J’ai pris une année de césure — Témoignage

Miss Lu a décidé de prendre une année de césure. Elle vous donne ses raisons et fait un premier bilan !

J’ai pris une année de césure — Témoignage

Aujourd’hui, telle que tu me vois, je suis en année de césure. Et je la passe pour l’instant chez madmoiZelle, en tant que (stagiaire) rédactrice Web. Je dois dire que je suis dans ma joie et dans ma fierté.

J’avais besoin de prendre une pause

J’avais besoin de prendre une pause. De réfléchir. Après deux années de licence à Sciences Po Paris (campus franco-allemand de Nancy), une troisième année de licence en échange Erasmus en Allemagne (comprenez : de la bière et des soirées), et un an de master à Sciences Po Paris… j’avais besoin de changer d’air.

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Un choix dicté par la raison (non)

Plusieurs raisons se sont combinées pour m’amener à ce choix de prendre une année de césure. D’abord, je voulais un peu d’expérience professionnelle afin de valoriser mon profil lors de ma future entrée sur le marché du travail. J’avais un peu peur d’arriver à 24 ans dans la « vraie vie » et de ne pas savoir m’y prendre du tout (en mode poussin qui sort de l’œuf). Ça, c’était la première raison, et surtout l’officielle — Sciences Po n’aurait pas trop aimé que je balance : « en fait j’en ai ras-le-bol de vous, je me casse pendant un an, bisous ! ».

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La deuxième raison, c’était que je voulais essayer autre chose que les études. Étudier, apprendre, c’est au final un peu passif, je trouve. J’avais envie d’être valorisée pour ce que je produisais, et pas pour ce que j’étais capable de répéter ou pour mon talent à faire semblant d’en savoir bien plus que je ne le laissais paraître — parce qu’il faut l’avouer, Sciences Po c’est beaucoup du pipeau, comme les étudiant•e•s eux•elles-mêmes le disent (mais non on n’attire pas les rats et les gentils enfants comme dans la légende, promis).

Pendant les études, on est constamment sous pression

La troisième raison, c’est que pendant les études — en tout cas c’était mon cas à Sciences Po — on est constamment sous pression et soumis•e•s à évaluation. Tu es absent•e en cours ? Bam, un mauvais point. Tu as bâclé ton exposé ? Bim, une mauvaise note. Tu n’as pas eu la moyenne dans telle matière ? Zou, tu ne valides pas ton année. Parce qu’à Sciences Po (je ne sais pas comment ça marche à la fac), il y a des matières que l’on est obligé•e• de valider, peu importe le nombre de crédits que l’on a déjà, sous peine de redoubler. Et quand on est, en plus, boursier•e, on n’a pas le droit de redoubler plus d’une fois, sinon on perd sa bourse…

La pression, donc. Ayant fait une réelle dépression pendant toute ma première année de master, je n’étais plus capable de supporter un tel stress. J’ai donc décidé qu’un an de pause loin de Sciences Po me ferait le plus grand bien.

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Enfin, j’avais besoin de faire le point sur ma vie. Mon master (droits de l’homme et action humanitaire) ne me plaisait pas, les cours n’étaient pas assez concrets, et après avoir bien réfléchi, je ne voulais au final plus travailler dans l’humanitaire car les postes que j’aurais occupé au vu de ma formation auraient été essentiellement administratifs : des papiers, encore des papiers…

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Un premier stage dans mon seum

Que vais-je faire de ma vie ?

L’éternelle question lancinante « que vais-je faire de ma vie ? » se posait très régulièrement (à peu près 530 millions de fois par jour). J’ai donc repris, point par point, un processus de réflexion : qu’est-ce que j’aime dans la vie ? Réponse : les livres. Comme je risquais d’avoir un peu de mal à gagner ma vie en tant qu’écrivain, je me suis tournée vers l’édition. Eh oui : si je ne pouvais pas écrire, j’allais au moins donner la chance à d’autres de publier (juge pas, j’étais naïve… et je le suis encore).

J’ai donc pris le taureau par les cornes : malgré mon absence totale de formation dans le secteur, j’ai envoyé lettre de motivation sur lettre de motivation à des maisons d’édition pour les supplier de me prendre en stage. Et l’une d’entre elles a finalement accepté !

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C’est ainsi que je me suis retrouvée… à coller des timbres sur des enveloppes. Et à écrire des lettres de refus copiées-collées aux auteur•e•s qui envoyaient leurs manuscrits, après avoir feuilleté ces derniers pour trouver une raison à peu près valable de dire non. Tu t’en doutes, je n’ai pas tenu très longtemps (moins de deux semaines, en fait — autant dire une éternité). C’est comme ça que j’ai pris mon courage à deux mains, et que j’ai envoyé une candidature de stage à madmoiZelle, avec très peu d’espoir et beaucoup de rancune envers la vie. Et… j’ai été prise. Joie, carambars qui collent aux dents, et Champomy.

