Les théories de la mauvaise foi — Sherlock et Moriarty

Les théories de la mauvaise foi, ce sont les expressions des plus folles idées de fan : et si, et si... ? Mais puisque je vous dis que c'est vrai ! Lady Von Duck lance la sienne, et elle concerne Sherlock, évidemment.

Les théories de la mauvaise foi — Sherlock et Moriarty
WARNING : cet article est fourré de spoilers sur les trois saisons de Sherlock. Genre, plein. Et de théories fantaisistes pas du tout vérifiées.

Vous est-il déjà arrivé de regarder un épisode d’une série quelconque (au pif : Sherlock) pour la 3ème ou la 4ème fois (de la semaine) à 80% de sa vitesse normale (pour ne rien louper) et d’avoir, au détour d’un champ/contre-champ, l’illumination ?

Élémentaire, mon cher Watson ! La vérité était là depuis le début, sous vos yeux, évidente comme les retouches qu’effectue Romuldo, votre petit cousin de 14 ans, sur ses photos Facebook !

Tous vos neurones s’activent en même temps, votre vie de fan défile sur vos pupilles dilatées et votre bouche s’ouvre pour former un O parfait. Le O de « OH MON DIEU ! ».

Il vous faut un instant pour réaliser l’ampleur de votre découverte qui va, à coup sûr, renverser l’ensemble du fandom. D’ailleurs, vous hésitez quelques secondes : « vraaaaaiment ? » souffle votre démon d’épaule.

« Tu ne crois pas que si cette théorie était plausible, elle ne serait déjà partout sur Tumblr en 50 exemplaires ? »

Mais bien vite votre ange d’épaule intervient et vous tient ce juste discours, tout en étranglant son acolyte avec son auréole :

« Tu es l’élue, mon enfant, tu as été choisie pour colporter la bonne parole. Sème sur ton chemin les pilules rouges, montre la lumière aux autres fans perdus dans les méandres du hiatus. Détourne-les du slip rouge de John* et de l’orchidée menteuse**. Va vite, enfant, répandre sur les chemins du Web la théorie véritable. »

* Un jour, une fan dessina John Watson moulé dans un slip rouge, et cela devint un mème. Il existe désormais une journée dédiée à ce slip, le « Red pants Monday » (source).

** Dans l’épisode 3 saison 3 de Sherlock, quand celui-ci se fait tirer dessus, on voit en arrière-plan une plante glisser de façon fort étrange. Les fans se demandèrent pourquoi avec enthousiasme et excès. Arwel Wyn Jones, le production designer de la série, finit même par leur répondre sur Twitter.

Non, ça ne vous dit rien ? Moi ça m’arrive tout le temps. D’ailleurs l’autre jour j’ai découvert que…

Sherlock et Moriarty étaient de mèche

Une célèbre philosophe belge a un jour dit sur TF1 « Qui fait le malin, tombe dans le ravin ». Mark Gatiss et Steven Moffat auraient été bien inspirés de tirer des leçons de cette maxime !

Car si je comprends le plaisir sadique que peut ressentir un auteur à mettre un indice crucial pour la suite de son intrigue si bien en évidence que personne n’ira chercher plus loin, il y a des limites à ne pas dépasser, et les deux showrunners les ont franchies avec une nonchalance insultante pour l’intelligence des fans.

Eh oui, ami-e-s Sherlockians, ces deux-là ont bel et bien tenté de nous faire passer des vessies pour des lanternes (oui quand je suis exaltée, j’utilise des expressions de vieux) !

Souvenez-vous du premier épisode de la 3ème saison, The Empty Hearse. Une partie de l’intrigue tournait autour du (faux) suicide de Sherlock. Comment avait-il bien pu faire pour sortir de cette satanée chute indemne ? Deux années durant, le fandom s’était échiné à chercher la réponse à ce mystère.

Après deux réponses trollesques dont l’une fit couler beaucoup d’encre, le tour fut révélé : un bête matelas gonflable… décevant, de la part du grand Sherlock Holmes, non ? Le pauvre Anderson, qui lui aussi s’attendait à mieux, se retrouva fort dépité lorsque la nouvelle lui fut délivrée.

« Moquez-vous de lui », nous hurla presque la caméra en s’attardant sur son visage défait, « cet homme est pathétique, car il ne sait même plus séparer la réalité de la fiction ». Pourtant…

Et si Anderson avait raison ?

Attention, pas raison dans le sens « Sherlock a fait du saut à l’élastique depuis un toit » et encore moins « Sherlock a empoisonné volontairement deux enfants au cyanure » . Non, raison dans le sens « et si effectivement, Sherlock lui avait menti ? ». Ce qui amène directement à la question suivante : et si Gatiss et Moffat NOUS avaient menti ? Et si, de toutes les théories sur le faux suicide de Sherlock, la plus improbable était la bonne ?

