu que c’est sûr tu vas pondre un gosse et partir en congé mat’.
  • La trentaine ? Non mais lâche l’affaire bobonne, tes squats ne trompent personne, tu es périmée et tes rides se voient.
  • La quarantaine ? C’est le bon âge pour se faire larguer par son mari, qui partira avec une jeunette de 25 ans.
  • La cinquantaine ? Ça existe des femmes de 50 ans ? Elles doivent avoir une cape d’invisibilité, je ne les vois jamais.
  • La soixantaine ? Profite bien de ta mini-retraite issue de l’inégalité des salaires, et savoure ces décennies à ramasser les chaussons de ton mari qui n’a jamais appris à les ranger !

Bref, vous voyez le topo, être une femme c’est face tu perds pile je gagne… selon le patriarcat en tout cas.

Alors en 2019, je propose qu’on arrête de s’intéresser à ce que le patriarcat pense de nous, qu’on vive notre vie, qu’on baise des gens qui ont envie de nous et qu’on accepte avec joie son premier cheveu blanc.

De toute façon, Yann Moix mourra avant nous alors pourquoi perdre notre temps avec lui ?

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