La culture gay et moi, du cliché à la réalité

La culture gay, ça a toujours été un monde un peu énigmatique pour Louise. Après avoir vu le documentaire Tellement Gay ! de Maxime Donzel, elle a pu virer ses clichés et découvrir une culture passionnante.

La culture gay et moi, du cliché à la réalité

Cet article a été écrit dans le cadre d’un partenariat commercial avec Tellement Gay !.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Mise à jour : si tu as loupé Tellement Gay, tu peux le revoir pendant 7 jours sur ARTE + 7 !

Pendant mes vingt premières années et malgré un entourage pas vraiment 100% hétéro qui a participé à m’ouvrir les esprits et à me faire découvrir Elton John et Truman Capote, la culture gay se résumait pour moi à ça.

Étant allée à plusieurs Marches des Fiertés, j’ai pu avoir des notions de ce qui fait la culture gay de nos jours… sans avoir aucune compréhension des origines de ce courant underground devenu une culture à part entière, de ses codes et d’à quel point il influence les tendances d’aujourd’hui. Parce qu’il faut le dire : la pop culture c’est quand même très gay !

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Et puis un jour j’ai commencé à m’y intéresser, via des séries, des émissions, des reportages : parmi eux, j’ai eu l’occasion de voir en avant-première Tellement Gay !. Signé Maxime Donzel, cet excellent documentaire en deux parties revient sur ce qui fait la culture gay, quand elle devait se cacher et quand elle a pu sortir du placard. Un bon moyen de dire adieu à mes clichés et bonjour à la réalité.

Cliché #1 — La culture gay a toujours été visible

Dans la mesure où la culture gay se résumait pour moi aux drag queens, pas étonnant que j’imagine qu’elle était forcément très visible, ouvertement exprimée, battant de ses gigantesques faux cils. En réalité, la culture gay n’a pu s’exprimer que très tard aux États-Unis, du fait des interdictions de représenter des personnages homosexuels dans les œuvres culturelles.

Les artistes voulant représenter l’homosexualité avaient alors deux choix : dépeindre des personnages gay d’un point de vue négatif (les lesbiennes manipulatrices d’un côté, les homos cruels et malhonnêtes de l’autre) ou exprimer l’homosexualité à mots couverts. Durant de (trop) nombreuses années, la culture gay était donc cachée, véhiculée par des codes et des sous-entendus.

Cliché #2 — La culture gay se limite aux mecs homosexuels

La culture gay, aussi décrite par le terme culture queer, désigne la culture partagée par les homosexuel-le-s (femmes et hommes), bisexuel-le-s, personnes trans… C’est la culture LGBTQI dans son ensemble. Pourtant, elle m’a longtemps semblé essentiellement masculine : des drag queens aux chanteurs ouvertement homosexuels en passant par la série Looking, j’ai toujours imaginé que la culture gay était uniquement masculine.

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Désolée.

Pourtant, l’homosexualité féminine a subi les mêmes censures que l’homosexualité masculine et a elle aussi dû s’exprimer sous le manteau. On citera par exemple Thelma et Louise, souvent vu comme un film lesbien qui ne le dit pas ouvertement, avec Geena Davis et Susan Sarandon (laquelle jouait quelques années plus tôt, dans Les Prédateurs, une des scènes d’amour lesbien les plus connues du cinéma).

Mais à l’image de cette scène et de nombreuses histoires semblables, les couples lesbiens sont souvent fantasmés et très peu fidèles à la réalité : les draps de satin, les rideaux qui volent et les baisers mouillés… disons qu’on a fait plus réaliste. Depuis quelques années, la culture lesbienne apparaît de plus en plus à la télévision au cinéma, d’Ellen DeGeneres qui fait son coming-out en direct à la télévision à des couples lesbiens plus souvent présents et représentés de façon réalistes dans des œuvres visuelles (Alex et Piper dans Orange Is The New Black, Nomi et Amanita dans Sense8, le film Imagine Me & You).

Une perle de la Culture lesbienne par Lea DeLaria, actrice et humorise gay

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Cliché #3 — La culture gay n’apparaît que dans des œuvres pour adultes

Pour moi, la culture gay, c’était une affaire d’initié-e-s, de personnes qui savaient de quoi elles parlaient et ce qu’elles regardaient. Une culture adaptée à un public averti, comme dirait l’autre. Pourtant, après avoir compris que la culture gay a longtemps vécue cachée, j’ai compris que ses codes pouvaient être partout.

Sans non plus m’y mettre comme ce paranoïaque de Mc Carthy et sa chasse aux sorcières drag, j’ai réalisé que la culture gay comprend des codes et des thèmes récurrents que l’on peut trouver dans de nombreuses œuvres. Prenons par exemple les films Disney… (Oui, je vais donner un tout autre visage à vos dessins animés adorés, brace yourselves.)