Car si Sherlock n’a aucune raison valable de dire la vérité à Anderson, les scénaristes ne pouvaient pas pour autant se passer d’exposer la vérité au grand jour après tant d’attente, ne serait-ce que pour introduire LA révélation lors de la saison 4. Et quoi de plus beau, quel meilleur hommage au fandom que de placer dans la bouche d’une fan la vérité… Sherlock et Moriarty sont de mèche !

Vous ne me croyez pas ? Vous trouvez ça « trop gros » ? Attendez un peu.

Deux mystères qui n’en font qu’un

Le fandom n’a pas passé ces deux années d’attente entre la deuxième et la troisième saison à théoriser uniquement sur les tours de passe-passe de Sherlock. Beaucoup de fans se sont attardés sur cette autre question fondamentale : peut-on vraiment se tirer une balle dans la bouche en salissant aussi peu autour de soi ? La plupart, après d’harassantes recherches (on espère qu’ils ne se sont pas trop impliqués), ont répondu non. Non, généralement, les cerveaux n’explosent pas proprement.

C’est pourtant un bien innocent filet de sang qu’on voit couler du crâne de Moriarty dans La Chute du Reichenbach

Certains (les jumeaux maléfiques Moffat et Gatiss, au pif) ont pu dire à l’époque « Sherlock reste un show familial, on n’allait pas s’amuser à filmer en gros plan des morceaux de cervelle ! » et quelques naïfs avaient hoché la tête, leur donnant raison. Effectivement, on ne peut pas tout montrer à la télévision. Ceux qui s’acharnaient à vouloir faire ressusciter Moriarty n’étaient que des idiots pleins d’illusions.

Oh, comme ces candides ont dû se mordre les doigts quand à la fin de la saison 3, ils ont vu réapparaître sur leur écran, goguenard, le visage de notre méchant préféré.

Car Jim Moriarty est en vie… tout comme Sherlock. Quelle MERVEILLEUSE coïncidence qu’ils aient eu la même idée le même jour et qu’ils aient pu la mener à bien sans se trahir auprès de l’autre… sentez-vous le sarcasme suinter de mes lignes ?

Soyons clairs, ce double faux suicide est tout bonnement improbable, à moins que les deux gus n’aient été de mèche. Ce qui nous ramène à la clairvoyante théorie de la fangirl qui imagine Sherlock et Moriarty complices sur le toit. Tout n’y est peut-être pas exact (et là je parle de la poupée en chiffons, pas du baiser) mais on le sent, la vérité y est presque nue.

Vivons heureux, vivons cachés

Attention, dans les lignes qui vont suivre, je vais librement interpréter les possibles discussions qu’ont pu avoir Mr Holmes et Mr Moriarty. Bien que probables à 99%, parce que j’ai raison, c’est sûr, ces dialogues ne sont que des reconstitutions. Pour votre sécurité, n’essayez pas de reproduire ça chez vous.

Moriarty et Sherlock sont vraisemblablement devenus potes à un moment de la série. Si vous voulez mon avis, ça s’est passé quand ils sont retrouvés, de façon tout à fait improbable, voisins de cellule. Bien sûr, au début, ils ont un peu dû tirer la gueule (le mur de béton les séparant n’aidant pas à lancer une conversation), mais le temps passant, on imagine qu’une complicité a du naître de la solitude.

« Tu te souviens la fois où j’ai essayé de te tuer ? Ah, on a ri, hein, dis. »

Des rires naissent les confidences…

« Tu sais, j’en ai un peu marre d’être méchant, mais je ne sais pas trop comment prendre ma retraite. Je voudrais que ça aie un peu de gueule quand même, je suis pas le premier pécore du coin. »

Un plan se dessine…

« Ok, tu vas simuler ton suicide, par contre il va falloir que ça ait l’air ultra réaliste, au cas où mon frère filme les environs. »

Ainsi les deux larrons mettent en place la supercherie. Sherlock fait croire à Mycroft qu’ils déjouent Moriarty, alors que c’est lui et ce dernier qui se jouent du monde. La conspiration les rapproche, si bien qu’un jour, Sherlock décroche son téléphone…

« Écoute Jimmy, ça te dit pas qu’on se petit-suicide ensemble en fait ? Nan ça va, ça va… c’est juste que le taf me saoule un peu en ce moment. J’ai l’impression de me faire bouffer par la routine. »

Bien évidemment, Moriarty accepte, et c’est avec beaucoup d’amusement qu’ils préparent leur mise en scène.

