Des pharmaciens refusent de délivrer des contraceptifs, en 2016 : une vidéo choquante de L’Autre JT

Des pharmacien•nes refusent de délivrer des contraceptifs, en France, en 2016. Le reportage de L'Autre JT démontre que l'accès à la contraception pour tou•tes n'est toujours pas une réalité...

Des pharmaciens refusent de délivrer des contraceptifs, en 2016 : une vidéo choquante de L’Autre JT

Il fallait le voir pour le croire, mais en France, en 2016, des pharmacien•nes refusent de délivrer des moyens de contraception aux mineur•es, voire à tout le monde. Certains pour des raisons religieuses parfaitement assumées, au point de revendiquer l’application d’une « clause de conscience », qui n’existe pas pour cette profession.

L’Autre JT, un programme court diffusé sur France 4, a consacré un reportage à cette question : est-ce qu’il est facile d’avoir accès aux moyens de contraception quand on se présente dans une pharmacie ?

La réponse est édifiante, dans cet extrait vidéo publié sur Facebook.

Cet extrait est déjà choquant, mais attendez d’avoir visionné l’intégralité du reportage sur le site de L’Autre JT, encore accessible en replay pendant 30 jours…

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Accès à la contraception anonyme et gratuite pour les mineures

Petit rappel, offert par Ameli.fr, le site de l’assurance maladie, à propos des moyens de contraception pour les mineures :

« Les jeunes filles mineures âgées d’au moins 15 ans doivent bénéficier systématiquement de la délivrance des contraceptifs remboursables sans avance de frais et de manière confidentielle, sur présentation de leur prescription médicale. »

En ce qui concerne la contraception d’urgence, la fiche publiée par l’assurance maladie est également sans ambiguité :

« Vous pouvez délivrer gratuitement et de manière anonyme aux jeunes filles mineures, sans prescription médicale, trois médicaments de contraception d’urgence, non soumis à prescription médicale obligatoire »

L’accent est mis sur le « rôle d’information et d’accompagnement essentiel » des pharmacien•nes. Pour retrouver ces fiches, rien de plus simple : ameli.fr / Professionnels de santé / Pharmaciens / Exercer au quotidien. Ou ce lien direct. Cordialement.

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Mentir et faire peur, en 2016 ?

Je ne sais pas ce qui m’horripile le plus entre le refus d’obéir à la loi sur l’accès à la contraception de façon anonyme et gratuite pour les mineur•es, et les mensonges éhontés prononcés par certain•es pharmacien•nes, comme celui qui a été pris sur le fait en caméra cachée :

« Ah oui il y a des risques que ça… Qu’on devienne stérile au bout d’un moment ».

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T’es autant pharmacien que moi chirurgienne, c’est ça ?

En France, en 2016. Êtes-vous sérieux ? Soit votre connaissance de l’anatomie laisse hautement à désirer, ce qui m’inquiète sévèrement quant à votre capacité à délivrer des médicaments… Soit vous mentez en connaissance de cause ? Lequel de ces deux cas de figure est acceptable, dites-moi ?

À propos de la contraception d’urgence, qui « rendrait stérile », consultons l’aide mémoire n°244 de l’OMS, publié en février 2016. On peut y lire :

« Prises seules en contraception d’urgence, les pilules au lévonorgestrel et à l’ulipristal sont sûres, ne provoquent pas d’avortement et n’ont pas d’effets nocifs sur la fécondité future. Les effets secondaires, semblables à ceux des autres contraceptifs oraux, sont rares et en général bénins. »

Je suis par pharmacienne, j’ai tapé « la pilule du lendemain rend t’elle stérile » dans Google.

Allez, à la limite : dans le premier cas, je pense qu’on peut pardonner l’ignorance. Mais d’autres interviews menées par la journaliste de L’Autre JT démontrent que certains de ces refus sont parfaitement assumés, pour des raisons idéologiques !

Le pharmacien de Salleboeuf, seul à être installé dans cette ville, refuse de délivrer des moyens de contraception. Lors d’un précédent procès en 1996 déjà, il témoignait ainsi :

« C’est une prise de conscience qui s’est faite progressivement, […] en raison du caractère potentiellement abortif de certains contraceptifs chimiques »

Ok, donc si le pharmacien est contre l’avortement, il ne délivre pas de contraceptifs. La logique m’échappe, personnellement. Mais en tout état de cause, les pharmacien•nes n’ont pas à décider de « boycotter » unilatéralement les contraceptifs.

À lire aussi : L’éducation sexuelle des ados français, on en parle ?

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Une « clause de conscience » pour les pharmaciens ?

