La sidération psychique en cas d’agression sexuelle décryptée

La sidération psychique, c'est ce phénomène qui peut survenir en cas d'agression, notamment sexuelle, et empêche totalement la victime de réagir. Cette vidéo explique le sujet de façon très pédagogique.

La sidération psychique en cas d’agression sexuelle décryptée

« Mais pourquoi la victime ne s’est-elle pas défendue ? »

C’est une question qui revient très souvent quand on parle d’agression sexuelle et de viol. Les idées reçues sur le sujet vont bon train, et elles font froid dans le dos.

De nombreuses raisons peuvent empêcher une victime de se défendre. Toutes les situations sont différentes, et on ne réagit pas forcément de la même façon à un viol conjugal qu’à une première approche abusive de la sexualité ou à une main aux fesses.

L’une de ces raisons, c’est la sidération psychique. Parfois, la violence induit dans le cerveau un réflexe de protection qui « sort » la victime de son corps, l’immobilise, la coupe totalement de la réalité et l’empêche de réagir.

Marinette, youtubeuse, journaliste et féministe, y a consacré sa dernière vidéo, d’utilité publique.

La sidération psychique vécue par Marinette

Marinette commence par raconter sa propre expérience. En rentrant chez elle, elle a été agressée par un homme qui l’a brutalement saisie, mise à terre et a commencé à la peloter contre son gré.

Elle doit son salut à l’intervention de plusieurs voisins ayant invectivé l’agresseur, le mettant en fuite, et s’étant occupés d’elle ensuite.

À lire aussi : Un harceleur, une pré-adolescente, et mon courage à deux mains

La youtubeuse a expérimenté la sidération psychique. Elle explique s’être retrouvée « en-dehors » de son corps, comme si elle regardait la scène de l’extérieur.

En se relevant, elle s’est rendu compte qu’elle avait les mains dans les poches : à aucun moment elle n’a pu esquisser le moindre geste pour se débattre ou repousser son agresseur.

La sidération psychique expliquée par une psychiatre

Marinette a voulu aller plus loin que le simple témoignage en interrogeant Muriel Salmona, une psychiatre et psychotraumatologue spécialiste des troubles psychotraumatiques et des violences sexuelles, qu’on retrouve dans l’association Mémoire traumatique & victimologie ainsi que dans la campagne Stop au déni.

Elle explique que la sidération psychique est un phénomène tout à fait réel, observable notamment sur des IRM, et qui se retrouve chez les victimes ou témoins de violence (elle prend l’exemple d’anciens soldats traumatisés par des évènements survenus pendant qu’ils étaient au front).

Quand la sidération psychique se retourne contre les victimes

Ce phénomène de dissociation peut également expliquer certains témoignages flous émanant de victimes. En effet, une personne en situation de sidération a du mal à estimer le temps qui passe, les distances, les évènements autour d’elle…

Difficile dans ce cas de décrire précisément l’agression dont elle a été la cible.

À lire aussi : Agression sexuelle et dépôt de plainte : les conseils d’un policier

Muriel Salmona explique également que la violence d’une telle dissociation peut perturber grandement les victimes, et les rendre incapable de déposer plainte rapidement, par exemple… ce qui génère parfois de nouvelles questions insidieuses.

Mémoire, mémoire émotionnelle et sidération psychique

La sidération psychique empêche d’intégrer correctement les informations perçues par notre système nerveux, de les digérer. L’agression peut rester perpétuellement vivace, à fleur de peau, et un rien peut ramener la victime à un état de traumatisme lié à cette violence non assimilée.

C’est entre autres ce dont je vous parlais en expliquant le phénomène des trigger warnings : si vous savez qu’une personne de votre entourage ne supporte plus l’odeur de la menthe depuis une agression passée, vous éviterez de la mettre en contact avec ce parfum, par exemple.

Les déclencheurs peuvent être multiples, et difficiles à éviter au quotidien.

Survivre à la sidération psychique

Muriel Salmona décrit deux stratégies de survie faisant suite à une sidération psychique liée à des violences :

  • La victime s’isole, se ferme, se bloque, évite toute situation à risque et se cantonne à des espaces et des gens considérés comme sûrs.
  • La victime continue à évoluer dans un état de dissociation, ce qui peut induire des abus de substances aidant à se détacher de la réalité, comme l’alcoolisme ou la toxicomanie. Elle peut également s’automutiler, adopter des comportements à risque, ne plus faire attention à son corps ou à sa sécurité… autant de comportements difficiles à comprendre pour l’entourage.

Au final, pour une agression, c’est toute la vie de la victime qui peut être brisée à long terme.

Pour mieux comprendre (et réagir face à) la sidération psychique

Marinette consacre au sujet une seconde vidéo, qui contient son entretien entier avec Muriel Salmona, découpé en plusieurs chapitres.

La spécialiste y évoque quatre points principaux :

  • Comment les agresseurs utilisent les mécanismes de dissociation à leur avantage
  • Quand la dissociation dure dans le temps
  • Comment prendre en charge la mémoire traumatique
  • Comment aider une personne traumatisée

Ces deux vidéos sont réellement d’intérêt public. Mieux comprendre ce qui se passe dans l’esprit d’une victime, c’est aussi un moyen de lutter contre la culture du viol et les idées reçues empêchant encore trop de personnes de retrouver la sérénité.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 30 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Mad'moizelle Meredith
    Mad'moizelle Meredith, Le 5 octobre 2016 à 16h43

    Merci pour cet article, j'ai chialé ma mère, ça m'a retourné le ventre, mais merci. <3
    Ce sont des articles/vidéos comme ça qui permettent de faire avancer la société.

Lire l'intégralité des 30 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)