J’ai tout plaqué pour partir en lune de miel à durée indéterminée sur un voilier

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Anaïs est partie faire le tour du monde à la voile avec Damien. Elle nous raconte la préparation de ce grand projet et le quotidien, une fois en mer !

J’ai tout plaqué pour partir en lune de miel à durée indéterminée sur un voilier

J’ai rencontré Damien sur les bancs de l’école d’ingénieurs. Tout en poursuivant notre cursus, on s’est rendu compte qu’on aimait beaucoup voyager tous les deux. Plus on restait ensemble, plus on avait envie de partir, plus on rêvait de tout quitter pour un temps !

Aujourd’hui, c’est fait : on est en « lune de miel à durée indéterminée », en tour du monde à la voile !

Partir en voyage à la voile

Si on savait dès le départ qu’on voulait voyager, restait à définir le moyen de transport… Moi, je m’en moquais un peu, lui, par contre, ne rêvait que de mers et d’océans.

Je me suis alors laissée entraîner par l’idée… et j’ai été complètement convaincue après une petite croisière en Corse pendant l’été 2015, sur le bateau d’un ami que l’on devait ramener sur le continent !

Les cheveux dans le vent, du soleil, y a pire pour apprendre à barrer !

Je n’avais pas le mal de mer, j’étais conquise, on a donc décidé que ce serait un projet de voyage autour de la voile !

Bon, finalement j’ai découvert plus tard que je pouvais y être sujette, ce qui m’arrive toujours de temps en temps mais je me connais mieux maintenant, je sais anticiper avec des médicaments, une bonne sieste ou un repas réconfortant.

Comment financer notre tour du monde à la voile ?

On s’est donc mis à y songer de plus en plus sérieusement tout en commençant à travailler à côté, en tant qu’ingénieur·es.

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On avait chacun un bon salaire, environ 2200 € net par mois, ce qui nous a permis de mettre de côté même avant de savoir précisément à quoi ressemblerait ce voyage, pendant 4 à 5 ans.

Fin 2015, on a trouvé notre bonheur, un vrai coup de cœur :

  • Il fait 11,5m de long, une taille très confortable pour deux personnes.
  • La hauteur sous plafond permet à Damien de tenir debout à l’intérieur, c’était indispensable !
  • Il était très bien entretenu pour son âge (29 ans !) et déjà un peu préparé pour la grande croisière (panneaux solaires, électronique…).
  • Et pour finir, son prix rentrait dans notre budget. Nous l’avons acheté 48000€, le prix du marché à ce moment-là.

On l’a renommé Manwë, ce cher petit voilier. D’après le Dieu du vent dans l’univers du Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien (notre petit côté geek).

Depuis, on a ajouté environ 15000€ de travaux type « préparation tour du monde » : équipements électroniques, téléphone satellite, ajout de panneaux solaires, voiles neuves…

Il faut savoir que le milieu du bateau coûte très cher, mais en ce qui concerne l’achat du bateau, il y en a quand même à différents budgets ! On a croisé des voyageurs qui en avaient trouvé à 15000€ voire même moins et qui avaient à peine ajouté la même somme pour le préparer à une grande croisière.

Après 6 mois de voyage, notre budget mensuel moyen s’élève au total à 1080€ en moyenne.

Ça comporte 315 euros pour le bateau en comptant l’entretien courant (qui correspond environ à 10 % du prix d’achat par an), l’assurance, le remplissage eau et gazole, auxquels il faut ajouter en gros 75 euros pour les ports.

De quoi nous laisser de la marge pour se ravitailler et l’opportunité de profiter des escales !

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Un tour du monde à la voile, ça se prépare

Damien avait déjà une bonne expérience : né dans une famille de voileux, il était moniteur de voile plus jeune et a participé à de nombreuses régates en tant qu’équipier.

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De mon côté, je partais de zéro mais je pense qu’avec de la pratique, ça reste accessible à tout le monde !

C’est à mon avis important d’avoir une personne à bord qui sache bien naviguer, car ça ne s’invente pas, mais les bons réflexes et les bonnes méthodes peuvent être acquis grâce à des stages.

Par exemple avant le départ, Damien a quand même fait un stage spécifique sur le moteur via l’association Sail The World. Le moteur d’un voilier, on n’a jamais envie de l’utiliser, mais quand on en a besoin on est bien content qu’il se mette en marche, et il sert plus souvent qu’on ne le croit (au mouillage, au port, quand le vent est aux abonnés absents…).

Le dernier diplôme à passer, obligatoire celui-là : le CRR (Certificat de Radiophonie Restreinte) pour avoir le droit d’utiliser la VHF à bord (la radio haute fréquence qui permet de communiquer avec d’autres bateaux ainsi qu’avec la Terre).

Ce qui est surprenant, c’est que le permis bateau lui n’est pas obligatoire pour un voilier !

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Dis, on va où sur la carte du monde ?

Le 18 juillet 2017, ça y est, le jour J est arrivé ! On partait de Toulon, avec devant nous, la carte du monde.

Un tour par les Tropiques, escales aux Baléares, aux Canaries et au Cap-Vert avant de traverser pour passer une saison aux Antilles.

À partir de juin 2018, on ira se cacher des cyclones en Amérique centrale. Puis, en 2019, traversée du canal de Panama pour naviguer vers les magnifiques archipels du Pacifique.

On ne passe pas non plus notre vie sur l’eau, on aime bien visiter l’intérieur des îles aussi. Ici, à Minorque, aux Baléares.