Et ensuite, me direz-vous ? Ils partent tous les deux bras dessus, bras dessous. Même si Moriarty a demandé à Sherlock de l’aider à démanteler son réseau (« Si je ne le dirige pas, personne ne le dirigera ! »), ça ne les empêche pas de profiter de leur escapade. Pourtant bien vite, Sherlock s’ennuie.

« Les slips rouges de John me manquent », dit-il un jour à Jim, qui, bien qu’un peu dépité de perdre ainsi son compagnon de route, le laisse repartir à Londres sans trop broncher.

Il ne gardera visiblement de cette séparation aucune rancune car, quelques mois plus tard, quand Sherlock se retrouve en danger de mort, il n’hésite pas à le faire revenir en diffusant son visage sur chaque écran du Royaume-Uni.

Moriarty et Sherlock : quand OTP rime avec APT

Ceci est du jargon de fan : OTP = One True Pairing, soit « mon couple/duo favori » (en gros), et APT c’est tout simplement « Amour pour toujours » (comme ce qu’on gravait sur les bancs en primaire) !

J’aurais pu terminer cet article ainsi, en me contentant de mettre en lumière les faits, rien que les faits, et en laissant au fandom le soin de tirer ses propres conclusions sur les ÉNORMES indices que nous ont laissé Gatiss et Moffat sur la relation entre Moriarty et Sherlock. Mais je ne suis pas femme à m’arrêter au milieu du gué.

Ainsi c’est sans détours que je vous annonce que non seulement Sherlock et Moriarty se sont associés à un moment de la série, mais également qu’ils ont été en couple ! Oui madame !

Vous doutez ? Alors expliquez-moi pourquoi depuis le début de la série, Moffat et Gatiss passent une partie de leur vie à nier que John et Sherlock sont en couple ? Tout simplement parce qu’effectivement Sherlock n’est pas en couple avec John, mais avec Jim. Les dénégations du docteur Watson n’étaient pas destinées à faire du queerbaiting (sous-entendre des relations homosexuelles sans jamais les montrer, attirant ainsi le public LGBT sans trop se mouiller), comme beaucoup le pensaient, mais bel et bien à recentrer le regard du spectateur sur le réel love interest de notre héros. Et il n’y a pas que ça !

  • Au début de la série, Moriarty est un « fan » de Sherlock, et qu’est-ce qu’un fan sinon un admirateur ? Et on sait tou-te-s à quel type de lexique appartient le mot admirateur… plus qu’un admirateur, Jim Moriarty est même un admirateur secret ! C’est si limpide, bon sang.

  • Lors de leur première rencontre, Moriarty laisse son numéro à Sherlock.
  • Sherlock n’a qu’un but dans la vie : ne pas s’ennuyer.

Moriarty le sait et décide de s’introduire dans sa vie en lui fournissant ce qu’il aime le plus au monde : des énigmes. Alors certes, c’est une manière peu orthodoxe de faire la cour à quelqu’un mais on ne juge pas les goûts et les couleurs. En plus il se donne beaucoup de mal pour arriver à ses fins. Ses efforts seront récompensés car Sherlock répondra particulièrement positivement à ses avances.

  • Sherlock ne déteste pas Moriarty, contrairement à Charles Augustus Magnussen, le méchant chelou de la saison 3. Il aurait même plutôt tendance à le respecter.

Attention, je ne dis pas ici qu’il est tombé tout de suite aux pieds du bel Irlandais, loin de là. Sherlock n’est pas homme à se pâmer devant le premier gros cerveau venu ! C’est là qu’intervient Irène Adler : quand il la rencontre, Sherlock pense avoir trouvé une remplaçante à Moriarty, tout aussi intelligente mais moins psychopathe (ce qui est, il faut l’avouer, un plus indéniable). Mais à la fin de l‘épisode, patatras, il apprend qu’en réalité Irène était pilotée à distance par Moriarty.

En pensant détourner ses sentiments naissants vers une autre personne, Sherlock ne faisait que les renforcer à l’égard de sa Némésis. CQFD.

  • J’expliquais plus haut que la théorie de la fangirl était une manière qu’avaient trouvé les showrunners de révéler la vérité en l’enrobant de n’importe quoi, pour la rendre moins évidente à percevoir. Mais où s’arrête la réalité, où commence la fiction ?

