J’ai testé pour vous… une sortie de défilé à la Fashion Week

Émilie Laystary s'est postée à la sortie du défilé de Christian Dior lors de la Fashion Week de Paris 2011. Reportage d'un événement mode... sans parler mode.

J’ai testé pour vous… une sortie de défilé à la Fashion Week

Qu’on se le dise. Je suis presque aussi nulle en trombinoscope des « gens de la mode » qu’en mécanique quantique. Pour autant, j’ai voulu tester pour vous l’ambiance huileuse des sorties de défilés et voir à quoi ressemble un bain de foule au milieu des photographes chasseurs de mannequins / rédacteurs en chef de magazine de mode / fashionistas connus / blogueuses mode. Récit par une profane de l’univers des strass et paillettes.

Vendredi 30 septembre, 14h30, dans le 7e arrondissement de Paris. Le défilé de la maison de couture française la plus épiée du moment (après le licenciement de son couturier John Galliano suite à ses propos antisémites) a lieu entre les murs du Musée Rodin.

Aux abords du bâtiment, c’est presque autant la cohue qu’à l’intérieur : policiers, photographes, personnalités de la mode se bousculent, les uns essayant de réguler le trafic, les autres tentant de faire leur job – ramener de beaux clichés à leurs rédactions / faire la moue devant les objectifs pour faire le buzz sur la toile. Voici quelques petits constats qui n’ont pas manqué de me surprendre :

L’impitoyabilité

Voire la férocité. Qu’il s’agisse de celle de ce vigile, costard et chaussures blanchies par les graviers de l’entrée du défilé, beuglant de toutes ses forces sur les journalistes trop insolents pour rester sur le trottoir…

ou de celle de ce photographe mega zêlé lançant des noms d’oiseaux en direction de tous ceux qui osaient lui cacher la vue des mannequins…

Décidément, la loi de la jungle dans l’univers de la mode, c’est pas que dans les coulisses des catwalks, mais aussi sur le bitume à l’extérieur des défilés.

L’instinct grégaire

Si vous avez envie de vous prouver qu’être paparazzi n’est pas le métier le plus zen du monde, je vous mets au défi de couvrir la sortie d’un défilé de mode. C’est simple : il faut être constamment aux aguets, essayer de doubler vos confrères, savoir user d’un langage ordurier à l’égard de tous ceux qui vous font obstacle et plonger la tête la première dans toutes les foules (signes qu’une célébrité vient d’arriver) qui se forment.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que la plupart du temps, personne ne sait vraiment vers qui tout le monde se rue. Instinct grégaire et professionnalisme, les photographes s’attroupent puis se demandent mutuellement : « mais c’est qui qu’on photographie, là ? » On ne sait pas, mais vaut mieux risquer de photographier un anonyme que de se permettre de louper une personnalité.

Le wannabisme des « je ne suis personne »

Autant les mannequins et les célébrités sont pourchassés et ne se déplacent jamais sans une nuée de photographes qui leur collent aux basques, autant les grands anonymes du web qui cherchent à se faire une place au soleil se montrent disponibles. Il n’est pas rare d’ailleurs que ces fashionistas en mal de reconnaissance créent les situations pour se faire photographier.

Exemple : Une mannequin Dior passe, les photographes la poursuivent et lui lancent des « mademoiselle, mademoiselle ! » dans l’espoir qu’elle s’arrête. Une jeune femme lookée mais anonyme, se retourne en mode « qui m’appelleeeee ? » et se plante en face des photographes, les obligeant presque à la photographier elle plutôt que le mannequin Dior. Scène vue au moins 10 fois.

Partout autour, une ambiance très street-style

Dans les rues alentours, plein de Cobra Snake, de Cory Kennedy ou de Sartorialist en puissance s’improvisent des sessions street styles devant les jolies portes de Paris.

Un savant jeu de questions-réponses s’installent : et ta chemise, elle vient d’où ? Et tes talons, c’est bien des Miu-Miu ? Du name-dropping de marques à l’infini fait tourner la tête de ces blogueurs contents de pouvoir photographier des pièces qui ont fait la une des dernières saisons sur des jeunes filles en fleurs, enthousiastes à l’idée de se faire tirer le portrait et apprêtées pour choper leur quart d’heure de gloire sur le net.

À un moment, une blogueuse américaine a l’idée saugrenue de venir me street-styler :

Elle : where are your pants from? (d’où vient ton pantalon ?)
Moi : it’s my pyjama trousers from H&M. (c’est un pantalon de pyjama H&M)
Elle : pyjama ?? (de pyjama ??)
Moi : yes (oui)
Elle : from H&M ?! (de H&M ?!)
Moi : well.. yeah, from H&M (bah, euh… oui, de H&M, oui)
Yes : WOW… Okay ! (WOW… OK, D’accord !)

C’était le « WOW » le plus choqué / gêné qu’on ne m’ait jamais dit.

Le petit happening qui a fait son effet

Au bout d’un moment, un mec tout nu dont seules les parties génitales étaient cachées par un chatoyant lierre, s’est foutu au bout de la rue du défilé. Son panneau indiquait « grève de vêtements pour sauver la Grèce ».

Bien sûr, la police chargée d’assurer le bon déroulement d’un événement « aussi sérieux qu’un défilé de la Fashion Week », l’a très vite dégagé. Je l’ai retrouvé une heure après, dans un peignoir vert kaki au bord de la route, à la recherche d’un taxi pour rentrer chez lui. Il s’appelle Igor Dewe et est un artiste parisien qui fait régulièrement des performances. Voici son site internet.

« Quand elles sont minces, c’est qu’elles sont mannequins »

À force de se fondre à la foule des photographes et de « chasser des têtes », un drôle de truc s’opère dans mon esprit. Une espèce de raisonnement un peu eugéniste s’empare de moi : plus les filles sont minces, plus elles méritent d’être photographiées.

Raisonnement choquant qui s’explique en réalité par la logique suivante : si elles sont minces, c’est qu’elles sont mannequins, et si elles sont mannequins, c’est qu’elles font partie de la crème de la crème du gratin du défilé Dior, donc qu’elles attisent la curiosité, donc qu’elles méritent d’être photographiées.

Mannequin ou pas mannequin ? That is the question.

Les comportements les plus récurrents

Au milieu de la cohue, certains comportements se distinguent :

1. Nombreux sont les mannequins qui, pour poser devant la foule d’objectifs, empoignent leur téléphone portable et simulent une conversation. Cette mise en scène leur permet de multiplier les moues et regarder tous les photographes, un à un.

2. D’autres préfèrent filer avec leurs chauffeurs, évitant ainsi la horde de photographes :

3. D’un bout à l’autre de la rue, les célébrités se font des petits coucous au delà de la foule.

*Qui est cette fille, vous vous demandez ? Une présentatrice de télé japonaise :

Plus de photos :

Des infos sur le défilé Dior en tant que tel : le diaporama de l’Express

Edit du 5/10 pour les curieuses : voici mon pantalon de pyjama


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Voici le dernier commentaire en date :

  • ThinkAboutIt
    ThinkAboutIt, Le 12 juin 2012 à 22h15

    Travailler dans la mode ça rend aussi conne apparemment ... XD

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