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madmoiZelle, mon arche de Noé

Depuis, ma vie s’est de nouveau parée du voile soyeux de l’utilité et de la joie. J’écris des articles sensés (plus ou moins), personnels (j’étale ma vie, quoi), importants (le féminisme, tout ça) ou WTF (je ne fais pas dans la demi-mesure). Bref, je m’éclate. J’ai enfin l’impression d’être utile à quelque chose, de transmettre ce que je considère comme essentiel dans la vie, de communiquer sur tous les sujets, en vrac, qui m’intéressent et qui peuvent aussi intéresser les filles de ma génération : actualité, littérature, cinéma, écologie, société, drôleries en tout genre.

Je suis libérée de la pression que faisaient peser sur moi Sciences Po et tou•te•s ces étudiant•e•s surdoué•e•s et richissimes. Mymy, Fab et Clem ne peuvent pas me virer sauf si je suis vraiment pas sage (et comme, en toute modestie, je suis un ange, ça va). J’ai retrouvé un but dans la vie (si, si, j’en suis à ce point)… ou au moins, l’idée que la vie peut servir à quelque chose.

Travailler à madmoiZelle m’a remise sur les rails

Plus sérieusement, travailler à madmoiZelle m’a remise sur les rails. Avec un rythme soutenu (les rédactrices ont un certain quota d’articles à écrire par jour) mais qui favorise un sentiment de productivité, des horaires fixes (et pas trois semaines en mode sous-marin en panne d’oxygène comme à Sciences Po durant les périodes d’examen), et un management compréhensif et humain, je me sens beaucoup plus valorisée.

Ici, tout le monde vise à une seule chose : faire tourner madmoiZelle et informer les lectrices de ce qui nous paraît important (et puis, bien sûr, partager de l’amour et de la bonne humeur). Du coup, pas de compétition qui tourne au vinaigre, pas de jalousie vert grenouille, plutôt de l’entraide et du soutien(-gorge) (et des licornes roses à paillettes). Quand l’une ne peut pas, on s’arrange pour la remplacer… mais chacune a sa place et son importance. Même moi, en tant que stagiaire, on me fait confiance pour écrire. Et avoir la confiance de ses supérieur•e•s, c’est inestimable.

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Quid du futur ?

J’aime aussi être dans une petite structure où chaque personne est essentielle à ce que l’entreprise tourne bien. Ça change de Sciences Po Paris, avec ses milliers d’étudiants et soi-même perdu•e dans la masse.

Je ne pense pas être la seule à avoir du mal à m’y retrouver dans ma vie et dans mon turfu. J’ai même l’impression qu’on est une sacrée bonne poignée dans cette génération Y, quelles qu’en soient les raisons. Peut-être que cette année, on pourrait demander au Père Noël un bon guide d’orientation ? Ou prier pour qu’une illumination nous tombe sur la tête, comme Eurêka (à condition de ne pas la perdre sous un rocher ensuite) ?

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L’idée, c’est surtout de ne pas perdre espoir

L’idée, c’est surtout de ne pas perdre espoir. Il y a un (ou des) métier(s) fait(s) pour chacun•e de nous. Et ce n’est pas grave de ne pas savoir ce qu’on veut faire quand on sera grand•e (oui, j’utilise encore cette expression) ! L’essentiel, c’est de finir par faire des choses qu’on aime. Et si ce que tu fais actuellement ne te plaît pas, essaie d’envisager des alternatives. Tu vaux mieux que ça.

Mais le truc, c’est de poursuivre tes rêves ! Il est possible de travailler à quelque chose qu’on trouve important et positif, de se lever chaque matin en se disant qu’on va contribuer à quelque chose d’utile. C’est en tout cas ce que mon stage à madmoiZelle me rappelle tous les jours. Même ceux où je stresse parce que j’ai pas d’idée d’article. Je finis toujours par trouver une solution, parce que j’aime ce que je fais.

J’ai vraiment le sentiment d’avoir pris la bonne décision

Ça ne fait donc que deux mois et demi que je suis en césure. Mais pour l’instant, j’ai vraiment le sentiment d’avoir pris la bonne décision : ça me permet d’apprendre en douceur à me fondre dans le monde du travail, ça m’offre une pause tout en me permettant de continuer à apprendre, et surtout, ça me fait reprendre espoir en ce que je fais. Que du positif.

Alors oui, il sera probablement difficile de retourner sur les bancs de Sciences Po après cette expérience. Mais je n’en suis pas encore là. Je ne sais pas encore ce que je ferai après mon stage à madmoiZelle. J’y réfléchirai lorsque le moment sera venu. Une chose est sûre : je ne regretterai pas mon choix d’année de césure, parce que ça m’aura offert cette opportunité incroyable.

Et toi, tu envisages une année de césure ? Qu’est-ce qui te fait hésiter ? Tu en as pris une ? Quel est ton bilan ? Viens en parler dans les commentaires !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lal.W
    Lal.W, Le 16 juillet 2016 à 19h39

    Bah le problème c'est que je me dit tout le temps que j'ai le temps alors je passe à côté de certaine chose (bon parfois aussi pour des raisons comme cours, partiel, manque de sous...). Du coup c'est pour ça que là je me met trop la pression.
    Je suis super curieuse de savoir comment t'en est arrivé là et comment tu t'en sors comme maraîchères.

    Merciii :) Mais je suis déjà obligé d'en garder pour plus tard par manque de temps

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