Il n’existe pas de clause de conscience pour les pharmaciens, à l’heure actuelle. Mais selon Pierre Béguerie, le président de l’ordre des pharmaciens d’Aquitaine :

« Les pharmaciens sont en train de réfléchir sur l’éventualité ou non de demander cette clause ».

Alerte mauvaise idée pour tout le monde : et ce n’est pas moi qui le dit, c’est toujours le président de l’ordre, qui flaire bien le problème en perspective. Il explique :

« Je trouverais dommage que les pharmaciens aient cette clause de conscience, et qu’ils réfugient leurs raisons religieuses derrière cette clause de conscience ».

« Dommage » n’est pas forcément le mot que j’aurais employé, personnellement. Je trouverais scandaleux qu’un•e quelconque professionnel•le de santé utilise une clause de conscience pour refuser soins et assistance à quelqu’un, au motif de ses raisons religieuses.

On ne demande pas au pharmacien de pratiquer une IVG — et dans le reportage, Annie Carraretto, du Planning familial de Gironde, milite également pour faire tomber la clause de conscience des médecins, qui refusent de pratiquer l’avortement.

On demande au pharmacien de délivrer des contraceptifs, d’exécuter une mesure prévue par la loi. L’accès à la contraception gratuite et anonyme pour les mineur•es est un droit. UN DROIT. Pas un privilège, pas un caprice, pas une revendication, mais : un droit.

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C’est bien pour éviter que l’accès à la contraception varie selon les territoires en fonction des convictions personnelles des pharmacien•nes et soignant•es que le législateur en a fait un droit. C’est justement pour éviter que la seule pharmacie d’une bourgade puisse décider unilatéralement de ne pas délivrer de contraceptifs.

Mais dans quel monde vivons-nous ?

Quand les discours politiques sont traduits en actes…

Ah oui, je me souviens. On vit dans ce monde où en France, 92 sénateurs affirment une position anti-choix, à propos de l’accès à l’avortement libre et gratuit. Dans le pays où des députés de l’opposition tiennent des propos d’un autre siècle au sujet des femmes (coucou M. Bompard. Et vous aussi, M. Poisson). Où des candidat•es à la présidence de région promettent d’arrêter de subventionner les Plannings familiaux.

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À lire aussi : Klaire trolle les trolls… et soutient le Planning Familial !

On vous parlait hier de la suppression du « Pass contraception » par Valérie Pécresse en Île-de-France : la présidente de Région soutient qu’il s’agit de la suppression d’un budget non exécuté (c’est-à-dire que l’argent prévu n’a pas été dépensé pour produire et distribuer des pass en 2015). Une autre dotation a été proposée pour promouvoir la contraception et l’avortement en Ile-de-France.

Fort bien. Mais ce qui est en jeu avec le « Pass contraception », c’est l’accès gratuit et anonyme pour les mineur•es. Et c’est un problème de supprimer ce dispositif au lieu de chercher à le promouvoir, et sans préciser par quoi il sera remplacé, concrètement.

Comme l’a démontré le reportage assez hallucinant de L’Autre JT, l’accès anonyme et gratuit pour les mineur•es, pourtant garanti par la loi, est encore loin d’être une réalité.

Il y a une citation de Simone de Beauvoir que j’entends beaucoup trop souvent, ces temps-ci. Et c’est un vrai problème, parce que le message qu’elle porte ne cesse d’être d’actualité.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.

Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » – Simone de Beauvoir.

Et cette réalité se constate au quotidien, comme par exemple : dans le Nord, à Fourmies…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jorda
    Jorda, Le 15 août 2016 à 11h39

    katia2912
    Il vaut mieux avoir l'ordonnace, aller la chercher et l'avoir sur soit au cas...
    Pourtant normalement c'est sans ordonnance...
    ca me semble d'autant plus important d'insister sur ce point qu'avec une ordonnance, on se risque à 2 jugements au lieu d'un (le médecin généraliste en plus du pharmacien). De même que par prévoyance, on peut en acheter à l'avance au cas où justement, et je ne suis pas sûre que tous les médecins aient l'intelligence d'accepter de faire une ordonnance dans ce cas (mais je suis peut être très pessimiste).
    Ca me semble aussi important pour une autre chose : les hommes peuvent aussi acheter la contraception d'urgence pour leur compagne, et heureusement aussi que c'est possible, car dans certains cas certaines femmes le préfèrent justement pour éviter les jugements (de même que ça rassure certains hommes aussi de faire ça, il me semble, dans les cas de risque de craquage de préservatif).
    Après, des pharmacies dans une ville, il n'y en a pas qu'une, et si on a un refus dans une, on n'aura qu'à aller dans une autre. Mais histoire qu'ils comprennent bien qu'ils ne sont pas dans leur droit en refusant, une plainte peut s'avérer utile.

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