(c’est pas aussi ennuyeux que ça en a l’air)
Tout a commencé avec une bouteille de vodka.
C’est vrai que beaucoup de choses peuvent commencer avec une bouteille de vodka, qu’on évite généralement de raconter, ou alors seulement quand on a une flopée de petits-enfants braillards et la peau flasque, bref, quand il y a prescription. Seulement cette fois, nulle révélation fracassante à l’horizon, nulle expérience sexuelle équivoque à vous narrer, non, cette bouteille de vodka a déclenché une vraie réflexion. C’est qu’un accessoire l’accompagnait.
Un truc improbable. A l’aspect suspect. Conçu dans un but obscur (j’essaie de faire durer l’attente encore un peu, comme ma prof de français de quatrième me l’avait conseillé, mais ça finit par être difficile).
Une boîte à musique à hurlement de loup ! Un objet gris de la taille d’un bouchon, assez grossier, qui me rappelle méchamment mes réalisations en techno au collège, et qui fait résonner dans toute la pièce un bruit à mi-chemin entre la sirène d’alarme et le cri de la loutre en rut.
Et là, une question s’est imposée à moi, alors que mes amis déjà passablement entamés avaient reposé l’Objet (si si, ça mérite une majuscule) et continuaient de picoler : quel est le publicitaire qui a eu l’idée de produire cette bullshit, et surtout, SURTOUT, comment a-t-il pu convaincre qui que ce soit que ça allait augmenter les ventes ? Quand on achète de la vodka, a priori, c’est dans un but assez précis. Ça peut être de se retrouver rapidement avec un gramme d’alcool dans le sang. Ou d’essayer ce nouveau masque pour le visage à base d’œuf, de Nutella et de vodka qu’un magazine féminin conseille (ils ont fait pire, toi-même tu sais). Mais PAS d’écouter un loup muté hurler sous la lune, si ?
C’est alors que dès le lendemain, une évidence s’est imposée à moi : ce genre d’initiative publicitaire à l’intérêt, disons, discutable est très répandue.
Pensez à la couleur de votre rouge à lèvres : « nacre d’été ». Alors qu’en fait, c’est rose. A la robe que vous avez achetée la semaine dernière, et dont l’étiquette précise que « le tissu vit et respire au rythme du corps de la Femme qui le porte, l’enveloppe dans un cocon de sérénité ». A la pub pour votre parfum où une nana se roule dans de la poussière d’or en écartant les jambes. A la vendeuse de l’agence immobilière qui vous dit que c’est charmant alors que vous êtes assez grande pour savoir que beaucoup d’adjectifs conviennent à la présence de blattes dans une pièce, mais probablement pas celui de « charmant ».
Alors oui, je sais, certain.e.s diront sûrement que tout ça c’est de la suggestion commerciale, et que siiii, ça maaarche. Le truc sur lequel il y a lieu de s’interroger, c’est qu’on croit toujours que ça fonctionne « sur les autres ». Que « mais attends, les gens, ça les appâte ! ». Sauf que les gens, pris individuellement – à savoir toi, moi et ton mec qui lit par-dessus ton épaule -, ils ont appris à repérer les pubs qui sont moisies, et surtout, ils trouvent ça con.

9/3 + 35 + +35 = 39 = temps de cerveau disponible
Deux conclusions s’imposent donc :
1) Il y a un complot international, probablement franc-maçon (on va pas s’gêner) pour payer certains publicitaires à avoir des idées douteuses.
2) Si quelqu’un d’autre a rencontré la boîte à musique à hurlement de loup, et souhaite en parler, qu’il me contacte. Une assistance psychologique n’est pas de trop quand on se retrouve face à l’Absurde.