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Une des morales les plus récurrentes des films Disney est l’acceptation de soi et de ses différences : un message positif pour les enfants qui rappelle ce bon vieux Born This Way, hymne volontairement et résolument gay. Ce sous-texte permet aux LGBTQI d’entendre un message qui fait du bien aux oreilles mais qui ne concurrence pas le modèle classique des Disney : l’histoire d’amour qui unit un homme et une femme.

On peut aussi reconnaître des clichés gay chez les méchants des films Disney : ils sont souvent efféminés (John Ratcliffe dans Pocahontas, le Dr Facilier dans La Princesse et la Grenouille), obsédés par leur apparence (Maléfique ; la mère adoptive de Raiponce, Georgette dans Oliver & Compagnie), ils détestent les enfants et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils enchaînent toujours les remarques cinglantes, très bitchyà l’image d’Hadès (Hercule) ou Raspoutine (dans le NON-Disney Anastasia). Le meilleur exemple reste certainement Ursula, sosie de la star des drag queens Divine.

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Mais au-delà de véhiculer des clichés plutôt négatifs, Disney a prouvé son talent des sous-textes avec La Reine des Neiges : dessin animé culte pour une génération, ce film est bourré de références gays qui n’ont pas été du goût de tout le monde, bien qu’elles n’aient jamais été plus qu’un vague sous-entendu.

Tout d’abord, on a la chanson phare du film, Let It Go, qui au-delà d’une expression du moment de liberté que vit Elsa, peut être interprétée comme un coming-out. Ensuite, parlons d’allusions discrètes qui donneraient un caractère gay-friendly au film, de la ressemblance entre Kristoff et Colby Keller, un célèbre acteur homosexuel, à la famille d’Oaken, composée de quatre enfants… et d’un autre papa.

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Si on peut pousser le bouchon encore plus loin, on rappellera que la voix anglaise de Kristoff est celle de Jonathan Groff, acteur ouvertement gay et rôle principal de la série Looking, et qu’Elsa est interprétée par Idina Menzel, actrice culte de comédies musicales, parmi lesquelles Rent, La Bohème version … gay !

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La Reine des Gays

Tout ça pour dire que, sans voir les sous-textes partout et tomber dans la sur-interprétation que beaucoup pratiquaient à l’époque de la censure, la culture gay est bien plus universelle qu’il n’y paraît.

Cliché #4 — La culture gay ne concerne que les LGBTQI

Pour moi, la culture gay était un ensemble de références et de codes difficilement accessibles à des spectateurs hétéros. S’il y a certainement un bon nombre de références qui m’échappent, j’ai réalisé que la culture gay n’est pas un sous-genre de la pop culture en général mais plutôt une autre façon de la percevoir et de la comprendre.

L’exemple pour moi le plus parlant est celui des pop stars : depuis les années 1980 et les différentes périodes de gloire des drag queens, nombreuses sont les stars qui leur piquent leurs secrets de beauté et leur identité vestimentaire. Perruques improbables, colorations inspirées des plus chatoyants poneys, faux-cils, chaussures à plateformes, tenues de scène extravagantes… la penderie d’une pop star semble tout droit sortie d’un savant mélange entre RuPaul et Frank’n’Furter.

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Les Pop-Stars, toutes des drag queens ?

Outre les codes vestimentaires, les pop stars empruntent aussi au vocabulaire gay : les termes de queenbitch ou work —qui désigne le fait de travailler pour atteindre ses objectifs, expression utilisée déjà en 1993 par RuPaul dans son tube Supermodel (You Better Work). Si certains considèrent ces emprunts comme une sorte d’appropriation culturelle opportuniste, on peut aussi y voir un moyen de diffuser la culture gay à un public plus large et moins averti.

Parmi ces pop stars empruntant au monde des drag queens, beaucoup utilisent cet univers comme un moyen d’affirmer positivement sa féminité : un girl power qui s’assume. Les icônes gay sont souvent reconnues par la communauté LGBTQI car elles incarnent ce pouvoir, cette confiance, cette puissance dont a besoin la culture gay. Majoritairement féminines, elles incarnent un absolu, un exemple probant qu’être homosexuel•le ne veut pas dire qu’on a pas le droit de mener sa vie comme on le souhaite.

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Si les icônes gay ne sont pour la plupart pas LGBTQI, certaines revendiquent haut et fort leur statut, que ce soit par leur prise de position en faveur de la communauté LGBTQI ou par leurs moments les plus… gay !

La culture gay a donc bien des secrets absolument passionnants que je vous invite à découvrir sur ARTE les 27 juin et 4 juillet prochain : Tellement Gay ! est un documentaire excellent, adapté aux novices et aux expert-e-s. Une pépite à ne pas rater.

Et pour toi, c’est quoi la culture gay ? Quelles sont les œuvres et artistes qui sont emblématiques de ce courant à tes yeux ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Farane
    Farane, Le 8 juillet 2015 à 23h32

    La famille dans le sauna dans la Reine des Neiges j'ai plutôt l'impression que c'est un homme, sa femme à droite et leurs trois enfants.

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