S’il faut reconnaître que le coup du mannequin est vraiment ridicule et qu’il y a peu de chance pour que Sherlock et Moriarty aient pris le temps de s’installer comme ça, à la cool, au moment le plus crucial de leur plan pour se bécoter, il faut aussi avoir suffisamment de bonne foi pour admettre que ce baiser n’est pas là par hasard. Il s’agit en réalité d’une métaphore : en maquillant leurs suicides, Moriarty et Sherlock se sont rapprochés au point de devenir un couple.

  • Après une escapade de 2 ans, Sherlock rentre à Londres.

Sans trop m’avancer, je pense pouvoir affirmer que ce retour est le symptôme de sa rupture avec Moriarty.Pourquoi se-sont-ils séparés ? Je ne saurais le dire (la saison 4 nous en dira sûrement plus à ce sujet) (qui a dit mauvaise foi ?), mais Sherlock a tous les symptômes d’une personne récemment célibataire.

Déjà, sa manière de revenir la bouche en cœur vers John, comme si rien ne s’était passé. Typique. Nous connaissons tous et toutes ces personnes qui, une fois casées, laissent tomber les potes comme de vieilles chaussettes pour rappliquer ventre à terre quand leur Jules ou leur Juliette ne veut plus d’eux.

Ensuite, le mariage de John et Mary rend Sherlock triste, parce qu’il voit son meilleur ami réussir là où il a échoué. Appelez ça le syndrome du dernier célibataire du groupe de potes. « Ça aurait pu être moi et Jim », se dit-il en levant son verre pour porter un toast aux heureux mariés. Ce n’est pas le mariage de John qu’il a aidé à organiser, mais le sien.

  • Janine. Qu’il rencontre à un mariage. Après le syndrome « dernier célibataire de la bande », le syndrome « je sors avec une copie de mon ex ».

Petite, brune, les yeux marrons, irlandaise avec un humour cassant… ça ne vous rappelle personne ? Ce n’est pas pour rien que sur Internet, beaucoup de fans estiment qu’en réalité Janine est la sœur de Jim !

  • Quand Sherlock se fait tirer dessus, il se réfugie en dernier recours auprès de Moriarty dans son « palais mental ».

Sa rupture l’a tellement affecté qu’il a relégué le bougre au fin fond de son inconscient (qui n’a jamais essayé d’effacer un-e ex de sa mémoire ?) mais c’est à ses côtés qu’il trouve la force de faire redémarrer son cœur (la symbolique n’est-elle pas magnifique ?).

  • Quand Sherlock est envoyé pour faire cette mission suicide, Moriarty, qui pourtant avait réussi jusque là à faire profil bas, n’hésite pas à griller sa couverture d’homme mort pour lui sauver la vie. Et comme à son habitude, il fait ça en grand. De là à conclure qu’il est encore amoureux de Sherlock, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement !

Voilà, à ce stade je pense avoir convaincu la grande majorité d’entre vous de la véracité du couple Sheriarty. Et pour les éternelles sceptiques du fond qui, je n’en doute pas, s’indigneront en traitant cet article d’escroquerie intellectuelle, jugeant que je leur ai fait perdre un temps précieux pour justifier un rêve de fan foireux, je n’aurai qu’une réponse :

http://www.youtube.com/watch?v=C2gAgR316QU

Si toi aussi tu veux proposer une théorie de la mauvaise foi sur ta série préférée, envoie-la à hawley[at]madmoizelle.com !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Vango
    Vango, Le 5 janvier 2016 à 22h50

    Je suis un peu en retard sur cet article et j'espère qu'il y a encore des gens pour me répondre x)
    Je suis une apprentie fangirl de Sherlock, puisque je n'ai commencé qu'il y a deux semaines (ça m'a quand même laissé le temps de voir toute la série plus deux fois la saison un), donc je ne connais pas encore très bien les théories de fans... Mais la tienne me paraît franchement pas mal (bien qu'un peu capillotractée j'avoue).
    L'idée de Moriarty=troisième frère Holmes, bien que très très TRÈS improbable, est aussi une majeure source de mindfuck jouissif pour moi x)
    Et sinon, quelqu'un se sent chaud pour faire évoluer la théorie avec les apports tous neufs de l'épisode "hors-série", The Abominable Bride ? Il faut avouer que Sherlock est franchement ambigu pour le coup, "il est mort mais je sais ce qu'il va faire après". Mais en même temps, il fait tout une enquête sur un suicide fake, donc ça veut dire qu'il envisage la possibilité qu'il ne soit pas mort... Et honnêtement, il me paraît beaucoup trop surpris pour qu'il ait été au courant auparavant des plans de Moriarty, qu'il soit mort ou non. Ce qui m'amène à douter des deux ans passés ensemble, même si je garde en tête l'idée du double-suicide complice.
    Qu'en pense les MadMoiZelles ?

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