En voilier, surtout au début, on se dit que tout est possible ! On peut se permettre de rêver parce qu’on ne s’est pas fixé de date limite. On a quitté nos boulots, rendu l’appartement, vendu nos meubles, la voiture, gardé seulement le nécessaire pour la vie à bord.

Évidemment, quand on en parle quelques personnes s’inquiètent : « Mais comment tu vas faire pour l’argent ? Mais, et ta carrière ? La retraite ? » etc.

Ce serait mentir que de dire qu’on est parti·es sans réfléchir. On a mis de côté suffisamment pour avoir un an de vraies vacances devant nous. Après, on s’arrêtera pour refaire le plein de la caisse du bord, en essayant de travailler comme on peut.

Premier vrai challenge sur le parcours : la traversée de l’Atlantique

Notre première épreuve face à l’océan et notre première grande fierté, ce fut la transatlantique ! On avait déjà pu se frotter à quelques navigations de plusieurs jours en haute mer, on tâtonnait, on essayait de prendre nos marques et de s’habituer à ces journées loin de tout.

J’appréhendais un peu la grande traversée, mais pas forcément en terme de navigation. En soi, c’est une traversée d’océan facile selon les marins.

Non, j’avais surtout peur de m’ennuyer ! Deux semaines au milieu de l’océan, à voir de l’eau partout… Mais finalement, tout s’est vraiment très bien passé ! Très peu de manœuvres, une belle météo, on a mis 15 jours à atteindre l’île de Tobago aux Antilles.

À bord, le programme est fait de jeux de société, lectures, siestes, pêche, repas (mmmh, les pizzas réconfortantes et les crêpes au goûter), films… Finalement, les journées passaient plutôt vite !

On vivait avec le rythme du soleil. Donc quand il se couchait, l’un de nous prenait son premier quart de surveillance, et ainsi de suite, toutes les 3 heures, jusqu’au lever du jour. Le plus dur en fait, c’est la sonnerie du réveil 3 heures plus tard…

Un de mes moments préférés : le lever du soleil pendant le dernier quart. Instant magique garanti !

Tobago, mon coup de coeur

Mon plus beau souvenir jusqu’ici restera notre arrivée sur Tobago. Les Caraïbes, c’était mon but, mon rêve ! Alors quand nous avons aperçu la terre à l’horizon, après avoir vu l’eau pendant deux semaines, quelle émotion…

C’était magique, cette île quasi-vierge, recouverte d’une végétation luxuriante, avec une multitude d’oiseaux qui volaient dans tous les sens ! On se serait cru arriver à Jurassic Park.

Quand on traverse l’Atlantique, on a le choix de l’arrivée, entre toutes les îles du sud des Antilles. On a opté pour Tobago car elle est plutôt hors des sentiers battus et ça nous permettait ensuite de remonter tout l’arc antillais vers le nord.

À vrai dire, je ne savais même pas la placer sur une carte avant la traversée. On a eu raison en tout cas, cette île est magnifique, seulement quelques voiliers au mouillage, une nature préservée, pas vraiment réputée pour le tourisme de masse…

Coucou toi, on t’attendait tu sais !

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Un tour du monde à la voile c’est aussi quelques coups de mou

Autour du monde à la voile, on se dit que tout doit être idyllique. Mais finalement, j’ai aussi eu des jours de moins bien, pendant la période des fêtes de fin d’année.

Mes proches me manquaient, pour la première fois, je me suis sentie bien seule et j’avais (presque) envie de rentrer.

Ça m’a donné l’occasion de réfléchir sur la suite et on a opté pour un compromis avec Damien : si nos proches ne peuvent nous rejoindre en vacances quelque part, on se fera un aller-retour d’ici fin 2018 en France pour les voir.

Ce n’était pas prévu dans notre budget initial mais ce serait encore plus difficile une fois passé côté Pacifique…

La vie au quotidien n’est pas non plus de tout repos entre les lessives à la main, les courses à ramener en annexe, la consommation en eau et en électricité qu’il faut surveiller pour ne pas tomber en rade, le fait d’être à deux 24h/24 dans un espace restreint…

Mais pour le moment, tout va bien, on ne pense pas à rentrer. On est dans une ambiance de vacances, dans de beaux paysages et ça compense ces soucis et corvées du quotidien !

La déco aussi c’est important !

Un dernier conseil pour ceux qui aimeraient se lancer

Franchement, si l’envie est là, partez, n’hésitez pas, tentez le coup ! En bateau, par avion, en van… Pour quelques mois, pour un an ou plus encore, peu importe.

On a rencontré, avant et après notre départ tellement de gens qui nous ont dit : « Ah si on avait eu le courage de faire ça à votre âge ! »

Une belle phrase m’a marquée et je pense qu’elle résume cela :

« Faire ce que vous faites à votre âge pourrait être l’unique but de la vie si on était jeune après avoir été vieux. »

L’accomplissement, mouiller devant une plage tropicale déserte…

Si tu veux en savoir plus sur le voyage d’Anaïs et de Damien, n’hésite pas à suivre leurs aventures au choix ou partout à la fois :

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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Commentaires
  • Loooe
    Loooe, Le 2 mars 2018 à 18h48

    Article superbe, plein de vérités, un projet qui mine de rien arrive à rendre moins terrifiant l'idée de franchir le cap!
    Merci pour cet article et je fonce voir votre blog. Encore merci

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